DE TÉlÊMAQUE . Liv. X. 49Jtravaillez pas uniquement à les rendre puissans,riches , redoutables par les armes , heure ux parles plaisirs : cette gloire, cette abondance , cesdélices les corrompent ; ils n’en seront que plusmédians , et par conséquent plus ingrats. C'estleur faire un présent funeste ; c’est leur offrir unpoison de'licieux. Mais appliquez-vous à redres-ser leurs mœurs , à leur inspirer la justice , lasincérité , la crainte des Dieux , 1 humanité , lafidélité , la modération , le désintéressement : enles rendant bons , vous les empêcherez d’être in-grats , vous leur donnerez le véritable bien, quiest la vertu : si elle est solide , elle les attacheratoujours à celui qui fa leur aura inspirée. Ainsien leur donnant les véritables biens , vous vousferez du bien à vous-même, et vous n'aurez pointà craindre leur ingratitude. Faut-il s'étonner queles hommes soient ingrats pour des Princes quine les ont jamais portés qu’à l’injustice , qu’àl’ambition sans bornes , qu à la jalousie contreleurs voisins , qu'à l'inhumanité, qu’à la hauteur,qu’à la mauvaise foi. Le Prince ne doit attendred’eux que ce qu’il leur a appris à faire. Que si aucontraire il travailloit par ses exemples et par sonautorité à les rendre bons , il trouveroit le fruitde son travail dans leur vertu , ou du moins iltrouveroit dans la sienne et dans l’amitié des Dieuxde quoi se consoler de tous les mécomptes,
A peine ce discours fut-il achevé , que Télé maque s’avança avec empressement vers les Phéa-ciens, dont le vaisseau étoit arrêté sur le rivage.Il s'adressa à un vieillard d’entr’eux , pour luidemander d’où ils venoient , où ils aUoient, ets’ils n’avoient point vu Ulysse . Le vieillard ré-pondit : Nous venons de notre isle , qui est celledes Phéaciens ; nous allons chercher des marchan-dises vers 1 Epire . Ulysse , comme on vous l’adéjà dit , a passé dans notre patrie ; mais il enest parti.
Quel est , ajouta aussi-tôt Télémaque 5 ceî