de Télémaque . Liv. X. 503Mentor dans les routes sombres dun petit boisvoisin. Là il apperçoit tout-à-coup que le visagede son ami prend une nouvelle forme ; les ridesde son front s'effacent , comme les ombres dis-paraissent quand 1 aurore, de ses doigts de rose ,ouvre les portes de l’Orient, et enflamme toutl’horison : ses yeux creux et austères se changenten des yeux bleus d'une couleur céleste , et pleinsd'une flamme divine ; sa barbe grise et négligéedisparaît : des traits nobles et fiers , mêlés dedouceur et de grâces , se montrent aux yeux deTélémaque ébloui. Il reconnoit un visage defemme , avec un teint plus uni qu’une fleur ten-dre et nouvellement éclose au soleil. On y voitla blancheur de lys mêlée de roses naissantes.Sur ce visage fleurit une éternelle jeunesse, avecune majesté simple et négligée , une odeurd’ambroisie se répand de ses cheveux flottans ;ses habits éclatent comme les vives couleursdont le soleil , en se levant, peint les sombresvoûtes du ciel et les nuages qu'il vient dorer.Cette Divinité ne touche pas du pied à terre :elle coule légèrement dans l’air comme un oi-seau le fend de ses ailes ; elle tient de sa puis-sante main une lance brillante , capable de fairetrembler les villes et les nations les plus guer-rières. Mars même en seroit effrayé ; sa voixest douce et modérée , mais forte et insinuan-te ; toutes ses paroles sont des traits de feuqui percent le cœur de Télémaque , et qui luifont ressentir je ne sais quelle douleur déli-cieuse ; sur son casque paroit l'oiseau triste d’A-thenes ( l ) , et sur sa poitrine brille la redou-table égide. A ces marques Télémaque reconnoîtMinerve.
O Déesse dit-il, c’est donc vous-même qui