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au tyran , qui pâlit à la vue d'une fortune siopiniâtre à le favoriser ; mais le temps s'appro-choit , où ses prospérités se dévoient changertout-à-coup en des adversités affreuses. Le grandRoi de Perse , Darius , fils d’Hystapes , entrepritla guerre contre les Grecs ; il subjugua bientôttoutes les colonies Grecques de la côte d'Asie ,et des isles voisines qui sont dans la mer Egée.Samos fut prise , le tyran fut vaincu, et ürontequi commandoit pour le grand Roi, ayant faitdresser une haute croix , y fit attacher le tyran :ainsi cet homme qui avoit joui d nue si prodi-gieuse prospérité, et qui n’avoit pu même éprou-ver le malheur qu'il avoit cherché, périt tout-à-coup par le plus cruel et le plus infâme detous les supplices. Ainsi rien ne menace tant leshommes de quelque grand malheur, qu’une tropgrande prospérité : cette fortune qui se joue cruel-lement des hommes les plus élevés, tire ausside la poussière ceux qui etoient les plus malheu-reux ; elle avoit précipité Polycrate du haut de*la roue , et elle, m’avoit fait sortir de la plusmisérable de toutes les conditions , pour medonner de grands biens. Les Perses ne me lesôterent point; au contraire, ils firent grand casde ma science pour guérir les hommes , et dela modération avec laquelle j’avois vécu pen-dant que j’étois en faveur auprès du tyran ;ceux qui avoient abusé de sa confiance et de sonautorité furent punis de divers supplices. Com-me je n’avois jamais fait de mal à personne , etque j'avois au contraire fait tout le bien quej’avois pu faire , je demeurai le seul que lesvictorieux épargnèrent, et qu’ils traitèrent hono-rablement : chacun s'èn réjouit; car j'étois aimé,et j’avois joui de la prospérité sans envie , parceque je n’avois jamais montré ni dureté, ni or-gueil , ni avidité, ni injustice. Je passai encorea Samos quelques années assez tranquillement ;mais je sentis enfin un violent désir de revoir