DE LA SUISSE.
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en bas ; cette roche est très-dure, de la même espèce &fait chaîne avec celle de Piíîevache , elle est composeed’un fond de roche micacée , mêlée de parties Sc de filonsde quartz, qui sont ici plus larges ; les couleurs grise &noire y dominent davantage ; on distingue aussi plus sensi-blement la largeur, l’épaiíîeur des couches, êc leur incli-naison , sur-tout dans le fond de ce gouffre en face du pont :Farchc a six toises d’ouverture , 6c suffit à peine pour lepassage des eaux dans la grande fonte des neiges Sc desglaces ; ce torrent entraîne une énorme quantité de pierresqui couvrent un grand espace de pays jusqu’au Rhône, ellessont toutes de la même espèce, variées seulement pour lacouleur, & le plus ou le moins de quartz ou de parties mica-cées; le frottement ou le roulis de ces pierres n’a pas peu
Observation sur l
Le 16 Juillet 1777, nous visitions les glaciers des Alpesdu Faucigny en Savoie ; en allant au glacier de l’Argentiere,près de Chamouny, nous vîmes qu’une énorme quantité deterre, de gravier, 6c sur-tout de pierres roulées & arron-dies , couvroit des terreins considérables ; des sapins , desmélèzes 5 c des aulnes fort gros étoient arrachés, renversés,d’autres rompus ; des ravins profonds étoient nouvellementcreusés, des masses prodigieuses de granit étoient jettées auloin , d’autres mêlées parmi ces tas de décombres, au traversdesquels on apperçoit quelques vestiges de culture, desapparences d’enclos 6c de possessions ; il sembloit que cebouleversement étoit arrivé de la veille. M. le Jond, Curédu lieu, nous dit : » Que le deux du même mois, à six heures» du matin , il étoit tombé une grande pluie chaude qui» avoit duré vingt-quatre heures, que la nuit il y avoit euv> un bruit 6c un fracas épouvantable, que les maisons duv village 6c les environs avoient été tellement ébranlés parjy ce bruit, que tous les habitans, malgré la pluie horrible» qu’il faisoit, avoient quitté leurs habitations croyans queyy c’étoit un tremblement de terre , Sc craignans d’êtreyy ensevelis sous les ruines de leurs maisons; qu’une odeuryy de soufre très-forte 6c une poussière à ne pouvoir respireryy les avoient entretenu dans cette frayeur 6c les avoientyy empêché de rentrer chez euxavantle jour, 6c qu’aprèss’êtreyy assurés que cette odeur 6c cette poussière provenoient desyy pierres qui rouloient avec les eaux : enfin que ce désastreyy Sc la ruine des pâturages, des prés , des champs Sc desyy jardins que nous voyions, étoient la fuite de cet orage cc.
Curieux de voir de quelle hauteur ces pierres étoientdescendues, nous suivîmes la route qu’avoit trop bien tracéle torrent. Après une bonne demi-heure de chemin, nousparvînmes au pied du glacier de l’Argentiere ; plus nous mon-tions , moins les pierres étoient déformées 6c arrondies. Lapluie étoit tombée fur les montagnes environnantes quiétoient alors chargées de neige, & fur le glacier même,elle avoit fondu les neiges, élargi les fentes du glacier par
( 1 ) En Savoie on nomme Mareme des enceintes composées de terre, degravier, de pierres Sc de masses de rochers qui font au pied de la plupart desglaciers, quelquefois fur les côtés, selon la disposition du terrein. Nousparlerons de la formation de ces enceintes quand nous ferons mention desglaciers.
( 2 ) Le feld-spath ( terme emprunté des Allemands ) est reconnoistabledans le granit par fa forme parallèlipipede, souvent oblique ou rhomboïdale,ses crystaux ont quelquefois plus d’un pouce de long. Si le feld-spath ne semontre pas toujours fous fa forme rhomboïdale , c’est qu’il fe trouve engagéparmi les autres substances constituantes du granit, & que ses formes acci-dentelles- dépendent alors de la fraisure : en brisant le feld-spath on voltqu’il est composé de parties rhomboïdales jointes ensemble par couches min-
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contribué à user 6c k creuser ce lit, Sc les pierres que les eauxont entraînées fe sont arrondies par la même raison. Uneremarque générale pour ces sortes de lits, est qu’iîs sont tou-jours plus étroits dans le haut 6c plus larges dans le bas, parceque le passage des eaux y a plus de continuité, 6c que le fondgagnant plus de pente, le frottement des corps roulés yacquiert plus de force 6c plus de rapidité jusqu’k ce qu’il aitgagné un certain niveau. 11 n’est pas toujours nécessaire derecourir k Fesser des vagues de la mer pour trouver la causede Far roussissement des cailloux ou galets ; les torrents ,dans un court espace de chemin , peuvent produire cet effetsur les espèces les plus dures quand ils se précipitent sur unterrein en pente. II n’est pas hors de propos de rapporter cequi s’est passé sous nos yeux, pour ainsi dire.
s Pierres roul e e s.
la même raison, 6c en avoit formé des gouffres effroyables;ce volume d’eau avoit entraîné les terres, les graviers Sc lespierres de la Mareme ( 1 ), ou enceinte gauche du glacier :les pierres 6c morceaux de roche qui étoient restés en place,parce qu’ils ne s’étoient pas trouvés immédiatement dans lepassage du torrent, étoient anguleuses, de formes variéesSc point arrondies, comme celles qui étoient dans les bas,elles étoient absolument de la même espèce ; des granitsgris composés de quartz, de feld-spath (z) Sc de mica verdnoirâtre. Le premier volume d’eau qui étoit tombé d’abordayant entraîné les terres, les graviers 6c les plus petitespierres, mêlées aux grosses masses, avoit privé celles-ci de leurassiette, ou espèce de liaison que formoient tous ces petitsdébris ; la fonte des neiges 6c des glaces se trouvant jointeensuite à la grande pluie qui tomboit, avoit enfin entraînéde même les plus grosses masses, qui roulant 6c bondissantde rochers en rochers , Sc fe heurtant dans leur chute,avoient occasionné ce bruit, ce tremblement qui avoiteffrayé les habitans : le frottement 6c l’égrisement de cetteénorme quantité de granit avoit occasionné cette poussièremalgré la grande pluie ; le foie de soufre contenu dans lefèld ípath s’étoit dégagé par le même frottement, 6c avoitété pris pour une odeur de soufre. Les rochers , aussi degranit, fur lesquels tous ces débris s’étoient précipités, étoientusés, les angles en étoient arrondis, Sc les côtés latérauxcreusés, ainsi que nous l’avons remarqué dans tous les pas-sages étroits où les eaux coulent avec rapidité, châtient Scentraînent beaucoup de pierres. Après différentes observa-tions en ce genre, nous n'avons pu nous refuser k l’évi-dence Sc a Fexplication naturelle de l’arrondissement despierres qu’on nomme cailloux ou galets, 6c aux excavationsdes lits ou canaux par les torrents, dans les rochers les plusdurs.
Dans les hautes montagnes, au temps de la fonte desneiges , où les torrens versent beaucoup d’eau sur desterreins fort inclinés,, 6c dans les endroits où il y a des
ces, qui lui donnent un chatoyant quand on les regarde d’un certain sens;c’est le feld-spath qui donne ce brillant nacré au granit poli quand la coupe estfavorable ses caractères distinctìfs font fa forme, de ne pas faire efferves-cence avec les acides, & de faire feu avec le briquet: il paroît devoir sespropriétés à un mélange d’argille & de parties quartzeuses , ce qui le rendmoins dur que le quartz pur : aussi quand on frappe le granit avec le briquetvoit-on une différence très-sensible entre les étincelles que produit le feld-spath , & celles que produit le quartz ; ces dernières font plus vives & plusbrillantes. Quand les granits font rouges, comme ceux qu’on nomme Anti-ques , leur base est alors un feld-spath rouge dont il y en a de plusieurs nuan-ces : on en trouve de cette espèce en Bourgogne & dans les Voges,
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