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Tome premier.
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XLVI
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DISCOURS SUR L’HISTOXRE NATURELLE

Vallon d u G r i n d e l w a l d.

Après avoir passé îe pont qui est au-dessous de Zwey-ïutfchin, on entre dans îe vallon du Grindelwald. Les pre-miers objets qui frappent la vue , font cinq aiguilles ou\ pics de rochers fur la haute montagne de Mettenherg , 6cle Wetter-horn qui s’élève majestueusement , comme ungéant, 6c domine sur-tout ce qui f environne. Cette mon-tagne est couverte de neige, & fait ici la même illusionque la montagne de ía Vierge, dans la vallée de Lautcr-brunn ; il semble qu’on aille la toucher avec la main quoi-qu’on en soit à plus de trois lieues. Après avoir passé lehameau de Grindelwald , les rochers de la droite qui for-ment la chaîne entre îe vallon de Lauterbrunn, offrentles mêmes couches horizontales & de la même épaisseurque nous les avons décrites dans ce vallon , & ce fontauss des pierres calcaires que les torrens charient. Deshabitations, des scieries , des terres cultivées 6c des arbresfruitiers de différentes espèces, rendent ce vallon plus vivant ;fa largeur varie aussi davantage. Des couches verticalesde. roches calcaires fe trouvent placées ici à côté de cou-ches horizontales ; mais après un peu d’examen, on voitque c’est une partie de montagne, qui, après avoir glissé »s’est renversée. Au-defa d’un petit hameau on trouve dansdes rochers les mêmes couches contournées que nousavions vues dans le vallon de Lauterbrunn : les arbres frui-tiers continuent, & il y a une quantité de sureaux à grainsnoirs. On monte beaucoup, les chemins font bons, pro-pres à des chars jufqu’à Grindelwald. Dans la partie élevée,des rochers énormes y ont été culbutés ; de beaux pâtu-rages , une superbe malle de roches calcaires à pic avecdes couches un peu inclinées, un bord de ruisseau garnid’aulnes , forment un paysage frais & riant. On com-mence à appercevoir le glacier inférieur , & le vallon ferétrécit beaucoup. Une'cafcade, de beaux rochers, beaucoupd’aulnes, un fond couvert de roches arides très-élevées, cou-vertes de neige : îe glacier, au pied duquel font des cabanes ,des sapinsdcd’autres arbres, présentent un paysage plus grand& plus orné ; plus on voit i’assembíage de ces objets, plus onest ravi d’admiratíon. A peinea-t-on fait quelque peu de che-min qu'u n autre point de vue également admirable arrête Ievoyageur. (Lest f avantage des pays de montagnes d'offrir àchaque pas, à chaque tournant de nouveaux tableaux plusvariés & plus piquans les uns que les autres , qui n’ont pascette uniformité & cette monotonie des pays de plaine, donton est bientôt fatigué. On est encore éloigné d’une bonnedemi-lieue du village de Grindelwald.

Plus on approche du glacier & de ses énormes tas deneige, plus on est surpris dé voir la nature riante & lepays couvert d’habitations , des granges & des chaletsnécessaires pour ferrer les fourrages qui doivent nourrir depombreux troupeaux, pendant Ie long de l’hiver. Desjardins, des champs avec différents grains, dont partie

{ i ) C’esl avec celles qui ne font pas greffées, appeilées Merises, que fefait la liqueur qu’on nomme Kirfchenwajser, devenue si à la mode depuisquelque temps; dont on reconnoît depuis long-temps dans les montagnes laqualité bienfaisante ; elle est même nécessaire dans les pays où l’on mangebeaucoup de laitage ou des alimens difficiles à digérer; on en fait aussi beau-coup avec des prunes qu’on donne souvent pour celle faite avec des cerises,elle est moins agréable & bien moins bienfaisante que le Kerschenwasser ; cesliqueurs qui font très-violentes s’adoucissent beaucoup en vieillissant. On dis-tingue l’eau des cerises , de celle faite avec des prunes, en en versant quel-ques gouttes dans le creux d’une main qu’on frotte bien avec l’autre; si la

ne font pas moissonnés; du lin , plusieurs fortes de légu-mes & des pommes de terre, & une quantité de beauxprés & d’excellens pâturages bien soignés , couvrent cesterreins , annoncent le travail & l’industrie , ainsi que lajouissance des premiers besoins de la vie : beaucoup d’ar-bres fruitiers, & sur-tout des cerises (i ) qu’on cueilioit( au 8 Septembre ), prouvent qu’il y a plus que le néces-saire. On arrive au village du Grindelwald, les maisons enfont bien bâties, partie en bois 6c partie en maçonnerie ;elles font bien commodes 6c closes contre la rigueur desfaisons. On y voit une grande population, des habitansbien vêtus, d’une taille riche, forts & vigoureux. La santé.& le contentement.font peints fur tous les visages, & onest persuadé que ce peuple est dans l’aifance , & qu’il estcontent. Ces fentimens qui fe succèdent k mesure qu’onvoit les objets, fe fortifient de plus en plus, quand on aeu le rems de voir & d’examiner plus à loisir, 6c qu’onfait par expérience qu’on trouve enéore plus qu’on n’osoitespérer dans un pays où l’on est presque au centre des gla-ces & dès neiges. Ce vallon, riche & fertile, est large &ouvert du côté de Grindelwald : la vue s’étend avec com-plaisance du côté de la montagne de Sèheideck. Le villageest situé fur une pente de montagne, composée de schis-tes minces, argilleux, noirs & feuilletés, qui vont en s’é-levant d u côté de l’orient, 6c dont nous ferons mentionpar la fuite.

Nous allons considérer quelques autres beautés quiparodient plus sauvages, plus stériles , & qui à la vérité neparodient pas pouvoir fournir aux besoins de première néces-sité; mais qui aux yeux de l’Obfervateur & du Physicienfont les causes principales des avantages que la Suisse retirede ses pâturages. En effet, c’est la fonte des glacières & desglaciers qui entretient en été la fraîcheur & l’humiditénécessaires pour produire cette abondance étonnante defourrages & de pâturages excelleras , qui sont toute la res-source & la richesse des hautes montagnes. Dans les paysplus heureusement situés qui n’ont pas de ces amas de neiges,les montagnes qui font de même hauteur que les montagnesdu second ordre de la Suisse, qui font même beaucoup plusbaffes, font sèches & arides, & ne fournissent pas de ces pâtu-rages précieux qui sont verds toute î’année, tant que îa terren’est point couverte de neige, & elles ne font pas propres àl’entretien des nombreux & beaux troupeaux qu’on voit enSuisse, où les bestiaux montent à mesure que les neiges difpa-roiffent,: ils suivent les productions d’un printems qui ferenouvelle chaque jour jufqu’au moment où les nouvellesneiges de l’automne les obligent de rétrograder , pourconsommer, pendant Fhiver, les fourrages ramassés dans lesvallons moins élevés, où la même fraîcheur & les mêmeseaux provenantes de la fonte de ces neiges, ont procurétrois 6c quatre récoltes de fourrages.

liqueur est faite aveç des cerises, la main sentira le noyau. Cette liqueurdoit être claire & limpide, ne point sentir le feu ou l’empyreume : les deuxliqueurs se préparent en concassant le fruit avec les noyaux dans des augesde pierre au moyen de pilons de bois; on laisse fermenter le tout : l’espritqu’on en retire par la distillation est la liqueur qu on boit. Si la distillation estpousiee trop fortement ou trop loin, la liqueur prend le goût d’empyreume.La qualité du terrein influe beaucoup sur la bonté des fruits ; les pays.de montagnes produisent les meilleurs cerises pour faire le Kirschenwasser. II y a unautre moyen pour distinguer la liqueur tiree des prunes ; en y mêlant de l’eauelle blanchit ou devient laiteuse, ce que ne fait pas le Kirschenwasser.