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Tome premier.
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DE LA SUISSE

ív

Belle C

Plus loin une cascade d’un genre pittoresque , 6c qui sur-passe tout ce que le luxe a pu faire à grands frais,-procurele plus beau spectacle : ' un grand volume d’eau combed’une roche élevée, composée de couches régulières , quidescendent en gradins ; l’eau forme autant de cascadesqu’il y a de couches, en s’éîargissant toujours de plus enplus par le bas qui finit par une belle nappe d’eau , îetout est de forme pyramidale ; un beau badin ovale ré-gulier reçoit toutes ces eaux. C’est ce que fart a cherchéa imiter dans ces magnifiques jardins , qu’il n’a imitéqu a-peu-près 6c avec des dépenses incroyables ; mais ohl’art paroît toujours, 6c n'atteint point à ce grand , ce majes-tueux , ce sublime enfin , imprimé sur toutes les produc-tions de la Nature. L’art fessait sentir , malgré fhabileté del’Ordonnateur , ainfi que le travail & les dépenses, que cesíauses imitations ont occasionnées. Le local, les accessoires,tout ce qui environne, fait conncître qu’on a voulu trom-per , en imposer au Spectateur , le transporter enfin aumilieu de ces grandes productions de la Nature & ilfe retrouve en dépit de lui-même & des coopérateurs ,milieu du travail des hommes ; de - là f ennui 6c le dé-goût au milieu de ces magnificences y ennui qu’on n’é-prouve jamais dans ces lieux agrestes & sauvages, où l’onmanque souvent du nécessaire , & qu’on ne parvient àavoir qu’avec des peines 6t des fatigues incroyables.Quelle différence du très-petit au très-grand! Que ceuxqui, par leurs richesses ou par état , veulent devenir lesimitateurs des opérations de la Nature , aillent voir cecanton , ou tout autre de la Suisse ; ils apprendront cequ’on peut, 6c ce qu’on doit entreprendre, 6c jufqu’àquel point on doit espérer de réussir.

A droite, tout à côté du chemin , est une terre très-noire 6c très-divifée, qui est un schiste vitriolique, serru-

C’est près de ces chalets que se trouve une fontaine inter-mittente que nous avons entendu citer plusieurs fois commeun miracle, que la Nature a placée exprès pour abreuverquelques vaches, 6c dont seau. ne paroiffoit qu’au momentoù les bestiaux y venoient. Cette fontaine est doublementintermittente ; elle ne coule que pendant la fonte desneiges, & finit quand ces neiges ont disparu, ou que lesgelées recommencent j & elle ne coule en été que versle soir, quand la chaleur du jour a eu le temps de remplirle réservoir par la fonte des neiges. On arrive au petit lacd* Engfle.hr , d’un quart de lieue de long: les eaux en fontnoirâtres 6c fournies par les neiges & les glaces qui cou-vrent les montagnes environnantes. II n’y a plus de sentier,on erre entre les rochers, les pierres & les débris de toutesces montagnes; il y a beaucoup de pâturages , les sentiersque parcourent les troupeaux ne font pas praticables par lestrous qu’y forme le pas réglé de ces animaux. Les mon-tagnes ou rochers de la gauche ont toujours pour base desschistes , 6c sont surmontés de très-hautes couches de pierrescalcaires; on n’a pu distinguer s’il y avoit également desschistes fous les rochers de la droite. On continue a monterbeaucoup pour arriver aux limites du territoire de 1 Ab-baye d 3 Engelberg , qui font déterminées par une muraillesèche : de beaux schistes feuilletés rouges font jonches fursc terrein, ils font de couleur de sanguine ou crayon rouge ,

A S C A D E.

gineux, décomposé 6c lavé de se s sels. C’est apparemmentqette terre, dont Mr. Gruner parle 6c dit, que les peintress’en fervent au lieu d’encre de la Chine; nous pensons qu’onferoit difficilement de mauvais ouvrages avec cette subs-tance. On s’arrête aVec plaisir dans un lieu sauvage parses antiques sapins , fes rochers à pic , dégradés & deformes bizarres. De grands arbres arrachés par les tor-rens, d'autres à moitié renversés , entassés tumultuaire-ment avec des masses de rochers, d’où seau s’échappe detous côtés , forment un de ces beaux tableaux de fantaisie,où les peintres placent des solitaires & des anachorètes.On-fuit le penchant d’une montagne, dont îe bas est unbanc de schistes ; le chemin est très-feabreux fur les débrisde ces pierres glissantes & mouvantes; des roches calcaires& perpendiculaires s’élèvent par-dessus le banc de schistes ,& font aussi par lits & par couches, & d’une hauteur éton-nante ; il en tombe plusieurs cascades. Sur la droite il y aégalement une très-grande fuite de montagnes calcaires ,qui font encore plus hautes & toutes couvertes de glaces& de neiges ; c’est un désert glacé affreux, fur lequel l’œilétonné peut s’étendre fort loin.

On arrive a cinq ou six chalets, où les Bergers font leursfromages; après avoir fait quatre grandes lieues fort fati-guantes , on espère & on a besoin de trouver quelque nour-riture ; du fromage nouveau, fans pain 6c fans vin , est toutce que ces bonnes gens peuvent offrir, avec cette franchise6c cette cordialité, qui annoncent l’envie de voir accepterce qu’on offre. Quand on voyage dans ces pays perdus, ilne suffit pas toujours de s’en rapporter à la Providence ,6c de savoir se contenter de peu , encore faut-il le trouver :on devient prévoyant quand on a voyagé dans de pareilspays.

E R M ì T ’ T E N T Ë.

d’a utr.es. d’un verd couleur de feuilles d’olivier; ces deuxcouleurs fe trouvent souvent dans le même morceau. Maisce qu’il y a de plus singulier, c’est que les schistes rougesont quelquefois des taches rondes ou ovales , de différentesgrandeurs , d’un jaune soufre bien tranchant & bien mar-qué ; nous n’avions jamais vu cette espèce ; il feroit fortdifficile de dire ce qui a pu occasionner ces taches. Tout cecanton est fans arbres & fans buissons; ce qui n’estpas rocherest néanmoins verd & couvert d’un gazon ra z 6c fin ; on nese lassé pas d’admirer, cette verdure au pied des glaces écdes neiges. Après être parvenu fur le territoire de la sei-gneurie d’Engelberg, Canton d’Underwald, on trouve lamontagne de Joch, $uï fa pente est un gros rocher saillantôc élevé, qui est schisteux , argiîleux 6c feuilleté , 6c desmêmes schistes rouges 6c verts qu’on àrouvé auparavantrépandus fur le terrein. Au-dessous une autfe masse de rocher,qui paroît avoir été culbutée , n’est composée que de petitsfilons de quartz qui fe croisent en tout sens ; les intersticesfont remplis d’une matière ochreuse qui s’est détruite, 6ca laissé vuide l’entre-deux du tissu du quartz, qui forme, encet état, un ouvrage maillé irrégulièrement 6c fort sin-gulier : il paroît que dans ces quartz étoit interposéeune pyrite martiale, dont le soufre s’est décomposé , 6cn’a laissé que l’oehre du fer que les pluies ont enlevé de lasuperficie, mais qu’on retrouve dans l’intérieur en cassant