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Tome premier.
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LXVII
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DE LA SUISSE.

caires, qui ne paroissent pas tenir au fol. On monte encorebeaucoup , en tenant toujours la gauche, on retrouve desschistes verdâtres. On voit Nider-Sagens , au-dessous de

Grand

On parvient à côté d’un ravin d’une profondeur ef-frayante ôc d’une grande largeur; on peut y voir commo-dément l’intérieur de cette montagne. Elle est toute com-posée de détrimens & de débris de pierres calcaires ; d’ali-tres mamelons ou petites montagnes dans le bas de lamême eípèce, font creusées & minées de même. Valendas ,village, est dans cette position basse, & le Rhin passe aupied du ravin. Cette montagne excavée est couverte degrands sapins qui font anciens, dont beaucoup font pré-cipités dans le fond du ravin ; d’autres fe font arretes a mi-chemin avec des parties de terrein qui y ont glissé ; lesarbres y font dans toutes fortes de postions, le tout formeun tableau sauvage & singulier ; le verd noir des sapinsfait un beau contraste avec la blancheur du terrein. Oncontinue à monter , en laissant le village de Lax fur lecôté ; on trouve fur le haut des masses isolées de schisteverd : on ne connoît pas trop d’où elles peuvent venir ;on est très-élevé, & on ne voit rien au-dessus de foi.Après avoir marché deux heures & demie, on fe trouve ala tête de ce ravin horrible qu’on voit dans toute fa lon-gueur ; il est occasionné par un petit ruisseau , qui faitaller un moulin & une scierie, ôc s’y précipite avec bruit.C’est un grand spectacle que ce travail des eaux, il esteffrayant, tant par la maíîè énorme qu’elles ont amasse,que par la manière dont elles la détruisent ; mais en consi-dérant l’efpèce de terrein dans lequel l’eau s’est ouvert unpassage, on conçoit les facilités qu’elle a trouvé, & lesprogrès qu’elle doit faire dans ces terres mal liées, comme fonttoutes les montagnes de troisième ou quatrième formation,quand elles ne font pas composées de masses de rochers quipar leur propre péfanteur forment liaison. ( i ) Les côtésdu ravin font presque à pic , diminuent de hauteur selonles pentes variées de la montagne. Cet autre point de vueprésente un tableau différent qui n’est pas moins singulierque le précédent : il a un point de perspective intéressantde haut en bas, ôc qui le feroit encore plus pour l’avantage dudessin s’il étoit vu de bas en haut : nous n’avons pas eu lele tems d’aller voir ce point de vue qui doit être fortextraordinaire. Tous les environs font en désordre, on nevoit que des pierres & des masses de rochers déplacées ;tous les mamelons qui entourent ce lieu font également depierres rapportées, & on ne voit nulle partie assez élevéepour avoir pu fournir h tant de débris Ôc de décombres. Unpetit ruisseau à côté charie aussi des schistes verts ; autreobjet de réflexion : d’où peuvent venir ces schistes ? Oncommence à tourner a droite & à descendre : on voit unepetite montagne allongée couverte de sapins, qui paroissoitla plus grande hauteur du canton, mais elle couvre le basd’une montagne k gauche qui, en fe longeant, va gagnerbien loin, en formant un coude, une montagne fort élevéequi alors étoit couverte par des nuages. C’est par ce cheminque font venues toutes les matières qui ont rempli cettepartie, & y ont formé des montagnes très-considérables dedécombres. Ce coude & ce prolongement ne font peut-êtreformés eux-mêmes que de ces matières rapportées par les

Ixvij

foi à droite, on monte continuellement fur un terrein calcairerapporté ; dans les hauts il y a des grandes masses des mêmespierres.

Ravin.

eaux; il auroit fallu plus de tems pour aller vérifier cedoute & examiner la montagne , elle-même, en suivant lechemin qu’ont parcouru les eaux. Après différens tours ôcdétours on arrive fur le revers de la montagne qu’on vientde trouver couverte de matières calcaires ; de ce côté - cielle est d’une roche de schistes verts qui ont tous la mêmeposition pour les couches , preuve qu’elles y font le corpsde la montagne, ôc que fur l’autre côté les matières calcairesy ont ete entraînées & versées par les torrens. On a un large& grand vallon devant foi qui est borné de l’autre côté parune roche calcaire à pic, d’une hauteur prodigieuse, qui vaen retour fur la gauche d’où font venues toutes les alluvionsqui ont transporté ces débris calcaires. On voit de la hauteuroù l’on fe trouve différens petits lacs ou étangs entourés desapins ôc de pâturages. Au milieu du vallon est le beauvillage de Flcins , entouré de bons pâturages & de terreslabourées ; le fond du vallon ' est également de matièrescalcaires rapportées, fous lesquelles font des schistes vertsqu’on voit ôc qu’on retrouve dans les ravins. Une bellecascade, à droite, dont les eaux écu mantes fe précipitententre des sapins ôc autres arbres; plus on approche de lamontagne calcaire, plus on est étonné de fa prodigieusehauteur ; elle est par couches ; à son extrémité, à droite,une maíîè en cône s’élève entre des sapins, ôc il y en aquelques - uns fur la pointe du cône, le tout forme unsingulier tableau par l’opposition des couleurs. C’est à côtéde cette grande montagne qu’est le débouché ou ladescente du petit vallon que nous avons suivi en partant deClaris; c’est en prenant le chemin le plus court que nousavons laissé ce débouché à gauche en tirant du côté deWaltenfpurg. Après avoir remonté quelques tems on passeà portée de W^ick ; il y a ici plusieurs points de vue d’unegrande beauté par la richesse ôc la variété des objets quicomposent ce tableau. Toutes les roches du canton fontcalcaires du moins dans les hauts , ôc le pays est fertile. Surla hauteur est Trias , village surmonté d’une tour sur unrocher ; différens mamelons boisés, des prés , des champs ,le cours du Rhin, de hautes montagnes derrière formentun autre superbe tableau. Un rocher de forme cubique,composé de couches, est fur la gauche. Après avoir passéTrtus , qui est un bon village entouré d’arbres fruitiers &de champs, on descend ôc on apperçoit les deux Rhins.Le bas Rhin tourne au pied de petites montagnes rapportéesqui font â la fuite du grand ravin ; les bords font â pic& les dessus boisés. Le haut Rhin serpente dans un grand& beau vallon, entouré de très - hautes montagnes, aboutità une jolie plaine cultivée où passe le Rhin près du châteaude Rot^uns , appartenant â l’Empereur. Bonadut{ , grosendroit, occupe le milieu de cette plaine; le haut Rhintourne fur la gauche ôc vient fe joindre au bas Rhin àRichenau. C’est le plus grand , le plus magnifique paysagequ’on puisse voir; on a le plaisir de le détailler dans toutesfes parties, parce qu’on le voit presque en plan par la positionélevée où l’on fe trouve. On continue à descendre enrapprochant de Richenau ; fes environs fe développent ôc

( r ) C’est pourquoi los bois croiílent íi sticiîenient Sc fi promptement dans ces fortes de terreins . les racines s y insinuent Ôc y tracent en liberté.

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