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Tome premier.
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PITTORESQUES, &c. DE LA SUISSE.

tzquîté J quand elle mêle le sacré avec le prophane 3 parce qu 3 elle nelc fait que pour illustrer davantage l’origine des villes ( & des

nations ).

On ignore la véritable étymologie du nom Helvétien. Eochatprésume que lorsque Bellovese & Sigovese rassemblèrent lajeunesse des Gaules, le peuple , duquel étoient sortis pourcette expédition ceux qui, avec le temps, formèrent lanation, appellée par les Romains HelvetU , étoit placé dansla partie méridionale & orientale de la Celtique. II cite lenom d’un peuple de ces provinces, & le trouve si approchantde celui à'Helvétie , qu’on est tenté de croire que l’un a étéformé fur l’autre ; César ( 21 ) appelle ce peuple Helvii _> maisPline ( ii ) le nomme Helvi. Eochat s’abandonne ici à sonimagination. H élu , que les Celtes prononçoient Heloui , signi-fioit chasser 3 Heluur , vouloit dire un chasseur , & Heluuir, deschasseurs. M. Astruc, autre Savant, croit prouver cette étymo-logie dans ses Mémoires (23) pour l’Histoire naturelle de laprovince de Languedoc. II ajoute qu’il ne seroit pas extraor-dinaire qu’on eût désigné par le nom de Chasseurs, Helui , unenation qui habitoit un pays très-propre à la chasse, & à ïachasse même des bêtes féroces, tel que le Vivarez devoit êtredans un temps où. toutes les Gaules étoien? couvertes devastes forêts. II paroît, continue M. Astruc, que le nom desHelvetU , aujourd’hui Suisses , venoit du moins en partie de la mêmeracine. Eochat fait dériver d u Vivarez les premiers Helvétiensqui s’établirent dans le pays qu’on nomme présentement laSuisse : c’est dans le Vivarez que demeuroient les Helvii.

Jean-Henri Hottinger{ 24), de Zurich, avoue ingénuementque l’étymologie du nom Helvétien est assez incertaine. LePoète Glaréan (25) le faisoit dériver de deux mots Tudesques,Hell , setter 3 cousins de l’Enfer. Cecilius Frey , ( 26 ) de Kai-ferstul, en Suisse, a répondu il y a long-temps à cette plai-santerie, qu’il n’étoit point naturel qu’un peuple ait pris unpareil nom, mais cette réponse n’est pas décisive ; on connoîtcn Allemagne des noms de famille distinguée , dans les-quelles celui du Diable se trouve tout entier.

César dit dans ses Commentaires ( 27 ), que les Gauloisse disoient tous issus de Dis , & Tacite (28) écrit que lesGermains rapportoient leur origine à Tuifion. Ces deux nomsne désignoient, suivant Eochat, qu’un seul & même prince.M. Pelloutier (29) a promis de prouver que le prétendu Mer-cure des Celtes, est certainement le Dieu qu’ils appelloientDis. On convient ( 30 ) que Tuifion de Tacite est le même queT eut 3 Teuth ou Theutates ; ainsi, soit que les Helvétiens fussentde la branche des Gaulois ou de celle des Teutons , ilsétoient également descendans de Dis ou Tuifon. M. Pellou-tier (31) pose en fait, que les Gaules, l’Allemagne, l’Italie ,

& en un mot, la plus grande partie de l’Europe, étoientanciennement habités par un seul & même peuple. Aussiaprès que chacune des branches de la famille du père de cepeuple eût formé, dans la fuite des siècles, une nation dis-tincte des autres , par les noms dissérens qu’elles prirent,ou qu’on leur donna , & par les changemens qui se firentinsensiblement dans leurs langues & dans leurs usages, les Hel-vétiens se trouvèrent tenir à tous ces égards, des Germains& des Gaulois. Nous le savons par Tite-Live ; cet Historien,témoigne ( 32 ) que les peuples des Alpes, & par conséquentles Helvétiens , étoient demi-Germains du temps d’Annibal. Unpassage qu’on lit dans Strabon (33) porte, que les Gaulois& les Germains des bords du Rhin, font deux nations, dontle naturel & la manière de vivre se ressemblent ; qu’il y aentr’elles de la parenté ou qu’elles ont la même origine, &cque n’étant séparées que par le Rhin, la plupart des usagesfont les mêmes chez les uns &c les autres de ces peuples.Lorsque ce Géographe parle ailleurs des peuples de la Ger-manie qu’on rencontrent aussi-tôt après avoir passé le Rhin ,en venant des Gaules, du côté d’Orient, il dit ( 34) que cesGermains différoient peu des Gaulois, tant pour la férocité ,la haute taille , & le blond ardent de leurs cheveux, quepour la figure, la manière de vivre & les usages ; au reste ,la position des Helvétiens entre les Gaules & la Germanie,ne permet pas de douter que la nation ne fût composée deGermains aussi-bien que de Gaulois.

La conformité du nom Celtique Tis ou Dis, que lesGaulois donnoient à leur premier père, avec Dis , nom dePluton chez les Romains, jetta César dans Terreur en luifaisant croire que le Dis des Gaulois étoit son Pluton ( le Dieudes Enfers) parfaitement inconnu aux Gaulois. Hell n’étoit pasnon plus le nom par lequel ils désignoient Penser, ils Pappel-loient ( 3 3 )• Ho elle. Les significations de Hel & Hell n’ont riende commun avecl’idée de Penser. Nous avons dé j a dit que Freytournoit en dérision l’étymologie qui dérive le nom des Helvé-tiens des'mots Hell, Vctter , Cousins de Venfer OU du Dieu de Venfer-.ce savant Suisse voudroit (3 6) les faire dériver du mot AllemandHel 3 qui signifie lumière, il les appelleroit plutôt Cousins de lalumière.

Autre opinion ridicule ! Les Suisses (37) font, dit-on, laplupart d’une couleur entre le blanc &c le roux, ainsi leurnom d’Helvétiens dérive de Helvus color , couleur jaunâtre. Onsuppose encore que les HelvetU étoient originairement appellésHelveteri, en Allemand Heldvaetter, pères des Héros; mais c’esttrop (38) s’appesantir sur des étymologies aussi incertaines.

Le nom moderne de Suisses n’a été employé par les étran-gers, pour désigner les habitans de PHelvétie en général, que

( 2 1 ) Comment. Lib. VII.

(22) Naturel. Hifions.. Lib. III. C. IV. p. ;6. Basiles. 1525. in-fol.

( 23 ) Partie III. Ch. I. p. 334.

( 24 ) Metkodus legendi Historias Helveticas . p. 201. Tiguri 1634,1/2-8.

( 2y ) Hottinger, ibid. Stumpfii ckr. Helvet. Lib. IV. p. 262.

(26) Apud. Plantin'.Helvet. ant. & nov. Cap. XVI.

( 27 ) Lib. VI. Cap. 18.

( 28 ) De morib. Germanor. Gap. III.

(29 ) Hist. des Celtes. L. I. Chap. XIII.

(30) ApudDithmar. innot. ad Tacitum. Lib.I. Gundlingian. T. II, p. 210 .Wachter. Glossar. Germ. voce Teut.

(51) Hist. des Celtes. Liv. I. Ch. VIII.

(52) Lib. XXI. Cap. 38.

(33) Lib. IV. édit. Grsc'e & Latine. Amstehdmi, Woîters 1707, ìn-fòl.fíg. cum notis Casauboni & aliorum .

Tome. I.

(34) Lib. VII , p. 443-444.

{3 5 ) Wachter Glossar. Germ. voce Hoelle.

( 3 6) Admirand. Gall. Cap. 4.

(37) Comment. Salmasii in Solin. Etat & délices de la Suisse. T. I. p. 3.

(38) Plantin dit : ( Helvetia. antiqua fit nova Cap. XVI. p. 114, Berns

16^6 /«-n.) Perierunt prisci 11.1,1 HelVetii , pêriit quoqueOR lGiNís ipsorum memoria. Ces anciens Helvétiens ont péri avec ladate de leur origine primitive; & déja avant Plantin, un François, Bodin ,( Métkod. Hist.) avoit avancé qu’il ne reste aupays des Helvétiens aucune tracede son ancien nom ; mais Bodin avoit tort, plusieurs inscriptions trouvées enSuisse ont conservé le nom des Helvétiens > & Plantin lui-même {ibid. p. n 5 )est obligé d’avouer qu’il ne peut croire que les anciens Helvétiens, principa-lement ceux qui babitoient les montagnes, ont été tous détruits par lesguerres,

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