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P 1 T T O R E S Q U E S, &c. DE LA SUISSE .
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La Suijse considérée comme la contrée la plus élevée de UEurope.
Il n’y a peut-être pas fur la terre de plus hautes mon-tagnes que celles du Pérou, nommées Cordillera de los Andos.Les Géographes considèrent la Suisse comme la partie la plusélevée de l’Europe , ses principales montagnes font plushautes que celles de France, d’Espagne, d’Italie &c d’Alle-magne. Plusieurs Savans en ont déterminé la hauteur, ilrésulte de ces mesures que les montagnes de la Suisse fontau nombre des plus élevées de la terre ; que le Gothard,, leFourke ôc la Corne de la Vierge, ( en Allemand Jung FmuçnHom ) qui font les plus hautes de la Suisse, égalent presquecelles du Pérou ; fur-tout si l’on adopte les déterminationsde M. Micheli du Crêt, de Geneve. M. Grimer (i), de Berne,les regardoit comme les plus justes. II paroît certain quecelles de MM. Cassini, Mariotte & Scheuchzer font fautives ;au moins les observations postérieures & des expériencesplus exactes, jointes a la connoissance des moyens employéspar M. Micheli, les battent fortement en ruine.
La Suisse peut être regardée dans fa plus grande partie,comme la contrée la plus élevée de l’Europe, puisque lesfleuves qui ont leurs sources dans les Alpes de la Suisse,coulent dans des directions contraires jufqu’aux extrémitésopposées de l’Europe. C’est fur le sommet de ces Alpes quel’on découvre les sources du Rhin, du Rhône, du Tesin,de l’Are, de la Russe, de l’Inn & de l’Adda. Les lacs quientrecoupent la Suisse , & les eaux minérales qu’on voitjaillir de ses rochers, font autant de tableaux dignes de l’œilobservateur du Physicien. Je vais m’occuper des dissérensobjets de cette esquisse générale dans ce paragraphe & dansles suivans.
Une grande (z) partie de la Suisse n’offre que de longueschaînes de montagnes fur lesquelles s’élèvent dans plusieurs,districts d’autres montagnes encore plus hautes. Souventau-dessus de cette seconde couche de montagnes, on entrouve une troisième fur laquelle commencent a paroîtreles pointes de rochers inaccessibles; ces pointes font propre-ment le sommet le plus élevé des montagnes. Souventmême , au moment que le voyageur croit avoir monté unemontagne, il ne se voit que dans un vallon entouré demontagnes, & au pied duquel s’en élève une encore beau-coup plus haute. Arrive-t-il ensuite à la hauteur accessiblede la montagne ! il se trouve entouré de rochers chénus ,de forme pyramidale ou autre forme, ou de longs murs derochers dont l’élévation ne peut être mesurée ; & dans cetteposition son œil avide est arrêté, & il se perd dans les vallées.Le mont (3) Pilate ou Frakmont, dans le Canton de Lucerne,dont la hauteur propre est aussi grande que plusieurs,autresqui sont revêtus de neiges perpétuelles, a au-dessus de la
mer mille quatre cents toises, mesurées à une de ses pointesnommée VEfel ou l 'Ane. Une autre'pointe voisine un peuplus élevée n’atteint pas même entièrement la hauteur demille cinq cents toises. Toutes les montagnes de Suisse, quela neige couvre toujours, ont environ mille cinq cents toisesde hauteur, ce qui est confirmé par Inexpérience. Le montPilate dont je viens de parler, approche du point de la glace,mais il ne conserve pas ses neiges dans tous les temps. Legrand A^eindai, qui sépare le Canton de Berne du Vallais,a, selon M. Facio, mille quatre cents soixante toises au-dessusde la mer : il ne conserve pas ses neiges, parce qu’il n’atteintpas la région toujours glaciale. Les montagnes , dont la cimey parvient, font toujours revêtues de glace; & la cause decette circonstance qui leur est particulière, est sans douteleur hauteur propre 3 jointe à leur position fur les parties lesplus élevées du globe. On trouve dans la description (4) del’Histoire Naturelle des Glacières de la Suisse, la déterminationde la hauteur des principales montagnes de cette étonnantecontrée. Suivant M. Micheli, le mont Grìmscl au Cantonde Berne, a deux mille cinq cents trente-neuf toises ; le Schrek-horn , deux mille sept cents vingt-quatre ; le Fischerhorn ,deux mille six cents cinquante-neuf ; le Fourke qui séparele Canton d’Uri du Vallais, deux mille six cents soìxante-neuftoises ; le Cornera, partie du Lukmannier au pays des Gri-sons (y), deux mille six cents cinquante-quatre ; le Toedtli-berg ou Toediberg, deux mille cinquante & une, & selonun autre Observateur, trois mille ; le Saint-Gothard, suivantM. Micheli, deux mille sept cents cinquante ; le grandSaint-Bernard, suivant Needhan, mille deux cents soixante-quatorze ; le Tittlisberg dans le Val d’Engelberg, Cantond’Underwalden, onze cent cinquante-trois , ou mille sixcents soixante selon les deux Scheuchzers ; le Nollen ou lacime du Tittlisberg , selon Micheli, dix - huit cents trois,& selon une mesure plus exacte, deux mille une. M. Faesidit dans fa Topographie Helvétique que beaucoup de mon-tagnes de la Suisse ont une élévation de neuf mille jusqu’àdix mille pieds au-dessus de la mer Méditerranée.
La hauteur des Alpes est telle en quelques endroits, quedu centre du pays de Vaud, dans le Canton de Berne, à deuxcents toises au-dessus du niveau 'de la mer, l’on voit encoreleurs cimes dorées par le soleil, trois quarts-d’heure aprèsson coucher. Des observations qui font estimées très-justes,donnent deux mille trois cents trente-quatre toises à la hau-teur du Mont-blanc ou Mont-maudit en Savoie, & deux millesept cents à celle d’une pointe du Saint-Gothard, au Cantond’Uri.
Une grande partie de la Suisse est composée de montagnes,
( 1 ) Histoire Naturelle des Glacières de la Suisse, traduction de M. Ker;Ho, d’après l’Original Allemand, p. 273 & suiv. Paris 1770 in-4. fig. Voyagidans les districts les plus remarquables de la Suisse, en deux volumes in -12en Allemand avec figures. Londres 1778.
( 1 ) Faesi, Description Topog. de la Suisse. T. I. p. 4 & suiv. en Ailetnand.
( 3 ) Gruner ibid. p. 275 & suiv.
( 4 ) P. 270-273.
(î) Les Grisons prétendent que leurs Alpes font les plus hautes montagnes
de l’Univers. Les Romains , du temps de Pomponìus Mêla ( Lib. 111. ),croyoient que les deux plus hautes montagnes dont ils connoissoient lesnoms étoient le Taurus en Asie & le Rhetìco. Montium altijfimi Taurus 6*Rketìco j nifi quorum nomìna vix est eloqui ore Romano. On trouve au pays desGrisons le Mont Rhetico voisin du Mont Gavia , dans le Prettigeu , fur lafrontière du Comté Montefun; on Pappelle en Allemand Rhetigeuerberg ;fur fa pointe la plus élevée, dite Selva Rhtta, en latin Sylva Rh&ti& , larivière du Lanquart,o n latin Langarus , prend fa source. Voyez Sprecher,Palladis Rhstic* Lib. IX. p. z§r. Lugduni Batav. 1633 in.z4.stg.
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