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Tome premier.
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TAB L'E A U. X -TYPOGRAPHIQUES

issue, couvrent tes terres fertiles, & ces inondations durentquelquefois une année entière.

Le Poète Claudien qui viveit au quatrième Sc cinquièmesiècle, en traçant la marche de l’armée de Stilicon par la Rhé-cie, n’a pas oublié les lavanges, ni l’horrible froid qui règnefur les Alpes Sc qui, semblable a la Gorgone de la fable , faitperdre souvent des membres aux voyageurs. Voici les vers(18) de Claudien, ils font très-pittoresques.

Sed latus, Hefperii quo Rhtttia jungìtur or &,

Tr&ruptis ferit afira Jugìs panditque terendamV"m sfiatc viam. Multi écu Gorgone visa.

Obriguere_ gelu. Multos hausere profundaVa f a môle n ives . cumaue ipfis si.pt juvettcis'Naufraga candenti mérguntur plaustra baralhro,

Interdum glacie fubitam labente ruinam

Mons dédit, & tepidìs fundamina fubruit afirìs *

Pendenti maies da solo. Per talia tenditFrigoribus mediis Stilico loca.

La chute des neiges n’est pas le seul accident que les voya-geurs ayent a craindre fur les monts de glace. Un vent dunord perçant & glacial peut les surprendre Sc les transir,sur-tout lorsqu’ils voyagent à cheval ; alors le danger de leurétat fe manifeste par une forte envie de dormir, & s’ils nes’excitent pas en descendant de cheval, en marchant, & ense donnant beaucoup de mouvement, la mort est inévitable,mais elle est fort douce. Le froid resserrant les extrémités desvaisseaux sanguins, empêche la circulation.; la surface de toutle corps meurt la première ; le sang se porte en abondanceau cerveau parcc que cette partie est plus à l’abri du froid, ils'y engorge, cause la mort & gèle en entier auffi-tôt.

Les tourbillons de vent qui surprennent & enlèvent quel-quefois les voyageurs fur les montagnes, n’étoient pas incon-nus à Silius Italiens. Ce Poète ( 19) parle de ces tempêtes.

Interdum adverfo glomeratos turbine CorusIn média ora nives fufeis agit horridus alls ,

Aut rurfum immani firidens avulfa proœllaAudacìs rapìt arma vìri , volvenfque per orbtmÇontorto rotat in nubes fublimia flatu , &c.

Le vent Corus (zo) ou Caums , dont parle Silius Italiens, est lemême que celui que les Grecs nommoient Argefies ou Japyx.C’est l’un des vents les plus froids & il apporte avec lui lagrêle : on l’appelloit dans la Gaule Narbonnoise, le ventCirdus ou Ceràus ; les anciens disent qu’il ne cède à aucunautre vent pour la violence, Sc qu’il enlève même les torts.Ce vent du couchant règne sur-tout après l’équinoxe de l’au-tomne, on l’appelle en Allemand Nord-Wefl.

Le plus grand de tous les dangers est celui de tomber dansles fentes des amas de glace, dont la plupart cachées fous lesneiges nouvelles, ne peuvent pas être apperçues. Des voya-geurs imprudens se perdent assez fréquemment dans ces gouf-fres, Sc les archives des villes Helvétiques font souvent men-tion de ces malheurs. Les corps fe conservent très-long-tempsfous ces amas de glace ; M. Gruner dit qu’on trouva fur celuidu Grimfel le corps d’un .jeune garçon qu’une crue d’eau

avoir rejetté par la crevasse; or il ne s’étoit perdu depuispeu aucun enfant du pays, Sc on n’en avoit pas même lesouvenir ; enfin un homme très-âgé fe rappella qu’il y avoitenviron quatre-vingt ans qu’une jeune garçon de son voisi-nage étoit tombé dans une crevasse de ce même amas : lecorps fut en effet reconnu ( zi ) pour celui de ce jeunehomme, il étoit austï frais que s’il n’eût perdu la vie quedepuis deux jours. Pour éviter un pareil malheur, les voya-geurs prennent plusieurs précautions; ils fe pourvoient delongues planches Sc s’en fervent pour passer les crevasses quifont visibles : ils vont rarement seuls furies amas & se munis-sent de longues cordes, afin que si l’un tombe dans une cre-vasse, un autre puisse lui jetter une corde Sc l’en retirer. End’autres cantons Sc sur-tout dans le pays des Grisons , lesvoyageurs portent fous chaque bras une longue perche quipuisse les retenir en cas de chûte ; d’autres Rattachent trois àtrois aux extrémités Sc au milieu d’une longue corde, Scmarchent l’un derrière l’autre ; si l’un deux tombe dans unecrevasse, les autres le retiennent ou l’en retirent avant qu’ilpuisse y périr. Les fentes ( zz ) de glace font plus ou moinslarges & profondes ; il s’en fait de deux ou trois Sc de cinqpieds de large, &-de trois à quatre cents aunes de profon-deur , Sc si un homme y tombe, il en réchappe difficilement :dans un pareil abyme, d’une profondeur épouventable , l’onest bientôt tué par le grand froid ou noyé dans la neige fon-due. Cependant il faut nécessairement passer par ces monta-gnes-de glace, car en bien des endroits il n’y a pas d’autrechemin, Sc quand il s’y trouve de la neige nouvellementfondue , on court risque de glisser Sc de tomber ; souventmême la neige couvre tellement ces horribles fentes dont jeviens de parler, que les voyageurs ne les découvrant point, yfont pris comme un oiseau dans les filets, ils y tombent Scy périssent. Quand il y a de la neige fraîchement tombée, onne volt aucune trace de chemin, & il faut alors suivre del’œil certaines perches que l’on plante de distance en distancepour reconnoître le chemin, Sc que les Grisons appellentSta%as, mais en bien des endroits les habitans n’en plantentpoint, afin que les voyageurs soient obligés de les prendrepour guides Sc de les bien payer. Dans toutes ces occasions ilfaut armer ses souliers de crampons pour ne pas glisser, Scon doit marcher avec grande circonspection. Je ne puism’empêcher de rapporter ici une aventure merveilleuse arrivéeà un chasseur de Glaris nommé Cafpar Stoerì : elle se trouvedans le Voyage des Alpes (z;) par M. Jean-Jacques Scheu-chzer, de Zurich. Ce célèbre Naturaliste la tenoit lui-mêmede Stoeri à qui elle étoit arrivée deux ans auparavant ; Scheu-chzer l’avo'it pris pour son guide en 1705 : voici le fait.

Stoeri étoit à la chasse des chamois avec deux autres chas-seurs dans le mont Limmeren , canton de Glaris, Sc comme ilcroyois marcher fort sûrement sur la neige, dans le tempsqu’il y pensoit le moins il tomba dans un abyme de glacefondue. Ses compagnons qui le perdirent d’abord de vue,furent dans de grandes peines, ils n’attendoient autre chose,sinon qu’il mourroit bientôt de sa chute , ou du froid &de la

(i2) De Bello Getico vers. .340 pag. 588 inter Claudiard Opéra cum varior.Commentariis, Amfielodami, Eltyvir 1665 in-S.fig.

( 19) De Bello Punico secundo , Lib. IV . p. 74. Lugduni Gryphius 1 578 in-11.Voyez aussi sur Corus, Cirdus & Cercius, Vítruve, Séneque, Lucain, Plinele Naturaliste, Aulu-Gelle, &c.

( 20 ) Sìmleri Commentarius de Alpibusp. 15. in Thefauro Helyetico.

(11 ) II put l’être par le signalement de cet enfant consigné dans quelquesarchives.

(zz) L’Etat & les Délices de la Suisse, nouvelle édition T. I. p. 32 &suiv. Bâle 1764, in-iz.fig.

(23) lier Alpinumanni 170;,^. 201. inter itinera AlpinqT, I, Lugduni Batav.171.3 in-J t ..sig.

glace.