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Tome premier.
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P I T T 0 RE S Q V E S, âZc. DE LA SUISSE.

communes de France ; mais cette distance, prise en lignedroite par-deísus le Chablais, n’excède pas douze lieues demarine. La plus grande largeur de ce lac, à le prendre deRolle jusqu’au voisinage de Thonon, est de trois à quatrelieues, ou plutôt à cause du biais qui se trouve entre cesdeux endroits, elle doit être seulement estimée environ àsept mille toises de France de six pieds de roi chacune, cequi fait un peu plus de trois lieues communes de France j maisce lac se rétrécit beaucoup ensuite en venant vers Genève ,car depuis Rolle jusqu’à Genève, il n’est guère large, en au-cun endroit, de plus d’une lieue de marine.

La surface du lac Léman est d’environ vingt-six lieues com-munes quarrées , dont chacune a deux mille deux centquatre-vingt-deux toises & deux cinquièmes de côte.

La profondeur de ce lac est dans quelques endroits très-considérable, particulièrement du côté de la Savoie où onl’estime être de deux à trois cent toises (z), tandis qu’au nordelle ne porte que fur quarante a cinquante toises. Cepen-dant on n’a point fait encore d’expériences suffisantes pourla justifier, Sc le fait en vaudroit la peine.

Le lac Léman est en partie formé par le Rhône qui s’yjette à Bouvcret ou Boveret a l’extrémité du Bas-Vallais ; j'aidéja observé ailleurs a l'article du cours du Rhône, l’errcur ( 4 )qui a subsisté pendant de longs siècles, presque jusqu’à notretemps, que ce fleuve traversoit le lac de Genève sans que leurseaux se mêlassent ; on a débité la même fable sur l’embouchuredu Rhin dans le lac supérieur de Constance. O11 peut, il est vrai,distinguer dans celui de Genève jusqu’à une demi-lieue dedistance, seau grisâtre Sc trouble du Rhône d’avec celle dulac, mais plus loin on ne peut plus la reconnoître ni par-le mouvement, ni par la couleur. Les eaux du lac se mon-trent alors très - calmes & d’une couleur uniforme. L’au-tcur du Dictionnaire géographique , historique ô politique de laSuisse ( y ), dit que le Rhône traverse le lac Léman dans toutefa longueur, qu’il en fort a Genève, Sc qu’il y conserve seule-ment sa couleur jusqu’à une certaine distance. On ne peut pasdire proprement que le Rhône traverse le lac Léman dans toutefa longueur. II s’y jette à l’extrémité du Bas-Vallais, Sc si àGenève le fleuve qui en fort porte le nom de Rhône, c’estparce que de toutes les rivières qui entrent dans ce lac, leRhône du Vallais en est la plus considérable à son embou-chure. II en est de même de toutes celles qui entrent dansd’autres lacs, Sc qui, à leur sortie, prennent le nom de laplus grande des rivières qui s’y font jettées. Indépendam-ment du Rhône, plusieurs petites rivières se jettent dans lelac, Sc entr’autres du côté de la Suifle, la Morge, l’Uine,la Veveyse, la Salance, le Foretey, la Lutrive, la Paudeifíe,Scc. J’en parlerai dans la description des bords du lac. II 11efe gèle jamais dans les plus grands froids, parce qu’il abondeen sources vives. II décroît en hiver Sc croît en été quel-quefois jusqu’à dix pieds Sc davantage. Les neiges fon-

dues des montagnes dans cette saison^ grossissent de leurseaux les ruisseaux Sc rivières qui viennent s’y décharger.On a observé des trombes sur ce lac, ce sont des espèces devapeurs * épaisses qui s’y élèvent de temps à autre, occupenten largeur quinze à vingt toises, à-peu-près autant en hau-teur , & qui se dissipent ensuite dans un instant , fans qu’onsoit encore suffisamment éclairé sur leurs causes. II règnedans le fond du lac un vent souterrein, qu’on nommeFaudaste , Sc qui lorsqu’il fait irruption à la surface , agitedangereusement la navigation.

U11 phénomène beaucoup moins rare que les trombes,que nous offre le lac de Genève, est une espèce de flux Screflux qu’on y remarque sous le nom ridicule de Seiches ;cette espèce de flux Sc reflux se trouve d’une part près del’embouchure du Rhône, ou bien à l’autre extrémité prèsde l’embouchure de l’Arve, il doit être vraisemblablementproduit par la fonte des neiges, conformément au détailexact; Sc savamment raisonné qu’en a fait M. Jallabert, dansl 'Histoire de VAcadémie des Sciences , année 1741.

La partie du lac du côté de la Savoie offre des montagnescouvertes d’amas de glace Sc dont la cime semble toucherle Ciel. Le pied de ces montagnes présente une suite d’habita-tions dans le nombre desquelles il y a des villes Sc des villa-ges , mais peu agréables par leur construction. II n’en est pas demême du côté de la Suisse, la situation dulac est ici charmante,un aspect admirable de maisons de plaisance, de villes Scde villages, de champs cultivés , de coteaux Sc de vigno-bles , y enchante les yeux;. En général, le bassin fur lequel lelac roule des eaux pures, légères Sc argentines, fa profon-deur , son étendue, tout concourt à le faire regarder commeun des plus beaux lacs de l’Europe ; il fournit aussi d’excel-lent poisson &: en abondance. Saint Grégoire de Tours dit dansun de (6) ses ouvrages, qu’on pêche dans le lac de Genève,qu’il appelle Lemmanus lacus , des truites qui pèsent jusqu’àcent livres. Nous en dirons un mot ailleurs. Les truites deGenève sont très-estimées des Nasidienus de Paris : on y entransporte d’assaisonnées Sc d’un grand prix. II y en a quel-quefois de quarante à cinquante livres. On pêche aussi dansle lac de Genève des perches d’un goût admirable, & entreautres poissons délicats la Ferrât. Ce poisson est particulier aulac de Genève, il y en a qui pèsent jusqu’à trois ou quatrelivres, mais l’espèce ordinaire est de deux livres : on ne les pêcheque dans la belle saison ; ils vont en troupe comme les harengs.

Du temps de Jules-César, le lac Léman ou de Genèveséparait l’Helvétie du pays des Allobroges qui est la Savoie,les deux contrées faisoient alors partie des Gaules. Les Ro-mains nommoient ce lac lacus Lemanus. Strabon ( 7 ) l’appelleen Grec Fipvw Utyd>,nv ; Ptolomée le nomme Xipm , motqui signifie proprement un lac ou étang Sc qui paraît avoirété la racine de Lemanus. Lucain dit dans fa Pharsale ( 8 ) :

Deseruere cavo tentorìa fixa Lemano

{3 ) En Allemand Klafcer , suivant Faesi.

C 4) Pline le Naturaliste, Pomponius Mêla & Ammien Marcellin ont débi-

té cette fable. Un Moderne, Merula , assure même dans fa Géographie( Pane II. Lib. III. Cap. 9.) qu’il a vu de ses yeux le Rhône traverser le lac

de Genève.

(y)T.II.pág. 24.

(6) De Gloria Martyrum , Lib. I. Cap. 76. p* 4 * * * * * 6 5 > dans le recueil desHistoriens des Gaules & de la France, par les Bénédictins, T. II. Parisl 7 i 9 > in-fol. fig. Voici les paroles de Grégoire de Tours. Lemanni lad,perquem Rhodanus injiuitf nayìgium petit, Extenditur autsm lacus ìlle in longim

Tome I.

tudinem quafi fiadìis quadringetitis , latitudine autem fladezs centum quadragînta.Le même Historien, après avoir estimé la longueur du lac Léman, de quatrècent stades, & fa largeur de cent quarante stades, ajoute, d’après des rela-tions , qu’on y pêche des truites qui pèsent jusqu'à cent livres. In hoc etiantfiagno ferunt T r ail arum pifeium magnitudinem ufque ad ccntum Librarum pondératrudnari.

(7) Géog. Lib. IV. Ce Géographe dit, en parlant dulac Larius, A»

( B ) Lib. I« vers» &nfidodami EIzevir ICÍjB ciim notis Grotii , Scfirevt-lu, &C,

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