PITTORESQUES ,
riches , il possède une bibliothèque nombreuse & bienchoisie : on y voit les portraits de tous les hommes savans &cillustres du Canton de Lucerne. Pour exciter par des exem-ples frappans les jeunes Patriciens de la capitale à marcherfur les traces des grands-hommes qui ont fondé l’Etat &:l’ont soutenu avec prudence & vigueur dans. les temps lesplus critiques, il en a publié une énumération en latin &en Allemand avec des éloges à la fois laconiques & éner-giques ; il a austì fait entrer dans la galerie alphabétique deces tableaux, les Savans, les Artistes même les plus célèbresde fa patrie, morts & vivans. Chaque citoyen Ecclésiastiqueou séculier, d’épée ou de robe, Littérateur ou Artiste, enfaisant la revue des personnes enclassées dans ce recueilintéressant, y trouvera des objets relatifs à son goût. LaRépublique de Lucerne a honoré des marques de la satis-faction la plus distinguée, le travail de l’Auteur. M. deBalthazar a encore donné d’autres productions heureuses ;l’Apologie de Guillaume Tell contre les objections frivoles ,indécentes & passionnées d’un Ministre du Canton de Berne,lui a valu du Canton d’Uri une lettre de remercimens &le présent de deux médailles d or. Je parlerai ailleurs d’un 1autre ouvrage également patriotique, Texplication des Tableauxde Thistoire Helvétique que l'on voit a Lucerne fur le grandpont. En admirateur deLicurgue, il a entremêlé dans cetteesquisse des réflexions dignes d’un citoyen de l’ancienneSparte.
Me voici au port de Lucerne, à l’endroit où la Russe fortdu lac. L’importance de fa situation justifie la chronique quiplace la fondation de cette ville dans une haute antiquité. Onvoit dans l’eau, a l’entrée du port, une vieille tour de struc-
L A C DE N
CE lac ( I ) , nommé en latin Lacas Neocomensis OU Neocaf-trenjîs , & en Allemand Neuburger-sée OU Neuenburger-sée , dunom de la ville de Neuchatel, capitale d’une Principautésituée fur ses bords, a environ neuf lieues de long fur deuxde large du nord-ouest au fud-ouest ; il forme vers le midi lafigure d’un ventre, il n’est pas entièrement enclavé dans leComté ( * ) de Neuchatel. Au levant il touche le bailliaged’Estavayé qui est du Canton de Fribourg, au couchant laville de Neuchatel, quelques châtellenies & mairies de cetteSouveraineté ' & le bailliage de Granson qui appartient parindivis aux Républiques de Berne & de Eribourg ; au midi,à l’extrémité, il a pour limite la ville & le bailliage d’Yver-don, qui est du Canton, de Berne ; il prend même dans cedistrict le nom de Lac d’Yverdon. Au nord il confine avec lebailliage Bernois de Cerlier ou Erlach & avec le territoirede l’évêché de Baie; fa plus grande longueur est d’Yverdonà Saint-Blaise, & sa plus grande largeur de la ville de Neu-chatel à Cudefrin. II y a beaucoup d’apparence qu’il étoitautrefois plus étendu du côté d’Yverdon & de Saint-Blaise ;on trouve dans ces deux parages une grande lieue de paysmarécageux, entouré de rochers &: qui parott avoir été ancien-nement couvert d’eau.* Le lac alloit meme jufqu’aux murs
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ture Romaine ; on prétend qu’elle fervoit de phare ou fanalpour éclairer la nuit les bateaux qui descendoient du lacdans la Russe. Quoi qu’il en soit, la construction de cette tourannonce des temps bien reculés. Lucerne est appellée dansles actes Mérovingiens & Carlovingiens, tantôt Lucerna &tantôt Ludaria ; la charte de fondation du monastère de Saint -Leger ( aujourd’hui un Chapitre ) à la fin du septième siècle ,dit expressément : Locus 3 qui Lucerna ex antiquitate diclus , juxta.fluvium , qui Rusa dicitur 3 qui desumitate magni laci fluit. A l’entréedu port de Lucerne on observe avec surprise &c avec plaisirgrand nombre de poules d’eau ; elles se promènent bien avantsur le lac, il est défendu sévèrement de tuer aucun de cesanimaux amphibies ; on les regarde à Lucerne comme un.ornement du lac , on les nomme en Allemand Moekren.Plantin (4), de Lausanne, écrit que les Lucernois retirentpresque plus d’avantage du lac des quatre Cantons que deleur territoire. Sans doute il considérois ce lac comme lamère nourricière de Lucerne ; au moins est-il certain quecette ville tire toute l’année du Canton d’Underwalden lamajeure partie du beurre qu’elle consomme. Le lac sert austìmerveilleusement pour le commerce, il fournit abondam-ment de poisson la ville Catholique de Lucerne. Ses environs,particulièrement la côte deWeggis, font fertiles en fruits& en toutes fortes de productions de jardinage. On peutaustì juger que la consommation des bois qui bordent celac doit être d’un grand rapport : j'ajouterai qu’exceptéfur les bords des côtes voisines de Kussnacht, de Lucerne& d’Alpnacht, ce lac ne gèle point dans les hivers lesplus rigoureux , fa profondeur extraordinaire y met obs-tacle.
EUCHATEL.
de la ville d’Yverdon , mais aujourd’hui il en est éloigné d’uneportée de canon ; il alloit austì à Neuchatel jusqu’à la maisonde ville, & présentement il en est retiré considérablement.Quoique ce lac reçoive plusieurs rivières & un grand nombrede ruisseaux, il n’est pas profond ; il gèle quelquefois commeil a fait en 1695 : cependant il ne gela point dans le grand hiverde 1709. La navigation en est dangereuse dans un temps d’orage.On observe quelquefois fur le lac vers le coucher du soleildes traînées ( 2 ) demi-circulaires qui roulent parallèlement :on les distingue du reste de l’eau par leur couleur particu-lière. Vraisemblablement ces traits tortueux sortent en partiede l’embouchure des petites rivières le Seyon & la Reuseou Arcuse, & en partie des sources souterraines du lac. Lelac est très-riche en poisson de toute espèce, & on en faitdes transports considérables. On vante sur-tout Y Ombre-Che-valier ; j’en parlerai ailleurs. Ce lac reçoit au midi la rivièreOrbe , au couchant les petites rivières TAreuse, le Seyon& la Thielle, en Allemand Z il, qui sort du lac & semble lejoindre avec celui de Bienne.
Neuchatel est la capitale d’un Comté souverain qui appar-tient au Roi de Prusse ; cette ville jouit de privilèges impor-tans , & elle a une alliance de Combourgeoisie avec les
(4 ) Helvetia antiqua & nova, Cap. XY,p.i6, in Tkesauro Helvetica kîfiorìs,( *) Carte de ce Comté, Planche 171.
( 1 ) Plantin ibid. pag. 2 f-26.
Scheuckçeri itinera Alpina, T. 111. p. 421 & 5 e0-
Leu, Dist. Hist. de la Suisse T. XIY , p. toi & fuir.
Tome I.
Faefi, Descript. Topog. de la Suisse. T. IV. pag. 445-444.
Tscharner, Di&. Géog. Hist. & Pol. de la Suisse. T. II. pag. 8; 8c 86, &c.(2 ) Le célèbre Jean-JacquesScheuclizer en a fait graver la forai q. ItineraAlpina, T. III. p. 500.
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