PITTORESQUES, &c. DE LA SUISSE.
est dans la paroisse de Concise. Entre Poiíïìne & Corsalette,l’Arnon ou l’Arnaux se jette dans le lac : son embouchureest située dans la paroisse d’Onnens. Cette petite rivièrereçoit auparavant celle de Fontainiesiz dans la paroisse deSaint-Mauris, qui est à une lieue de Granson au nord, dansle même bailliage de Granson : elle prend sa source au-dessusdu village de Vittebœuf, bailliage d’Yverdun, Canton deBerne. La chaîne du Jura qui fait partie du bailliage deGranson, depuis Géer t ou Gy jusqu A Provence , fur la frontièrede la baronnie de Gorgier, est en amphithéâtre, peuplée& cultivée jusqu’au sommet que l’on découvre. Un despoints les plus élevés fait partie de k montagne de Thevenon quiest de quatre cent trente-huit toises au-dessus du lac de Neu-chatel, de quatre cent soixante - quatre au-dessus de celuide Genève, & de six cent cinquante - deux au-dessus de laMéditerranée. Toute la côte de ce bailliage, le long du lacdepuis Concise jusqu’à Granson, est riante, champêtre, gar-nie de villages ôc ornée de campagnes agréables.
La ville de Granson ( * ) ou Grandson avec son château bal-lival est située fur le lac de Neuchatel ; elle est fameuse dansl’histoire par la bataille que Charles le Téméraire , dernier Ducde Bourgogne, perdit le 3 Mars 1476 contre les Suisses ;bataille qui coûta à ce Prince ambitieux tout son camp , seséquipages & son artillerie ; elle fut suivie de celle de Morat,qui fut beaucoup plus funeste encore a ce Prince imprudent.
Granson est à une petite lieue au-dessus d’Yverdun, furune hauteur, à la gauche du lac de Neuchatel 3 elle est petite,mais joliment bâtie.
On voit dans le port de Granson une pierre au milieu dePeau, sur laquelle, si on en croit la tradition, du temps dupaganisme les Gaulois faisdient des sacrifices d’hommes enPhonneur de Neptune ; les figures ( 3 ) en pierre dont on voitencore les restes dans ìe temple de Granson, prouvent qu’onrendoit là un culte à Isis : elles font au moins des monumensde quelques Divinités Egyptiennes adorées par les Hzlvé-tiens , comme on fait qu’Isis l’étoit par les Sueves leurs voisins.De Granson, le chemin par terre le long du lac. conduit àYverdon ; il se sépare à la Tuillerie, la branche de la droiteva à Montagni, & celle d’en-bas à Yverdon. Le lac faitauprès de cette ville un enfoncement qui commence au-dessus de Corsalette & finit au-dessous de Chezaux.
La ville éPYverdun (**) ou Yverdon , connue des Romainsfous le nom d 'Ebródunum Otl Caftrum Ebrodunense ou Ebredunense ,la seconde des quatre bonnes villes du pays de Vaud dans leCanton de Berne &: chef - lieu d’un bailliage considérable ,est agréablement située dans une plaine, à la tête du lac deNeuchatel, à l’embouchure de la rivière de la Thiele qui yforme un très-bon port : cette rivière s’y partage en deuxbras , faisant une isle dans laquelle la ville est placée ; elleest accompagnée de deux fauxbourgs qui communiquentpar des ponts avec la ville. Les Romains (4) y entretenoientun P r se cl us Barcariorum Ebreduni Sabaudia , ce qui ( 5 ) ne peut serapporter qu’à cette place, où subsiste encore aujourd’hui unetrès-ancienne &: très-nombreuse société âppcllée la Compagnie
des bateliers ; elle a ses règlemens pour la navigation, fa police& ses privilèges, avec un chef nommé P Albé cle certe Com-pagnie. II y a à Yverdon un grand & fort château flanquéde quatre tours & bâti à l’antique ; c’est la résidence du BaillisBernois. Les environs de cette ville font très-agréables 3 detous côtés ce font de belles promenades variées, on y remar-que fur-tout celle qui est près du port entre la ville & lelac ; elle est ombragée d’allées d’arbres qui attirent Inatten-tion des étrangers. On observe de cette promenade, appelléederrière le Lac , une chose singulière & peut-être unique dansce genre, c’est qu’en regardant contre le bas du lac , la vuese perd dans les nues & forme, au pied de la lettre, unevéritable vue marine. Cette place qui s’agrandk sensible-ment chaque année , donne lieu de soupçonner que très-anciennement le lac s’étendoit à trois lieues plus haut jusqu’àun endroit nommé Entreroches , & que le terrein intermé-diaire , environné des coteaux voisins & qui est tout enplaine, la plus grande partie marécageuse , pourroit bienavoir été formé par les terres & les limons que dissérenstorrens, qui y aboutissent, y ont déposés. Cette conjecturese fortifie d’un côté, parce que par un nivelage très-exaâpris en 1770, il paroît que depuis Entreroches jufqu’au lacfur une étendue de cinq mille six cent toises ou cinquante-six mille pieds, il n’y a que vingt-scpt pieds de pente dansle temps que les eaux font hautes, ce qui fait moins d’unpied fur deux mille ; & d’un autre côté l’on a observé qu’enfouillant le terrein, on y trouve les différentes couches delimon , de feuilles , &c. qui s’y font formées successivement.On a déterré en 1775 sous le fondement d’une vieille tourde la Maison de Ville, à la profondeur de neuf à dix pieds,dans un lit de terre marécageux , un morceau de racined’arbre à moitié pourri, autour duquel 011 voyoit très-dis-tinctement des restes de coquillages, tels qu’on les trouveau bord du lac.
Tant que cette vaste étendue de marais a été possédée encommun par les différentes communautés limitrophes, onn’en a retiré prefqu’aucun avantage ; les fréquentes inonda-tions , & l’eau qui y croupissoit, faute d’écoulemens, rendi-rent ce local mal-sain & presque inutile. Dès qu’on en eut faitle partage, il y a cinquante à soixante ans, les fossés que l’ona creuses en changèrent totalement la nature. Outre l’avan-tage inestimable de la salubrité de l’air, on en a fait d’abon-dans pâturages &c des prairies dont on a retiré un très-grandparti.
La grande route de France à Berne, Fribourg & autreslieux de la Suisse Allemande passe par Yverdon 3 cette villesert aussi d’entrepôt pour une partie des sels de Bourgognedestinés pour la Suisse, d’où ils font conduits à leur desti-nation par les barques du port.
Une société dans laquelle entrèrent des personnes du plushaut rang, forma au milieu du siècle passé , l’entreprise d’éta-blir un canal qui devoir joindre le lac d’Yverdon &: celui deGenève en partant d’Yverdon, & tendant à Morges, fur unelongueur de six à sept lieues. Cet ouvrage qu’on envisageoit
( 3 ) Bochat, Mém. C rit. sur l’Histoire anc. cle la Suisse. T. III. pag. 332. Yverdun chei les HelvETII , qu à Embrun , nonobstant que M. de V%lois soit
(4 Tscharner, Dia. Géog.Hist. & Polit, cle la Suisse. T-II. p. 203-210. d'un avis contraire.
( 3 ) M. d’Anville, dont le suffrage est d'un si grand poids, s’exprime ainsi (*)Planche 23.
dans fa Notice de la Gaule , pag. 263-266. La flotte Romaine , que la Notice de (^)PlANCÏiE 16,
l’Empire place à EbURUDUNUM S AI? AUDI.n , me suroît plus convenable à