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Tome premier.
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PITTORESQUES, SCc. DE LA S U I S S E.

(3) îe nomme en latin Umbla minor , il dit que les Roereli dulac de Zoug l’emportent par leur bonté fur tous les pois-sons de la même espèce qu’on prend dans le lac de Lu-cerne.

On prend ( 4) aussi dans le lac de Zoug, du côté de la ville,£c auprès du château de Buonas , en Juin Sc en Juillet, dans letemps du frai, des carpes communément de neuf à vingt livres,il y en a même qui pèsent depuis cinquante jusqu’à quatre-vingt-dix livres ; elles font fort estimées, on les darde la plu-part avec le harpon.. Si les pêcheurs de ce lac connoissoientles instrumens que M. du Hamel du Monceau , de l’Académiedes Sciences, a décrit dans son excellent Traité ( 3 ) général desPêches maritimes 3 des Rivières & des Etangs j ils s’en serviroientavec plus de succès que de la méthode incertaine dont ilsusent. On a pêché dans le lac de Zoug des brochets quipesoientjusqu’à cinquante livres ; il passe pour le plus poissonneuxde la Suisse, Sc il fournit abondamment à la ville de ZougSc aux Cantons voisins. Ce lac, ainsi que celui de Zurich, estcouvert dans le mois de Mai d'une écume de fleurs jaunâ-tres , pareilles aux fleurs du soufre ; les gens du pays disentalors que le lac fleurit , (derfée hluhet ); quelques-uns veulentque ces flocons ou fleurs prennent leur origine dans la profon-deur du lac, Sc qu’ils soient une excrétion de la terre quise purifie dans le mois de Mai, ainsi qu’au Printemps lesMédecins purifient la masse du sang par distérens remèdes.D’autres Observateurs pensent que ces fleurs font le germede diverses plantes aquatiques ; d’autres enfin croyent que lapoussière jaunâtre des pins Sc des sapins, voisins du lac ,lorsqu’ils font en fleurs, est dispersée par le vent sur la super-ficie du lac. Erhard Eflcher a adopté cette dernière opinion,dans fa description ( 6 ) dtrlac de Zurich.

Je vais commencer ma promenade fur le lac de Zoug,depuis I4 ville de ce nom , qui est dans un enfoncement furle bord oriental, & je la continuerai jusqu’au village de Camou Kakm, situé sur la rive septentrionale. Je remonterai ensuitele lac jusqu’à An qui est à sa tête, Sc je finirai ma navigationen côtoyant la partie orientale depuis Art juíquss Zoug. Cetteville joliment bâtie , est d’une grandeur médiocre ; fa situa-tion, au pied d’une montagne fertile en pâturages, en vigno-bles Sc en arbres fruitiers, offre un aspect très-agréable. Elleest proprement formée par un assemblage de collines, grou-pées l’une fur l’autre , Sc toutes également cultivées ; on l’ap-pelle communément la Montagne de Zoug. Grand nombre demaisons Sc de fermes s’observent à droite Sc à gauche sur cettemontagne dans une longue prolongation.

Un ruisseau considérable descend de cette montagne au-dessous de la chapelle de Sainte - Vtraie , bâtie au pied duCamiflal , qui forme la partie la plus élevée de la montagnede Zoug j fur la hauteur du Camiflal , à l’endroit qu’on appelleSteren, on peut promener fa vue dans les Cantons de Schweitz,de Lucerne, de Zoug &: de Zurich , Sc dans l ’Argeu libre , Scl’on découvre les Cantons d’Underwalden Sc de Berne, mêmecelui de Soleure, du côté d’Olten : 1 c ruisseau de la chapellede Sainte-Ferene descend dans la ville de Zoug , il la traverseSc se jette dans le lac au-dessous dc la place où l’on tientannuellement , le premier dimanche de Mai , l’assemblée

( ; ) Description du lac de8 quatre Cantons Forestiers, p. 41-42.

( 4 ) Jean-Jacques Scheuchzer, Histoire Naturelle de la Suisse , T. II. pag.xiO' rir- Zurich 1746, in-4.. en Allemand, avec figures.

( $■ ) Ce précieux ouvrage, avec fa fuite , in folio , le vend à Paris chez la

générale du Canton ; cette placé est dans l’enceinte de laville : mes bateliers m’ont assuré que le ruisseau dont je viensde parler, enfle quelquefois si fortement dans des inondationssubites de l’été ou après de longues pluies, qu’il expose, parti-culièrement dans le temps de la nuit j à un grand danger lesmes voisines de son cours. Ils m’ont aussi fait entendre qu’ondétourneroit facilement le danger, en dirigeant le ruisseaudehors 1a ville, le long des murs qui descendent depuis laTour à poudre jusqu’à l’angle dit le Le fl. Mais, comme dans cemonde tout dépend presque toujours des causes secondes ,un moulin que le ruisseau fait tourner dans la ville, a empê-ché jusqu’à présent l’exécution d’un plan aussi sage ; l’égoïsmcou l’intérêt particulier ne prédominent que trop par-tout.

J’apperçois de ma barque les districts suivsns j immédia-tement à un demi-quart de lieue au-dessus dc la ville, régissede Saint-Michel qui en est la paroisse, le couvent des Capu-cines ou Clarisses du tiers-ordre, & l’habitation dite Bool ouBoll : mes bateliers me disent qu’il y a auprès de cet endroit unpetit étang, &c le ruisseau qui descend du couvent des Clarifies;qu’au-dessous du Bool on trouve un moulin fur le même ruis-seau , Sc encore plus loin un autre moulin ; ils me montrent lamaison de campagne, dite Ober-Lehe , avec ses vignes, placéefur la droite du Bool , Sc ayant au-dessous la ferme dite Ur.-der-Lehe j iis me font encore remarquer une grande maison decampagne, au-dessus du couvent des Capucins, qui sc nommeLeberen Sc sur la droite de laquelle s’élève un beau vignoble.Cette campagne touche celle dc M. de Landwing , Chevalier dcl’Ordre Royal Sc Militaire de Saint-Louis, Capitaine-Généraldu haut Argeu-libre , Sc ci-devant Lieutenant-Colonel auservice de France. Cet Officier, d’une rare distinction par seslumières Sc ses talens , a dressé géométriquement ( en 1770& 1771 ) la Carte Topographique ( 7 ) de la ville Sc de labanlieue de Zoug , avec ses bailliages, fur une échelle dequatre cent toises, mesure de France. Cette Cafte, qui est unmodèle d’exactitude, est parfaitement bien lavée. M. de Land-wing en a fait don au Magistrat de la Ville, elle est déposéedans la Chancellerie. M. le Baron de Zur-Laubcn a eu lapermission de la décrire. La campagne de M. de Landwingoffre une belle maison à la moderne , entre la ville & lefauxbourg , immédiatement en sortant de la porte dite deBar j la maison touche le fossé de la ville, le propriétaire quia su apprécier la beauté du local, a fait élever dans son bien ,fur la hauteur, un petit pavillon charmant qui règne à ladroite de fa maison ; on a de ce belveder la vue la plus éten-due Se la plus délicieuse.

Après avoir passé la ville Sc son fauxbourg , je découvrela belle maison du Tirage, Se tout auprès un moulin à sciefur la petite rivière Aa , qui a fa source dans la Commune deZoug Sc qui coule près de la chapelle de Saint-Nicolas, sousun pont de pierre , à côté de la maison du Tirage. Cetterivière fait tourner un moulin au-dessus de cette chapelle ;on nomme ce moulin Ohm-mulU , autrement Aa-mulli , c’est-à-dire , le Moulin de VAa. Entre le fauxbourg Sc la maison duTirage, est le ruisseau Erlibach , qui entre dans le lac; il des-cend de la blanchisserie du Haut-Lauried. Quand on est sur lelac, un peu au-delà de la maison de l’Arquebuse, on jouit

veuve Desaint.

(< 5 ) Pag. if 3.

(7 ) M. de Landtwing a aussi levé le contour du lac d ’Egeri, dans le Cantonde Zoug, rien ne manque à la netteté Sc à l’exaétitude de cette Carte.