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Tome premier, seconde partie.
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PITTORESQUES ,

&c. DE LA SUISSE.XXIII.

Pétrifications .

t) n entend sous le nom de pétrification , le changementssu’éprouve un corps lorsqu’il acquiert une dureté égale àcelle de la pierre. La Nature ( i ) a été íl libérale envers lesmontagnes de la Suisse, que non contente de les pourvoirde ce qui est nécessaire à l’entreticn de la vie Sc à la conser-vation de la santé, elle y a répandu, je ne saì combien demerveilles, qui, quoique de pur agrément, méritent par leursingularité d’exercer l’attefition des observateurs ; témoincette multitude innombrable de beaux crystaux qu’on y trouvetaillés à facettes pentagones , hexagones , Scc. avec une jus-tesse, une proportion Sc un poli si admirable, qu’on est tentéde croire que c’est un ouvrage de l’Art Sc non de la Nature :tant de pierres d’une substance singulière, & qui présententdes formes variées à l’infini ; tant d’autres où l’on volt lesfigures de poissons Sc autres animaux pétrifiés, SC que l’oncroit être des restes du déluge , ces pierres se trouvant dansles plus hautes montagnes, où il n’y a pas d’apparence qu’ily ait jamais eu de lac ni de rivière. II n’y a presque point deBibliothèque un peu considérable dans la Suisse, qui n’ait descollections de ces crystaux Sc de ces pétrifications. Mais le cabi-net de M. le Chanoine Gefiher Sc celui de feu M. le Tribun La-voter, à Zurich ; ceux de MM. E 1 ìcBertrand Sc Daniel Sprunglin ,de M. Grimer, l’Auteur de la Description des Glacières de laSuisse, à Berne ; le cabinet de M. le Médecin Lang, a LuCernc,qu il a eu par succession de son père, le célèbre Charles-NicolasLong , dont on a une Histoire (z) des Pierres figurées 5 les richescollections de MM. d 'Annone, Bernoulli , Bruhner , Frey ( z ) ,Bawier Sc Muller , à Bâle , de feu M. le Baillis de Pallier deWetidelfiorffl 4) , a Soleure, de M. Ammann , Médecin a Schass-haufen, de M. Ho fer , à Mulhaufen, deMM. de Luc Sc Gaujfen,à Genève, &: celles de M. de Sandos , Maire du Locle , Sc deM. Carder , Pasteur a la. Chaux du milieu , dans le Comté deNeuchatel , font celles qui méritent la préférence. L'illus-tre Schtuch^er , Docteur en Médecine a Zurich, qui s’est attachéparticulièrement à cette espèce de recherche, entre plusieursautres connoissances où il a excellé , a laissé a fa mort un ca-binet rempli de ces curiosités disposé avec le plus grand ordre.

Le mont (5) Blattenberg , qui est a l’extrémité de la vallée

de Sernft, dans le Canton de Glatis, fournit de belles ardoisestrès-noires ; on y trouve fréquemment des veines de quartz ,des insectes , des empreintes de parties de poissons &: despoissons entiers pétrifiés, ( sur-tout des anguilles ) Sc sou-vent minéralisés. On trouve fur le Fïschmat, qui sépare lemême Canton de celui d’Uri une Héliáte que Scheudnprnomme Pierre de froment ou Lentille pétrifiée : cette pierre passemaintenant pour l’enveloppe des cornes d’Ammon ou d’au-tres coquilles semblables. On découvre fur le mont Guppen ,dans le même Canton de Claris , des pétrifications dontquelques-unes font très-rares ; des cornes d'Amman, des Osirar-cités, Sc parmi celles-ci, la.petite huître cannelée (6) ; despectinites contenues dans une gangue rouge ferrugineuse , Scdes pierres d’œufs de poisson. Cette montagne fournit aussiUne mine de fer qui paroît très-riche, une mine d’argent quise montre à la surface, Sc un marbre noir veiné de blanc.M. de Tfichudi (7), Ministre à Schwanden, a un cabinet où il arassemblé tous les minéraux Sc toutes les pétrifications duCanton de Claris. On (S) a observé que la plupart des pois-sons pétrifiés qu’on trouve fur les ardoises du Blattenberg,sont des poissons de la mer Méditerranée. Scheuch-^er a faitgraver un grand nombre de ces poissons ainsi pétrifiés , dansUn ouvrage sous ce titre , Pifcium (9) quereU & vindici&.

Les stalactites (10) du Canton d’Appenzell sont peut-êtreles plus belles Sc les plus nombreuses que l’on puisse voir : ontrouve dans ce pays beaucoup de fossiles, tels que de bellesardoises, des pierres a aiguiser, qui renferment souvent desplantes pétrifiées, des coquilles de toute espèce également pé-trifiées ( ì 1 ) j de très-beaux crystaux, des cailloux transparens,couleur de rubis Sc d’émeraude ; des silex, des fiélénites, desagathes, des marcassites, de l’albâtre , des marbres, blancs Scnoirs ; des marnes, des ochres Sc des terres crétacées, rempliesde moules Sc de cornes d’Ammon. II y a aussi dans ce Cantondes eaux minérales, salines, sulfureuses, alumineuscs Sc vitrio-liques. On lira des détails fur tous ce$ objets dans la chroniqued’Appenzell, par Gabriel W'alfier, Ministre de la paroisse Zum-Speicher, imprimée (iz) en 1740 dans la ville de Saint-Gall.

Le Canton de Sclwcitz est (13) riche en minéraux : on

( 1 ) Etat 8c Delices de la Suiste, T. I. pag. 8c íuiv. dernière éditionde Bâle.

(i ) Historia Lapidum Figuratorum HelvetU , ejufque Vìcinii.. Venetiis 1708 ,

4 - h • U faut aussi consulter le Traite des Pétrifications , par M. Bourguet ,Paris, 1741 , in-4. C’est un très-bon ouvrage.

( 5 ) M. brey Deslandes, Chevalier du Mérite Militaire 8c Capitaine enFrance, clans le Régiment Suisse de Boccard, avec rang de Colonel, a ac-quis le Cabinet de M. Staehelm, 8c l’a considérablement augmenté. C’est decet Officier que l’Auteur des Lettres écrites en 176;, à Hanovre fur laSuisse, a dit ( pag. 6 ) qu’il est aussi affable que bon soldat, & que son éruditionest vaste 8c choisie. On doit, entr’autres ouvrages. à M. Frey Deslandes , uneélégante traduction du Strate rusti que , en deux volumes in- 12, Lausanne1777 , quatrième édition . C’est la description de la conduite économique &morale d'un paysan philosophe, Jacques Gouyer, connu fous le nom de Klyoggc’est-à-dire petit. Jacques, natif de Wermeifihweil, dans la paroisse d ’U fier ,Canton de Zurich. Cette description avoit été faite en Allemand par M.tìiriel, premier Médecin de la République de Zurich. M. Frey Deslandes , adédié en 1762. sa traduction à Y Ami des Hommes, M. le Marquis de Mirabeau.Je parlerai encore ailleurs de cette production intéressante.

(4) Cette collection est affectée par substitution à la maison de W allier ,ou Vallier t l’une des plus distinguées de la République de Soleure.

( j ) Grimer, Description des Glacières de Suisse, p. 113-114,118 8c 119.

( 6 ) Ostreum plicatum minus. Scbeuchzer nomme cette pétrification, Cau-d& ánimalis cujufdam fojstlitfragmentum. — Spec. Lith. pag. 88.

(7) Voyages dans les Contrées les plus remarquables de la Suisse. T. II.pag. 99. Londres 1778, in-n, en Allemand avec figures.

( 8 ) Voyages, ibid. pag. nz.

( 9 ) Tiguri 1708, in. 4.

(10) Gruner, ibid. pag. 139-140.

(n) Ammonites, Cochíites, Chamites, PeBiniies , Tellinites , Mu/culites ,Ostracitès, Trochìtes , &c.

( n) /n-4. en Allemand avec fig. pag. 11 8c suiv.

( 13 ) Gruner ibid. pag. 141-141.

M. Guettard, ( dans les Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, àParis pour l’an 1751 ) a comparé le Canada avec la Suisse par rapport à sesminéraux. II semble pourtant que rìert n’est pins éloigné de pouvoir être misen comparaison que ces deux pays. Le grand Haller donna en 1769 à l’Aca-démie de Gûettingen, un Mémoire qui combat les opinions de M. Guet-tard.

Jean Ray, Anglois, est un exact Observateur pour l’Histoire Naturellede la Suisse , il porte aussi des jugemens solides fur les mœurs des pays qu’ila parcouru. Topographical Observations , 167Î, 173b 8c 1746'