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TABLEAUX TOPOG R APHIQUE S .,
les racines de l’Allemand-Suisse de nos jours ou du patoisque l’on parle dans le Canton de Fribourg, au pays de Vaud,dans la Savoye & dans le Comté de Neuchatel. Le langageAllemand-Suisse a subsisté lcng-temps, même en Allemagne,dans les actes publics. On p’a commencé que tard à épurerla langue Allemande, & il n’y a pas bien des années qu’elleétoit encore hérissée de mots étrangers ; mais elle en a été in-sensiblement purgée, grâces aux efforts des Savans de l’Alle-magne qui l’ont si bien défrichée & si bien cultivée, qu’au j our-d’hui elle peut figurer à côté des langues les plus recherchéesde l’Europe. Quelle différence entre le dixième siècle & lenôtre! A peine pouvoit-on alors se faire entendre d’un Royau-me dans un autre, quoique voisins. L’ignorance la plus crasseempêchoit toutes les relations que l’éducation, les lettres,les arts & les sciences ont si heureusement étendues depuisce temps-la dans presque toutes les parties del’Uysivers. Voiciune anecdote (p) qui ne donne pas une grande idée des pro-grès des langues dans le dixième siècle.
11 faut observer que beaucoup de mots du vieux langageGaulois font extraits du latin, & que le tour de la phrase &les inflexions font Tudesques ; ce qui donna lieu un jour aune méprise fort plaisante. Un (io) mendiant Gaulois qui
contrefaisoit l’estropié, s’étoit adresse au Monastère de St.-Gall du temps de l’Abbé Eurcard, Comte de Buochhorn , quile gouvernoit en 9 y9 ; un Moine très - charitable & qui avoitgrand pouvoir dans l’Abbaye, commanda qu’on lui donnât lebain &: ensuite un habit, ce qui fut exécuté. Le Gaulois entrantdans le bain, se mit â crier: Kaltj kalt ejl ( qu il est chaud ,chaud ) ! Mais comme kalt signifie froid en Tudesque, le FrèreAllemand préposé au bain, qui l’entendoit tout autrement,répondit : Eh bien , y en mettrai de plus chaude , & en versa enmême-temps un plein chaudron fur le pauvre Gaulois, quise mit à crier de plus belle, Eya mi kalt efi 3 kalt est. Commentencore froid ? répliqua le Frère étonné ; oh si Dieu me donnevie, je réchaufferai bien ; & prenant un grand pot d’eaubouillante, il la jetta dans la cuve. Alors le pauvre mendiant,tout hors de lui, & ne sc souvenant plus qu’il devoit jouerle personnage d’estropié, sc leva, sauta hors du bain & s’en-fuit. L’Historien contemporain qui rapporte cette anecdote,dit que cet Etranger parloir Gallicè rusticè , autrement Roma-rùce. La langue Romande ou Romaine est donc dans sonprincipe le Gaulois rustique , tel que les gens de la campagnele parloient alors en France.
XXVI.
Limites des deux Religions dominantes en Suisse.
Il y a deux sortes de Religions dominantes dans la Suisse ; une partie de cette nation a conservé la Religion CatholiqueRomaine , & l’autre a embrasse la Reforme Evangélique.
Catholiques.
Les Cantons ( 1 ) deLucerne, Uri, Schwcitz, Underwal-den, Zoug, Fribourg & Soleure, ( ce dernier à l’exceptiondu bailliage de Buchçkberg ou Buchenberg) , la plus petite partiedu Canton de Glatis, & la partie du Canton d’Appenzell ditedcrjnnere Rhoden, professent la Religion Catholique ; & parmiles Etats alliés qui y font attachés, on nomme l’Abbaye deSaint-Gall avec son ancien territoire, & la moindre partiedu Comté de Toggenbourg; la plus petite partie des troisLigues Grises avec leurs bailliages, laValteline, &les Comtésde Chiavenne & de Bormio ; tout le Vallais ; la Châtelleniede Landeron , dans le Comté de Neuchatel qui jouit del’Indigenat Helvétique; l’Evêché de Bâle, dont la Principau-té est entièrement Catholique , à la réserve du Val-Moutier-Grand-Val 3 de VErgucl 3 de la ville & mairie de la Bonne-villeou Neuve-ville, & du Teísenberg ; &c enfin le bourg de Gersau,qui avec sa banlieue, est aussi Catholique. Parmi les bailliagescommuns â plusieurs Cantons, quatre d’entr’cux Ultramon-
tains , Lugano, Locarno, Mendrisio &c Val-Maggia, qui appar-tiennent aux douze premiers Cantons, sont de la Religion Ca-tholique , ainsi que les bailliages de Bellinzone, Riviera &:Bollenz, qui obéissent aux trois Cantons d’Uri, Sclweitz & duBas-Underwalden. La ville de Rapperschvcil, avec son terri-toire, sous la protection des Cantons de Zurich, Berne &Glatis, est entièrement Catholique ; les bailliages de Gaster& Utznach, qui dépendent des Cantons de Schweitz & deClaris, le Relier-Amt & les deux bailliages du haut & bas Argeulibre, en Allemand Freyen-aemter , sont tous de laReligion Ca-tholique. A l’égard du Landgraviat de la Turgovie & du Comtédu Rheinthal, il n’y en a qu’une très-petite partie de cesdistricts où elle ait été reçue ; on la professe dans la majeurepartie du Comté de Bade, en Argeu, & de celui de Sargans.Dans le bailliage d’Echallens, qui est sous la souveraineté desCantons de Berne &: de Fribourg, il n’y a qu’une très-petitepartie des habitans qui ait conservé l’ancien culte.
( 9 ) Ekkehardi junioris de cafibus Monasterii S. Galli ìti Alamannia , liber,Cap. X. pag. 41, apud Goldastum inter script. Rer. Alamannicar. T. I. Parteprimâ. Edit. Francofurti 1661 , in-fol.
(10) Gallus genere.
( 1 ) Le petit village Wiefen , dans le bailliage de Farnsbourg , fous laSouveraineté du Canton de Bâle, eíl resté Catholique; ses habitans fontde la paroisse à’Ifenthal , qui est du Canton de Soleure- A lepoque du chan-gement de religion à Bâle ils avoient refusé constamment d’embrasser la
doctrine d’Œcolompade ; le Curé de Trimbach , près Olten dans le Cantonde Soleure, qui etoit alors leur Pasteur, les détourna par ses exhortationsde fe prêter atome nouveauté. Le village lfint/tal , entre Olten & Trim-bach, a ete séparé de la Cure de Trimbach ; on y érigea en 1674 une églisede Paroisse à laquelle on annexa le village de Wiefen, au Canton de Bâle,& celui de Hauenfteîn , au Canton de Soleure, tous deux dépendans jufqu'a-lors de la paroisse de Trimbach ; ils font voisins l’un de l’autre.