PITTORESQUES,
son semblable dans Funivers. C’est une institution si anciennequ’on en ignore l’origine. Les uns la datent de la fondationde la ville, les autres de la bataille de Morat. Elle est en partiemilitaire, 6 c en partie civile ; les jeunes gens qui non t pasencore l’âge requis pour entrer dans les Deux-Çcnt , ont uneinstitution entr’eux, protégée par le Souverain (2.6), &parlaquelle ils imitent en tout l’Etat souverain. Ils ont une mai-son de Conseil, bâtie en 1719 , dans laquelle la grande salleoù f assemblée se tient, est aussi magnifique que Fon puisseFimaginer. Ils ont deux Jvoyers alternativement régnans,dont les charges font extrêmement briguées, 6 c qui leur coû-tent souvent de grandes sommes par la dépense qu’ils fontobligés de faire pour cet objetr. Mais ils ont en retour Fa-vantage d’entrer fans autre recommandation dans les Deux-Cent de la République, lorsqu’ils ont l’âge requis. U 1 Etatextérieurs, de même ses Trésoriers, Bannerets & Secrets 5 letotal de son petit Çonsál est de vingt-sept Membres, y comprisles deux Avoyers 6 c les autres préposés ou surveillans que jeviens de nommer. Cet Etat a aussi son grand Conseil 6 c ses
5 deniers ; il a des Officiers, un grand - Sautier , des Huis-siers , des Coureurs 6 c des Fouriers ; il a fa livrée, dont lacouleur est verte, rouge 6 c jaune, telle qu’étoit celle duDuc de Zeringen, fondateur de Berne; ce Conseil a en outre(2.7) son trésor, 6 c une vaisselle fort riche.
L’Etat extérieur fait ses promotions, dans certains temps,
6 alors il nomme à ses emplois & bailliages vacans ; entr’au-tres jours, il y procède le lundi de Pâques : dans ces assembléesil reçoit de nouveaux Assesseurs. Le lundi de Pâques il faitfa procession par la ville avec toutes ses livrées, à l’instar del’Etat souverain. II part de sa maison de Conseil, & va jus-qu’a celle de F Abbaye ou de la Tribu dans laquelle est enclasséson Avoyer régnant, qui reçoit en y arrivant les complimensde félicitation. L’Etat extérieur a soixante-six prétendus bail-liages qui consistent en des vieux; châteaux ruinés du Canton,& dont le nombre, bien calculé, menteroit à cent vingt.Ces bailliages auxquels aspirent les Membres du grand Conseil ,font partagés en trois classes ; la troisième de ces classes se tireau sort, les deux autres font données â la pluralité des voix.Le premier de ces bailliages est celui de Habspourg : celui quil’obtient, représente l’ancien Comte de Habspourg , il a son porte-d’armes particulier ; il est aussi le Général aux exercices militai-res de l’Etat extérieur. On peut regarder cet institut comme lenoviciat de l’Etat souverain; on y dispute sur des affairesd’un foible intérêt- , avec autant de zèle 6 c d’attentionque s’il s’agissoit des objets les plus graves. Toutes les causesqu’on y débat font protocollées par un Chancelier. On nesauroit assez estimer Futilité de cette Académie politique. Les
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jeunes gens s’y forment 6 c Ce rendent capables d’entrer un jouravec d’autant plus de dignité dans le Conseil souverain. Lesceau de f Etat extérieur offre un singe assis â rebours fur uneécrevisse 6 c se regardant dans un miroir ; on y lit cette légen-de: S. Status exterioris Réipublica. Bernensis. II aaussi pour emblème un vaisseau cinglant â pleines voiles versun port qu’on voit dans le lointain, avec cette inscription :Inspem dexterœ gubernationis K De temps à autre, la brillante jeu-nesse qui compose le petit 6 c le grand Conseil de cette Républi-que naissante, fait des exercices militaires, 6 c Fon appelle cesexercices Regiments-Umqug. Dans ces occasions F Etat extérieurinvite par ses couriers les jeunes gens de distinction des autresCantons ; ils s’y rendent communément en foule de toutesparts ; ces exercices se font avec une grande (28) magnificence.Comme l’admission de l’Etat extérieur est avec le temps untitre de recommandation pour entrer dans le grand Conseil del’Etat intérieur ou de la République, on peut juger avec quelempressement tous les jeunes bourgeois des familles habilesau gouvernement, postulent Fhonneur d’être reçus dans ceCollège, unique dans son espèce, 6 c dont l’établissement (29)a deux objets principaux, dont le premier est d’apprendre laforme 6 c la constitution de FEtat, 6 c de s’exercer dès la jeunesseà Fart de parler, & à celui de manier les affaires. Le secondobjet regarde le militaire, dont Fexercice se faisoit autrefoisdans des temps réglés; 6 c quoiqu’il soit aboli aujourd’hui, àcause des dépenses excessives qu’il occasionnoi t, le même Etatextérieur continue chaque année d’en demander la permissionà leurs Excellences de Berne par une députation. L’immortelMontesquieu , qu’on pourroit appeller l’Qracle des loix, a faitun éloge judicieux 6 c délicat du gouvernement de Berne.Voici ses paroles ( 30 ). U y a à présent dans le monde une Répu-blique que presque personne ne connoît , 6* qui, dans le secret, dans lefilence, augmente ses forces chaque jour. II efi certain que f elle parvientjamais à T état de grandeur ou fa sagesse la desine , elle changeranécessairement ses loix, & ce ne fera point T ouvrage d?un Législateur ,mais celui de la corruption mème.
Les loix de Berne mériteroient un long détail. Le premiercode qui en a été imprimé, a été compilé par Jean S tek (31),&: le plus nouveau, a été composé par M. Lerber^z) , alorsProfesseur en droit à Berne. C’est dommage (33) que XIndexsoit incomplet ; aussi en a-t-onun autre imprimé séparément,exécuté par M. Grnner (34), 6 c qui vaut beaucoup mieux.
Le pays de Vaud est gouverné par des loix particulières. Laprincipale collection de ces loix a été publiée (35) en 1616.Cette édition a la traduction Allemande à côté de l’originahII y a plusieurs commentaires fur ces loix; celui d’Olivier (36)est le plus ancien, 6 c par-là même estimable, quoiqu’obscurci
(26) La République confirma en 1687 VEtat extérieur.
(27) L’état extérieur a la recette annuelle d’une rente foncière placéesur plusieurs terreins limitrophes de Morat. Autrefois il alloit la recevoir engrande pompe; on voyoit à la tête de cette cérémonie le Gouverneur deMorat , accompagné des Officiers de l’Etat-extérieur, dont trois avoient l’ha-billement des anciens Suijfes , les autres portoient la livrée de l’Etat-exté-rieur ; l'un deux avoit celle du Singe, un autre celle de Y Ours, &c. maisdepuis long-temps cette cérémonie a été suspendue à cause des frais consi-dérables qui y font attachés. Au reste, la rente foncière qui en est l’objetne passe pas vingt-huit bajehes de Berne.
( 28 ) On peut voir la description de l’exercice de 1727, dans les Délicesde la ville de Berne, ouvrage écrit en Allemand, imprimé en 1732 , in -12 ;cet exercice se’fit avec l'éclat le plus imposant.
( 29) En 1764, FEtat-extérieur a fait frapper une médaille qui présenteun singe assis fur une écrevisse , 6c dirigeant fa marche au Temple de la
Tome I.
Gloire, avec cette devise Paulatim; on voit au revers fur une éléva-tion un jeune Orateur couronné par Mercure, au moment qu’il harangueplusieurs Auditeurs : on lit cette inscription : Ludendo Fit aptior.
( 30) Considérations fur les causes de la grandeur des Romains & de leurdécadence, pag. 108-109. Lausanne 1749, in- 12. sig. Marc-Michel Bous.quet, Imprimeur à Lausanne, dédia cette nouvelle édition à Mejsìeurs lesAvoyer, petit & grand Conseil de T Etat extérieur de la ville de Berne.
(31) Der Stat Bern Erneuerte Grichts-Bar^ung 1615 , in-fol.
(52) 1762 , in-fol. 8e 1768 , 172-8.
( 33 ) M. de Halier, Conseils pour former une Bibliothèque historique dela Suisse, pag. 93.
( 34 ) Marterial Regifter uler der Stadt Bern erneuerte Gerickts-Sat^ung1764,772-8.
( 35 ) Les Loix 6c Statuts du pays de Vaud, 1616, in-fol. 8c 1730,7/2-8.
(3 <5 ) Cours ou explication du Coutumier du pays de Vaud, 1736, 7,2-4.
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