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Tome premier, seconde partie.
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PITTORESQUES,

l’acquìsition de Lucerne. Dans le premier moment cette villerefusa de se soumettre a Pacte d’aliénation ; elle soutenoitque l’Abbé & son Monastère n’avoient pas eu le pouvoir dele faire, ayant les mains liées par leurs déclarations précé-dentes & par les diplômes des Emperetirs qui avoient con-firmé la donation ( 6 ) que le Roi Pépin, père de Charlema-gne, avoir autrefois faite du Monastère (7) de Lucerne àí’Abbaye de Murbach. Rodolphe, apprenant l’éloignementque Lucerne marquoit pour la domination de fa Maison,envoya en cette ville le Duc Albert son fils ; ce prince fut sibien manier les esprits des habitans qu’à forcé de promessesde les laisser jouir de leurs anciennes franchises, & de les pro-téger encore plus efficacement contre toute attaque, ils luijurèrent fidélité , 'a lui, a ses enfans & à son neveu le DucJean, fils de son frère Rodolphe Duc d’Autriche, qui étoitmort en 12.90. L'Abbé de Murbach avoit réservé, dans la ventepour lui & ses successeurs, le droit de continuer à nommerle Prévôt, les Chanoines & les autres Prêtres du Chapitre deLucerne. Pendant que la ville dépendoit de l’Abbaye deMurbach, il s’y étoit établi plusieurs familles de considération& même des nobles ; le vasselage inaliénable ne laissoit aucundoute aux bourgeois fur la perpétuité d’un acte tant de foisconfirmé ; & ils se promettoient une constante jouissance desfranchises attachées à la qualité de sujets de T Abbaye. Mais lespromesses que le Duc d’Autriche fit aux Lucernois s’évanoui-rent à la mort de son père, qui arriva la même année (le 30Septembre 1291 ) 5 Albert n’y eut aucun égard. Ils restèrentquarante ans soumis a la Maison d’Autriche, & durant cetems elle les obligea de prendre part à toutes ses guerres contreles trois pays d’Uri, de Schweitz &; d’Underwalden 3 guerresqui ruinèrent en grande partie la ville, fans qu’elle reçûtjamais aucune compensation. La Maison d’Autriche, enachetant Lucerne, avoir promis de laisser à la disposition del’Abbé de Murbach & de ses successeurs la nomination à laPrévôté & au Chapitre de Lucerne, mais après la mort deRodolphe, le Duc Albert s’empara pour lui &: ses enfans, detoutes les seigneuries & fermes dépendantes du Chapitre.

Le port d’armes des citoyens dans les villes, au sein de lapaix, est un usage barbare qui nous vient du nord: les Grecs& les Romains n’étoient armés que lorsqu’ils alloient com-battre leurs ennemis. Dans raccommodement (8) qui futfait le 4 Mai 1252, entre Arnold, ses fils Louis, Marquard& Arnold de Rotenbourg , & la ville de Lucerne avec laquelleils avoient eu quelques dissérens comme Avoués du Monastèrede Saint-Leger , dépendant de l’Abbaye de Murbach, l’acte quifut dressé, porte que Walter qualifié Minïster , c’està-dire

(6) L’Empereur Lothaire I. arrière petit-fils de Pépin, confirma à Stras-bourg cette donation en 840, du temps de Sigimar, Abbé de Murbach : ontrouve le Diplôme de ce Prince dans Guillimann , de reb. Helvet. Lib. III.Cap. IV. pag. 337-338. Friburgi Aventicor. 1598 , in- 4. & dans la collectiondes Historiens de France, par Dom Bouquet, T. VIII. pag. 366; maisSckoepfiin ( Alfatia Diplomatie Parte prima, pag. 79 , Mannkemii 1772 > in-fol.fig, ) î’a donné plus exactement d’après le titre autentique, conservé dans lesarchives du Chapitre de Murbach ; ce titre nous apprend que la donationque Pépin avoir faite du Monastère de Lucerne aux Moines de Murbach,'avoir été confirmée par Louis le Débonnaire, père de Lothaire. Le Diplômefinit ainíi : Data VIII Kalend. Auguste anno Chrifio propitio Imperiì domniDlotkarii pii lmperatorìs XXI, indicì. III. aSum Straçbur civitate in Delnominc féliciter amen.

( 7 ) Le Diplôme de Lothaire le nomme Monasterium Luciarie , il y est faitmention de plusieurs serfs dépendans de ce Monastère, & qui demeuroientau village Emmen , fur la Russe en Argeu , in loco nuncupato villa Emau ouEmman , super fluvium Rinsa OU Rusa, in pago Ategaua. Ce village voisin deLucerne, est situé dans le bailliage de Rotenbourg, au même Canton de

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Ammann, le Conseil &: la Commune, firent cet accommode-ment avec les Avoués. On trouve dans cet acte la peine duTalion contre quiconque se sera rendu coupable d’homicide.Le port d’armes offensives étoit défendu dans l’enceinte dela ville, fous la peine de cinq livres, ou fous celle de l’exilpendant deux ans. Ce règlement est rempli de constitutionspénales, pour assurer la tranquillité publique ; il attache enoutre par le tableau curieux qu’il présente des mœurs & ducostume du temps : c’est proprement une transaction législa-tive entre le Monastère & la ville de Lucerne. Tout en est inté-ressant , jusqu’aux (9) sceaux dont cet acte est revêtu; il y ena deux : le premier d’une forme oblongue offre au milieu unpal chargé de trois fleurs de lys gothiques couchées : on litautour du sceau, Sigillvm Civivm Lvcernensivm ; l’autresceau est ovale , &: renferme au milieu un écu oblong, avecces mots : S. Marqvardi advocati de Rotembvrg. Lesfleurs de lys qu’on volt dans le sceau dont la ville de Lucernese servoit, indiquent vraisemblablement l’origine du Mo-• nastère de Lucerne, qui avoir été fondé vers la fin du septièmesiècle, sous Clovis III, Roi de France.

Le sceau de la ville de Lucerne a souvent changé ; celuiqui est attaché à l’acte de prestation de serment du Conseil& des bourgeois en 1292 à leur Seigneur Albert Duc d’Au-triche , & à Jean ( 10 ) son neveu, est différent de celui dontnous avons déja parlé, & de celui dont on se sert aujourd’hui.L’ancien sceau est ovale , de cire jaune, attaché à l’acte parun cordon de soie verte ; on y volt l’Evêque d’Autun, Saint-Leger , patron du Monastère de Lucerne & de l’Abbaye deMurbach, portant dans fa main fa tête couverte d’une mitre,&l’appuyant k la porte du clocher. Ce martyr est suivi de troissatellites, tenant chacun une épée nue a la main ; au-dessusde Saint-Leger, deux Anges paroissent dans un nuage radieux,ils reçoivent l’ame du saint Prélat. On vois sar la droite dela nue, une étoile, & plus loin un croissant: on lit k l’entourdu sceau cette légende. S. Fniversitatjs Civivm Lvcer-

NENSIVM.

Le sort ( 11 ) de Lucerne, dans le moyen âge, a été sem-blable a celui de la plupart des villes de l’Europe. Son Conseilmunicipal n’exerçoit qu’une police de commune très-circons-crite ; les Corps des métiers eurent des privilèges & le Corpsgénéral de la bourgeoisie obtint successivement des immu-nités ; mais toute espèce de jurisdiction & la haute polices’exerçoient dans la ville au nom de l’Abbé de Murbach, pardes Officiers ou Juges de son choix, & les nobles dès environsétoient la plupart ses vassaux.

Par une réciprocité d’obligation ainsi que je l’ai observé ,

Lucerne.

(8) Preuves N°. III.

(9) Ces anciens sceaux ont été gravés, pag. 9-10 dans le Recueil desrestes les plus remarquables d’antiquités en Suisse, par Jean Muller, Ingé-nieur de Zurich, huitième partie, à Zurich 1777 , in-4. fig. avec le texte enAllemand.

(10) Fils de Rodolf, Duc d’Autriche, le même qui tua depuis son oncleI’Empereur Albert, on peut voir parmi les Preuves N°. IV , un acte curieuxde Bertold, Abbé de Murbach, daté de Hugftein, le 30 Juin 1291, enexplication de ses réserves dans le contrat de vente de la ville de Lucerne ;je place aussi parmi les Preuves N°. V & VI , deux actes précieux , l’un du18 Avril 1178, & l’autre du mois de Septembre 1234, concernant la colla-tion de la Cure de Lucerne, du temps des Abbés de Murbach, seigneurs decette ville.

( n ) Leu, Dict. Hist. de la Suisse, T. XII. pag. 275 & suiv. & 298.

Faesi, Desc. Topog. de la Suisse, L. IL pag. 37 - 4 1 *

Tscharner, Dict. Géog. Hist. & Eà de la Suisse: T. II. pag. 48 &suiv.

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