P ITT O R E S Q U E S,
habitans le droit d’élire un Landamme , privilège que l’AbbéRumold leur avoit enlevé. En 1343 (2.5) ils obtinrent de l’AbbéHermann, Baron de Ronstcttcn plusieurs marques de bienveil-lance ; cet Abbé rétablit fur l’ancien pied la taxe de f Em-pire , qui avoit été augmentée , Sc déclara qu’elle ne feroitjamais rehaussée ; il promit aussi de leur conserver tous les-, privilèges qu’ils tenoient de l’Empire , & qu’à la mort despères de famille leurs cuirasses ou armures de guerre que lesAbbés retiroient resteroient aux héritiers. II leur (26) permitmême en 1360 de faire un traité de combourgeoisie avec lesCantons de Schwcitz Sc de Claris. L’Abbé George, Baron dewìldenstein, ne fe contenta pas de ( 2,7 ) confirmer en 1375leurs privilèges, il permit ( 2.8 ) encore en 1378 aux quatrepetits pays de l’Empire, de contracter alliance avec les villesImpériales de la Souabe : Se en 1379 , l’Abbé Cuno ou Conrad,Baron de Stoufen ou Stofflen, obtint (29) de l’Empereur Wcn-cestas, que les sujets de son Abbaye, Sc par conséquent lesAppemgellois, ne fussent pas obligés de porter leurs contestationsciviles devant les Tribunaux de l’Empire, mais qu’ils fussentjugés dans le district de leur domicile. Après avoir rendujustice aux Abbés de Saint-Gall, qui protégèrent leurs sujets,la vérité de l’histoire exige que je retrace ici les noms de ceuxd’entre eux qui les accablèrent fous le poids du despotisme leplus dur.Ce fut du sein de l'oppression que naquit la Liberté ; lesAppenzellois secouèrent enfin le joug de leurs maîtres. Déjaèn 1227 (30) l’Abbé Conrad, Baron de Bujfnang, les força derenoncer a leur projet d’alliance avec la ville voisine de Saint-Gall. Les Alliés avoient cherché a augmenter leurs revenus :l’intérêt commun lioit les Appenzellois avec les Citoyens deSaint-Gall, qui veilloient avec un oeil inquiet fur toutes lesentreprises de ce Gouvernement monachal. En 1253 (31)E Abbé Bertold, Baron de Falckenjîein , incorpora à son Egliseabbatiale les revenus de la paroisse d’Appenzell, Sc àccabla en12.68 de tant d’impôts ce pays , que les habitans dansèrentpubliquement le jour de son.enterrement : cet Abbé tyran-nique mourut le jour de la Pentecôte 1271. J’ai déja parléde la violence que l’Abbé R-umold exerça en 1278 contre leLandamme des Appenzellois , qu’il ne relâcha de la prisonqu’après une forte rançon. L’Abbé (32) Henri , Baron deRamjlein , augmenta en 1308 les taxes de l’Empire ., com-mença à établir la capitation, Sc chargea les Appenzelloisd’impositions extraordinaires ; son successeur Hiltbold, Baronde Werdenjlein, engagea en 1324, à divers Nobles,les villagesde Trogen, Teufen, Appenzell, Hundweil, Herifau, Gossau& Wittebach. Les chroniques font remplies d’expressionslamentables fur tous les actes d’opprefíìon que les Baillifsexercèrent dans le pays d’Appenzell pendant la plus grandepartie du temps qu’il dépendit des Abbés de Saint-Gall 3 lerécit en fait horreur. Les vexations en tout genre montèrenta leur comble fous la régence de l’Abbé Conrad ou Cuno ,Baron de Stofflen, qui fut élu en 1379. Ayant (33) racheté eni;8i les Jurifdictions du pays engagées en 1324 par l’AbbéRiltbold, non-feulement il refusa de confirmer les privilègesdes habitans, mais il porta toute son attention à appesantir
(25) Le même, ibid. pag. 182-183.
(r6) Le même , ibid. pag. 183.
( 27 ) Le même, ibid. pag. 186.
(28) Le même, ibid. pag. 186-187 & parmi les preuves pag. 2-5.
( 29) Le même, ibid. pag. 193-194*
(30) Walser, ibid. pag. 153.
( 3 *)Le même, ibid. pages 161-162.Tíchudi, chr. Helvet. Tom. I.
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leur joug. Dans le temps où l’exemple des premiers CantonsSuisses avoit déja réveillé chez leurs voisins le goût de l’invdépendance , des Receveurs de l’Abbaye irritoient l'impa--tience du peuple d’Appenzell, par la rigueur des exactionsSc des moyens de contrainte qui fembloient insulter à deshommes déja fort las de leur servitude. On raconte deuxtraits singuliers du despotisme de ces Officiers subalternes. IIy avoit (34) vin château dans le district de Schwendi, derrièreAppenzell ; le Châtelain de l’Abbé Cuno , avoit fait éleverprès du château une table du tarif des péages que les Monta-gnards dévoient payer pour l’importation de leurs denréesdans le pays. L’avide Châtelain avoit imaginé un plan decontrainte bien singulier, pour former les paysans à acquitterle peage : deux énormes dogues étoient dressés pour se jettersur tous ceux qui auroient passé devant le tableau du tariffans avoir payé. On peut croire que comme les habitans, ;réduits au désespoir par les mauvais traitemens en tout genre ,faisoient difficulté de payer le péage Sc les autres impositions,auífi-bien que le retrait en cas de mort ( Todtenfall ), toutle pays étoit alors étrangement agité. Les deux scènes queje vais rapporter, arrivèrent précisément au milieu de cettecrise, je veux dire en l’année 1400. Voici le premier de cestraits : un paysan portant un pot au lait sur une hotte, passedevant le château de Schwendi, sans acquitter le péage pres-crit ; auífi-tôt l’Inspecteur vigilant lance sur lui les deuxdogues : qu’arriva-t-il ? ce paysan rusé avoit eu la précautionde se munir d’un chat ; il le lâche au même instant ; les doguesoubliant aussi - tôt la fonction pour laquelle ils avoient étédressés, dirigent leur fureur contre leur ennemi naturel, Scle paysan profitant de leur acharnement, échappe par cetheureux artifice au danger qui le menaçoit. Mais le Châtelainfurieux d’avoir été trompé, déchargea fa colère fur les habi-tans du pays , & les accabla de nouveaux impôts.
L’autre (35) trait est d’une cupidité monstrueuse. Sa singu-larité peut servir de pendant aux excès que le tyranniqueBaillis Gesfier commit contre le brave Crânien GuillaumeTell. Un homme meurt à Appenzell, n’ayant en fa possessionqu’un assez bon habit ; ses proches le lui laissent dans labière : il étoit d’usage alors, comme encore aujourd’hui,dans une grande partie de la Suisse d’en terrer les morts touthabillés 3 c’étoit un reste du paganisme. L’habit du mort,comme son meilleur effet, devoit être livré au Châtelain deClanx. Cet Officier ne manqua pas de répéter le droit demain morte; on lui répondit que le défunt n’avoit rien laisséque son habit, avec lequel on l’avoit enterré. Le Châtelain,homme d’un caractère violent, marqua à ce rapport le plusfurieux emportement, & fans attendre la décision préalablede son Souverain l’Abbé de Saint-Gall, il donna ordre aussi-tôt de faire déterrer le mort, de lui ôter son habit Sc dele lui remettre pour acquit du droit réclamé : un pareil excèsde tyrannie révolta tout le pays. Les grands évènemens fontsouvent amenés par de petites causes 3 un chapeau, le symbolede l’affranchissemeut chez les Romains, Sc le signe de l’escla-vage sous le gouvernement de Gessler, a été l’origine de la
pag. 174.
(32 ) Tíchudi, ibid. pag. 302. Walser, ibid. pag. 175-17/*
(33) Walser, ibid. pag. 188-198. Tschudii chr. Helvet. Adan. 1384, pag.501.
( 34) Walser, ibid. pag. 199.
( 35 ) Tíchudi , ibid. T. I. pag. 602-603.
Walser, ibid. pag. 199-200.