PITTORESQUES,
Je lc dis Sc je le répète d’après les principaux Historiens (i6)de la Suisse, que la Maison d’Autriche acharnée contre lesmeurtriers de 1 Empereur Albert I, confondit dans la pour-suite de sa vengeance les innocens avec les coupables. Lesassassins d’Albert étoient de l’élite de la Noblesse Helvétique.Dans un siècle moins barbare on auroit regardé leur crimecomme personnel ; mais la veuve d’Albert Elisabeth Sc sesenfans, furieux de l’évènement qui renversait en même-temsles vastes projets de leur Maison , Sc autorisés en quelqueforte par l’Edit (17) de l’Empereur Henri VII contre les assas-sins de sson prédécesseur, poursuivirent également par le fer& la flamme , & ceux qui avoient trempé dans le crime delèse-majesté, Sc tous ceux qui portant la qualité de Noblespouvoient avoir eu quelqu’affinité ou quelqu’ancienne liai-son avec les Maisons des Conjurés.
D’un autre côté, les Nobles de l’Helvétie que la Maisond’Autriche épargna, appauvris par les Croisades & par lesdonations de leurs ancêtres aux Eglises Sc aux Moines, épuiséspar leurs guerres mutuelles, sur-tout par celles qui avoientdésolé l’Empire pendant le fameux interrègne qui précédasélection de Rodolphe I, prévirent leur ruine certaine dansl’accroissement des villes Impériales Sc encore plus dans réta-blissement de la République des Suisses.
On fait remonter l’origine des villes Impériales jusqu’auonzième siècle; il paroît (18) vraisemblable que le règnede Henri I dit Y Oiseleur fut leur berceau. Du temps de ce Roide Germanie , père du grand Otton, la Saxe Sc la plus grandepartie de l'Allemagne manquoient de villes fortifiées. Ni laNoblesse, ni le peuple n’aimoient à s’enfermcr. De-là cettefacilité que les Huns trouvoient à pousser leurs ravages jus-«lu’au Rhin. Henri fit construire des villes Lc environner demurailles les gros bourgs de la Saxe 8c des provinces voisines.Eour peupler ces nouvelles forteresses, Henri obligea la neu-vième partie des habitans de la campagne à s’établir dans lesvilles ; il ordonna que les assemblées publiques 8c les fêtes nepourroient être célébrées que dans les villes, il donna auxnouveaux Citoyens des privilèges LC des prérogatives consi-dérables , jusqu’à obliger ceux qui restèrent 'a la campagne deles nourrir Lc de transporter la troisième partie de leur récoltedans les magasins des villes. Telle fut l’origine des villes, desCommunautés Lc des Corps de Métiers. De-là les famillesPatriciennes issues des Nobles qui passèrent dans les villes.Des autres Gentilshommes conçurent contre ceux-ci unehaine qui règne encore dans 1 Allemagne, Lc qui va jusqu’àleur disputer la Noblesse parce qu’ils avoient accepté les Ma-gistratures. On leur donna le sobriquet de Fillani 3 Villaïns (19).
Les guerres continuelles que les Empereurs de la Maisonde Franconie avoient été forcés de soutenir contre les Papes,le Clergé Lc la Noblesse, obligèrent leurs Successeurs, lesEmpereurs de la Maison de Souabe , à faire de nouveaux effortspour remettre les Ducs Lc les autres grands Seigneurs de l'Em-pire dans leur état primitif, tel qu il avoit été avant l’héréditédes Duchés, des Comtés LC des Fiefs. Dans cette vue poli-tique ils formèrent au milieu des Duchés quantité de Prin-
(16) Bullinger, Tschoudi, Stoumpff, Simler, Rahn. Lauffer, &c.
(17) Daté de Spire le jeudi avant le jour de Saint Maurice , en Septembres B° 9 . On trouve cet Edit dans la Chronique de Tschoudi , T. I. pag. ayo.
(18 ) Struvii Syntagma tìistor. German. Difertatio XI, pag. J0S.J07. Jenae
M ’ de P f e fi l * Abregé àonol. de l'Histoire & du DroitPublic d’AIIemagne, pag. 76 & íuiv. Paris 17/4, in-8 .
SCc. D E LA SUISSE. z 7S
cipautés séculières Lc dépendantes du seul Empereur, Lc ilsexemptèrent les villes du pouvoir des Ducs Lc des Evêques ;mais ces coups d’autorité n’élevèrent Lc ne soutinrent la majes-té de PEmpire que pendant le règne de Frédéric I. dit le Grand.
Les brigandages des Nobles Lc P exaction violente des péagesinusités, étant devenus insupportables, les Archevêques duRhin, tous les Princes Lc Seigneurs, Lc plus de soixante villessituées fur les deux bords de ce fleuve , depuis Zurich jus-qu’au-dessous de Cologne, conclurent à Worrns Lc à Mayenceune alliance perpétuelle en 1155 pour le maintien de la paixpublique Lc l’abolition des péages nouveaux. Cette Confé-dération , nommée la Ligue du Rhin , fuk confirmée Lc signéepar Guillaume, Roi des Romains, dans une assemblée tenueà Oppenheim. Conradin , dernier Duc de Souabê Lc deFranconie ayant péri à Naples en 12.68 par la main du bour-reau, Lc Richard, Roi des Romains, manquant d’autoritépour conférer ces deux Duchés à quelqu’autrc Prince, laNoblesse Lc les villes qui les compostaient, ^affranchirententièrement de la supériorité Ducale Lc devinrent Membresimmédiats du Corps Germanique. La mort de Richard ( let Avril 12,71 ) fut suivie d’un interrègne, qui est proprementdit le berceau du droit public de T Empire ; les Etats d’Allemagneén profitèrent pour s’arroger tous les droits de la Souverainetéqui leur manquoient encore. La première Diète de l’Empireoù les villes Impériales aient assisté Lc concouru aux délibé-rations , est celle de Cologne de l’an 1293 ; 5 c le premier usagedu nom de ville libre Impériale est de l’an 1356, dans un diplômede l’Empereur Charles IV du 24 Décembre, concernant lesVilles de Mayence, de Worms Lc de Spire.
Telle fut en précis la gradation de l’accroissement des villesde l’Empire depuis le règne de Henri I Y Oiseleur jusqu’à celuide Charles IV. On fait combien ce dernier Prince Lc son filsle lâche Weneeílas travaillèrent peu à rendre à la MajestéImpériale le même degré de puissance qu’elle avoit eu fousles Ottons. Ils n’eurent pas honte de perdre presqu’entière-ment les débris du domaine Impérial ; ils les engagèrent oules vendirent. Aussi Maximilien I (20) disoit de Charles IV, quejamais l’Allemagne n’avoif souffert une pese plus cruelle quecelle qu’elle avoit essuyée dans la personne de cet Empereur.
Nous avons dit que les Nobles ne voyoìent qu’avec indi-gnation l’accroissement des villes, ils l’envisageoient commeune digue que les Empereurs élevoient pour arrêter leursfréquentes révoltes. Le Clergé étoit également mécontent :animé par les mêmes vues que la Noblesse , il avoit su jus-qu’alors étendre son indépendance temporelle par les armesspirituelles. Envain les Empereurs avoient voulu s’opposer àses vastes prétentions, soutenu par les grands vassaux de l’Em-pire , il avoit triomphé de tous leurs efforts. Mais la créationdes villes Impériales Lc celle des pays libres de PEmpire, parutau Clergé Lc aux Nobles un présage certain de leur décadence.Les Empereurs n’avoient imaginé cette Puissance du troi-sième ordre que pour relever leur autorité depuis long-tempschancelante & presqu abattue. Le Clergé inflexible dans sesprojets, s’arma des foudres du Vatican contre celles des villes
( 1 9) Henri, Duc de Rokan , dit quelque part, que le premier Conseilde la ville de Strasbourg est composé de quatre Nobles & de neuf Vil L ains ,c'est-à-dire Roturiers. Voyage du Duc de Rohan en Italie, Allemagne, &c.1C00. p. 205, seconde partie des Mémoires de ce Duc, Paris 1665 ,'in-iz.
(20 ) Jac. Spigelii Rots. ad Guntkeri Ligurinum, Lib. F. pag. 347, apudReuberum inter yeteres scriptores Germanicar. Rer. Francofurti 1584, ìn-fol.
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