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enfin la Reine-Mère ; elle se leva de son siège, loua le cou-rage 8c le zèle des Capitaines Suisses, 8c leur dit qu’ils pou-voient aller donner au repos le peu de nuit qui leur restoit, lesassurant que le lendemain matin elle confieroit très-volon-tìcrs , à la force de leurs bras , 7 e Salut & la Majesté de la Cou-ronne de la France. Cette résolution fut suivie des applaudis,semens des Suisses 8c de leurs cris redoublés : ils allèrent sepréparer pour le lendemain , tandis que les Seigneurs de laCour se hâtoient de leur côté de ranger leurs gens 8c lesarchers de la garde du Roi. Le résultat fut que vers minuitdix compagnies Suisses prcndroient les devans, que le Roi,toute fa Cour 8c tous les équipages , suivroient la dixièmecompagnie, 8c que les dix autres feroient barrière - garde ;chaque compagnie étoit de trois cent hommes. Antoinefíaffnsr j de Soleure , témoin de tous ces mouvemens rap-porte qu’on augmenta jufqu’au moment du départ la garde duRoi de dix compagnies Suisses, pour se précautionner contrela trahison des Kabitaíis, dont un grand nombre se sauvoit par-dessus les murailles de la ville pour aller joindre les Huguenots.
Vers le minuit du zS au 2.9 de Septembre, on entenditbattre le tambour dans le quartier des Suisses; &: bientôtensuite ils s’avancèrent jusqu’à un quart de lieue hors de laville pour se former en bataille. Lorsque le jour commençaà paroître, les dix compagnies laissées dans Meaux pourla garde, sortirent également de la ville , joignirent lesautres, & firent l’arrière-garde. Le Roi a cheval, suivi detoute la Cour , avoir coupé par divers sentiers , 8c étoitarrivé (*) en même-temps au régiment : il montroit beaucoupd’intrépidité. Un célèbre Historien ( Davila ) écrit que lesSuisses paroissoient si déterminés 8c si lestes, que la Franceïs avoit point vu depuis long-temps un spectacle plus agréa-ble. Une relation de cette marche (46) s’exprime ainsi. » Le
Roy estoit non tant asseuré de huit ou neuf cents cheveaux«François ( qui n’avoient pour toutes armes que l’espée 8c„ la cape ) que de ses Suisses : lesquels encores qu’ils n’eussent.« eu loisir depuis leur fraische arrivée, de reposer trois heures«de bon sommeil, si marchoient-ils avec telle allégresse,» chantans rnesmes a l’envy, 8c s’entr’encourageans les uns«les autres, de joyé qu’ils avoient de asseurer un des plus
OGRAP H IQUES,
« grans Princes de ce monde : que les plus-dévotieux François» pouvoyent plustost envier un si fidèle 8c affectionné service« que trouver le moyen de faire mieux «.
Au sortir de Meaux le régiment étoit partagé en deuxcorps, l’un formant l’arrière-gárde , 8c F autre marchant im-médiatement après les Chevaux-Légers du Roi, que le Ducde Nemours conduisoit : l’arrière-garde étoit soutenue par leConnétable 8c les Gentilshommes de la Cour ; le Roi 8c fafuite s’avançoient entre l’arrière-garde 8c le corps des Suissesqui la précédois. On marcha de cette forte jusqu’à trois quartsde lieue , en rase campagne ; on découvrit alors au-delà dela Marne, derrière les arbres, la cavalerie des Huguenots; lestroupes du Roi continuèrent leur route, Bientôt après lePrince de Coudé fit passer la rivière fur un pont de bateaux àmille cavaliers ; ce corps fut dans l’instant augmenté de millecheveaux légers , qui s’étoient tenu cachés dans les villages voi-sins. Lorsqu’ils furent une fois rassemblés, ils Rapprochèrentdes troupes du Roi à la portée d’un coup de fauconneau. Cefut dans cette situation que le Colonel Pfiffer forma sonbataillon quarré , en rapprochant les dix compagnies del’arrière-garde du centre de bataille ; il le ferma par les cui-rassiers , 8c plaça fur les ailes les arquebusiers, auxquels ildéfendit de tirer, s’ils n’étoient sûrs d’abattre l’ennemi. Cetordre fut exactement observé : le Roi, la Reine sa mère , leDuc d’Anjou, les Ambassadeurs des Princes, 8c toutes lesDames de la Cour, se mirent au milieu duRataillon quarté.Telles étoient les dispositions de l’intrépide Pfiffer.
Comme les Huguenots s’approchaient de plus en plus , leColonel fit faire la prière au bataillon , qui se mit (47) àgenoux 8c implora l’assistance Divine, étendant ses bras versle Ciel, ensuire il se releva. Ce Colonel fit serrer les files, 8cprésenta les piques. Le bataillon montroit par fa contenance■qu’il méprisoit la fougue des chevaux. En vain le Comte dela Rochefoucault qui étoit survenu avec trois cent Maîtres,& d Andelot avec deux cent autres, voulurent charger enqueue. Les Suisses tinrent ferme 8c obéirent à leur Colonel,qui, dès le commencement de l’approche des ennemis , lesavoit encouragés, en leur disant : » Fidèles 8c chers Capi-» raines 8c Soldats, vous voyez que les forces de l’ennemi ne
Du Canton de Glaris-Catholique , Fridolin Hessy.
De Fribourg , Nicolas de Praromann , Avoyer du Canton»
.De Soleure , Ours Zur-Matten.
De Sckajfhausen, Denis Stahel, & Martin Fritschì.
■Du Canton d‘Appen^elLCatholique , Jacques de Heym & Ulric SchiryíT.
t Au nom de i Abbé de Saint-Gall , Joseph Studer.
Compagnie franche du Capitaine Guillaume Tuggener, de Soleure detrois cent hommes.
Du pays des Grisons , N. Crise r , Jean de Traverse 8e Hercules deSalis.
Du Vallais , Jean de la Tour, en Allemand Zum-Thurn, 8c Jacques deîviedmatten.
On volt dans le Canton de Lucerne au chateau d’ Alhîskojfen , qui a ap-partenu au Colonel Louis Pfiffer, quatre grands tableaux de la retraite deMeaux; ces tableaux de la compoiìtiond un peintre Italien, font les mêmesqui ont été gravés dans cet ouvrage. On montre aussi dans le même châteauun bocal d’argent doré fur lequel font ciseles les écussons du Colonel Pfifferêc des Capitaines qui avoient fauve le Roi Charles IX : il est vraisemblableque dans les anciens temps voiíìns de celui du Chevalier Bayard , lesCapitaines qui avoient eu part à un evènement éclatant, faiíoient quel-quefois au retour de la paix, des libations de réminiscence fraternelle avecleur Colonel, ou que leur digne Chef à qui ils avoient offert un bocalainsi armorié , pour marque de leur estime 8e de leur attachement, buvoitdans ce vase commémoratif à des repas qu’il donnoit à ses amis. Voici leportrait du Colonel Pfiffer, tel que nous l’a laissé Antoine Hajfner , de So-leure , qui a écrit un journal fur l’expédition des Suisses en 1 y 67, 8e à laquelle
il s’étoit trouvé, étant alors Secrétaire de la compagnie de Zur-Maiten ;cet éloge traduit de l’ancien langage Allemand , justifie pleinement lesmotifs de la parfaite amitié que les Capitaines avoient vouée à leur respec-table Chef.
» Notre Colonel se nommoit Louis Pfiffer, de Lucerne; il fut depuis» créé Chevalier par le Roi de France , à cause de ses actions héroïques 8c» de la bonne conduite de son régiment, 8c il fut agrégé au nombre des« cents gentilshommes de fa maison. C’est un Chef rempli de cœur 8c plein« de prudence, qui n’est jamais précipité dans ses vues ni dans ses entre-« prises, mais qui pesant tout avec mesure, n’échoue jamais dans l’exécu-» tion d’une affaire, parce qu’il la conduit toujours avec sagesse. II fait ob-» server exactement la discipline militaire ; il honore extrêmement les Oih-« ciers anciens 8c expérimentés, 8t ne souffre dans son corps aucun joueur,« ni de gens inutiles. Lorsqu’il se fait une levée d’hommes en Suisse, ce« Colonel choisit constamment des Capitaines expérimentés ; il craint Dieu,x observe religieusement l’ancienne religion catholique, respecte beaucoup« le Jlergé, 8c fait de grandes aumônes aux pauvres. En un mot il possède« toutes les qualités qui forment un honnête homme «.
(*) Planche iij.
( 4 6 ) Histoire des troubles de France 8c de Flandre depuis 1562 , dédiesau Roi Charles IX, L. II. p. 42, Râle 1572, in- 8.
(47) Telle avoit été l’attention religieuse des anciens Suisses à toutes lesbatailles qu’ils avoient livrées aux ennemis de leur liberté ; l’histoire nousen cite des exemples mémorables , entre autres aux batailles de Morgarten,de Lauper. , de Sempach, de Grandfon 8c de Morat,
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