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au Lecteur a faire les réflexions que bon lui semblera sur lessuites de la retraite de Meaux 3 toujours est-il sûr que cetévènement, en sauvant le Roi& les Princes ses frères, sauvaen mênìe-temps dans le Royaume la Religion Catholique,& que fl les Cantons qui la professent n’eussent pas eu lebonheur de remporter en 1531 deux victoires consécutivesfur les Cantons Réformés , la Catholicité en Suisse eût courules plus grands risques, & son impuissance l’eût empêché devoler au secours de Charles IX contre les Huguenots de laFrance. Les plus grands évènemens de ce monde, ont entreeux une forte d'enchaînement, &: souvent ils sont produitspar de petites causes. Un chapeau , comme nous Pavons déjàobservé , a été l’origine de la Liberté des Suisses, & une besacea été le premier signal de la Liberté de la Hollande. Ni (53)les Ministres de l’Empereur Joseph I, ni les plus grands Phi-losophes , ni les plus subtils Politiques, n’auroient pu soup-çonner qu’une paire de gands changeroit en 1712, le destinde l’Europe ; cela arriva cependant au pied de la lettre. Depetites tracasseries de femmes sauvèrent Louis XIV d’un pasd’oûsa sagesse, ses forces &: fa puissancenc Pauroient peut-être pu tirer, & obligèrent les Alliés à faire la paix malgréeux. La superbe Gènes (54), forcée en 1746 de recevoir duGénéral de YImpératrice-Reine les loix qu’il voudroit bien luidonner, dut sa délivrance à une très-petite cause. Les Autri-chiens prenoient les canons de la ville pour les transporter enProvence, où les armées de P Impératûce-Relne 8 c du Roi de Sar~daigne pénétroient; les Génois scrvoìent eux-mêmes à traînerles canons qu’on leur ôtoit : il arrive qu’un Officier Autrichienfrappe un jour d’un coup de canne un homme du peuple ( unCordonnier ) qui ne s’empressoit pas assez pour ce service }auffi-tôt voilà tout ce peuple qui s’attroupe , qui court auxarmes, qui tombe fur ses vainqueurs dans les rues , dans lesplaces publiques, avec tout ce qu’il trouve fous fa main : ilmarche au magasin des armes, tandis que le Sénat incertainn’osc seconder publiquement ses efforts ; il s’arme réguliè-rement , & devenu soldat par désespoir, il chasse les Autri-chiens des portes qu’ils gardoient, 8 c se nomme des Chefs ;la consternation qui avoit abattu si long temps les Génois,passe dans le coeur de leurs nouveaux Maîtres ; les Paysansdes environs animés par l’exemple des Citoyens, s’assemblentau nombre de quinze ou seize mille : un Prince Doria , d’unerace à qui Gènes a dû plus d’une fois son salut, attaque leGénéral Botta dans Saint-Pierre des A rênes ; les Autrichiensfuyent, après avoir laissé mille morts 8 c environ trois mille pri-sonniers, ils abandonnent leurs magasins 8 c leurs équipages,repassent la Bochetta } 8 c sortent de l’Etat de Gènes. Cetteétonnante révolution ne servit pas peu à délivrer la Provencede l’armée Autrichienne ainsi que de l’armée Piémontoise quiravageoient cette province 8 c menaçoient Marseille 3 en ce qu’el-le les frustra entièrement des provisions qu’elles s’attendoientà tirer de Gènes. L’histoire fournit quantité d’exemples decette nature , 8 c il y auroit un Livre bien intéressant à faire
( H ) Anti-Machíavel, ou Essai de critique fur le prince de Machiavel ,publié par M. de Voltaire , p. 176-178. Bruxelles 1740, in- 8.
( 54 ) Essay fur l'Histoire générale par M. de Voltaire , T. VI. pag. 116-117, Edit. 1756, in- 8.
( yy ) Tel est le jeu des évènemens les plus importans de ce monde ; la pro-vidence fe rit de la sagesse & des grandeurs humaines ; des causes frivoles &quelquefois ridicules, changent souvent la fortune des Monarchies entiè-res. ( Réflexions du célèbre Auteur de Í'anti-Machiavel , p. 177.
(y 6) L’Histoire de ce régiment a été composée par feu M. Simon Lamo-ral le Pippre de Nmufville , Chanoine de Buy , qui l’a insérée dans son
O GRAPHIQUES,
fur les grands évènemens produits par de petites (y y) causes ; mais ilfaudroit qu’il fût mieux écrit que celui qui a paru sous cetitre ; il faudroit auffi que l’Auteur d’un tel Ouvrage eûtPâme 8c le style de Montesquieu.
Mais pour revenir à la retraite de Meaux , le régiment dePlisser qui y avoit acquis tant de gloire, porta jusqu’à sa réfor-me , en I y70, le titre du Régiment des Gardes-Suiffes du Roi. Cetteglorieuse époque , où les Suisses sauvèrent Charles IX , futauffi le principal motif qui détermina ce Prince à donner uneforme solide au régiment François qu’il avoit destiné en xy6zpour fa garde , 8c que le malheur du temps avoit presquefait supprimer, en éloignant ce corps de la Cour 3 c’est aujour-d’hui le régiment (y6) des Gardes-Francoises.
La charge (y7) de Colonel-Général des Suisses , n'avoit subsistéjusqu’alors que pendant la guerre 3 Charles IX en revêtit le17 Juin iy7I Charles de Montmorenci , Seigneur de Meru , filspuîné du Connétable de ce nom, auffi illustre par son mérite8c ses services, que par l’éclat de fa naissance. Le Roi l’étabìitColonel-Général des Susses , non-seulement pour le temps de laguerre, mais encore pour celui de la paix. Cette charge apresque toujours été donnée jufqu’en 1674 à des Seigneursd’une grande naissance. Le célèbre Henri Duc de Rokan enétoit revêtu en 160y ; le Maréchal de Bajsompierre en 16x43 leMaréchal de Schomberg ( Charles Duc d’Hallevin ) en 1647 : unPrince de la Maison Royale de Savoie , Eugène-Maurice , Comtede S oisons j père du Prince Eugène 3 l’avoit obtenue en x6y7 : àsa mort, le Roi Louis XIV la donna à son fils légitimé Louis-Auguste de Bourbon , Duc du Maine. Avant Tannée 1671, le set-vice des Suisses en France n’avoit pas été fur un pied stable ,à l’exception de la Compagnie des Cent Gardes-Suiffes ordinairesdu Corps du Roi , qui avoit été instituée en 1496, & à la réservedu régiment actuel des Gardes-Suisses qui avoit été formé en1616, 8c qui avoit été originairement le régiment Suisse deGallaty (y 8), levé le 8 Février i6iy.Ilaétéd’ufage pendant prèsde deux siècles de renvoyer les troupes Suisses dans leur pays,à la fin dc l’expédition pour laquelle elles avoient été deman-dées 3 quelquefois néanmoins le Roi par considération , necomprenoit pas dans la réforme d’un régiment la compagniequi en étoit la colonelle, &: la co n fer volt près de fa personne.Cette politique attachoit à son service un Chef distingué, quipouvoir aisément par son crédit rétablir son régiment lors dela première guerre qui survenois.
Louis XIF. ayant fixé, en 1671, sur un pied stable le ser-vice des Suisses , 8c augmenté considérablement le nombre8c la force des régimens de la Nation, plaça à leur têtepar distinction comme Colonel-Général , son fils légitimé M. leDuc du Maine. Ce Prince posséda cette charge jusqu’à sa morten 1736 3 8C ses deux fils , M. le Prince de Dombes ( 59) , 8CM. le Comte d’Eu (60) , ont été de même nommés successi-vement Colonels-Généraux des Suisses & Grisons. Mais jamais laNation Suisse n’a plus été honorée qu’à l’époque où Louis XVnomma, le 19 Décembre 1771, Colonel-Général des Suis-
vrage intitulé : Abrégé Chronologique de V origine, du progrès & de U état actuelde toutes les troupes de France , Liège lyzy , in- 4. fig, T. III. pag. ; & suiv.
( 17) Histoire Militaire des Suisses, par M. le Baron de Zur-Lauben, T*I. pag. 97-ioy & 327-332 , & T. IV. pag. 428-429.
( y8 ) Voyez le portrait du célèbre Colonel Cafparde Gallaty, de Glatis,premier Colonel du régiment des Gardes-Suisses, fous le numéro 166.
(59) Louis Auguste de Bourbon , mort à Fontainebleau le premier Octobre- 755 -
(60) Louis-Charles de Bourbon.
ou-