84 S K COM) K PAH TIE.
>< Dès qu'il lui devenu un peu familier avec moi, dit ce savant, je lui montrai unjour, en jouant, un miroir, et je le mis tout à coup devant ses yeux. Aussitôt il fixason attention sur ce nouvel objet, cl passa subitement de la plus grande activité à uneimmobilité complète : il examinait le miroir avec curiosité, et paraissait frappé d’éton-nement; ensuite il me regarda, puis porta de nouveau les yeux sur la glace, passa der-rière, revint par-devant ; et tout en considérant son image, il cherchait, à l’aide de scsmains, à s’assurer s’il n'y avait rien derrière le miroir; enlin, il y ses lèvres.
Un sauvage, d’après les récits des voyageurs, ne fait pas autrement dans la même cir-constance. »
L’Orang-Outanu (Pilhccus salyrus) n’a été vu vivant en France que pendant ledix-neuvième siècle. Quatre individus ont été amenés à Paris : 1° une jeune femelle dellornéo, offerte, en 1808, à l’impératrice Joséphine par M. Decaen, et qui a fait partiede la ménagerie de la Malmaison, où elle est morte cinq mois après son arrivée; 2" unautre qu’on montrait dans la rue Sainl-André-des-Arcs, en 1809; 5° le jeune mâle deSumatra , qu'on a vu au Muséum depuis le mois de mai 1850 jusqu'au commencementde janvier 1857, époque de sa mort; 4° un sujet également jeune, et postérieur au pré-cédent, qui appartenait à la direction du Cirque-Olympique . On avait d’abord eu l’inten-tion de le faire jouer avec les autres singes qu’on a vus sur ce théâtre il y a quelquetemps, mais il n’a pas même débuté.
Tous ces Orangs étaient jeunes, ainsi que ceux qu’on a vus en Angleterre, et lesquatre ou cinq Chimpanzés amenés vivants en Europe . L’intelligence de ces animauxest des plus souples, et, dans le jeune âge, leur caractère se distingue par une dou-ceur et une gaieté qu’on pourrait appeler enfantine. Mais il n’en est pas de même desadultes, dont la brutalité se développe à l’égal de leurs forces physiques, et les rendvéritablement indomptables. Aussi n’en a-t-on jusqu’ici conservé aucun vivant.
Jack, l’orang-outang du Jardin des Plantes , était remarquable par sa douceur, par sonamabilité , cl par un mélange de manières à la fois gauches ou intelligentes, selon queles actes qu’on voulait lui faire accomplir étaient plus ou moins en rapport avec la na-ture de son organisation. Il aimait beaucoup â jouer, surtout avec les enfants, cl il vivaiten quelque sorte familièrement avec son gardien, se conformant au régime du petitménage qui l’avait accueilli, cl subissant tour à tour les réprimandes ou les caresses deson tuteur, selon qn’il s'était bien ou mal conduit. Jouait-il avec brusquerie, avait-ilété gourmand, ou bien essayait-il de briser les vitres de son logement, ou de mordiller,comme un jeune chien , les personnes qui le visitaient ; une correction sévère lui étaitadministrée, et il la recevait, sinon de bonne grâce, du moins avec résignation ; cachantsa ligure dans ses mains dès qu’on le menaçait, et versant des larmes quand on em-ployait les coups. Il grimpait avec facilité à une corde placée dans son logement. Lors-qu’il s’asseyait, il croisait les jambes comme le font les Turcs et les tailleurs; et, danscette attitude, sa physionomie ressemblait assez bien à celle des petites figurines in-diennes appelées magots de la Chine .
Il mangeait assez proprement, et, suivant la nature des aliments, il se servait dela cuiller ou de la fourchette. Ici, comme dans presque tous ses actes, on reconnaissaitdes preuves de son intelligence. Nous n’en citerons qu'une : un jour on lui avait apportépour déjeuner de la salade, que sans doute il trouvait trop vinaigrée; l’idée lui vint