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Nous avons terminé la revue l>olani(|ue du Jardin ; vous avez admiré la splendeur dece royal établissement, vous avez dénombré toutes les richesses végétales qu'il renferme ;mais ces richesses vont augmenter de valeur à vos yeux, quand vous saurez ce qu'il ena coûté de travaux, de patience et de génie pour les acquérir, et les ranger dans l'ordreou nous les voyons aujourd'hui.
On vous a dit (pie Louis Xll I créa le Jardin du ltoi ; mais il n’est pas sans intérêt deremonter aux causes premières qui amenèrent cette création. Vous saurez donc (pie lesdames de la cour de Henri IV avaient un goût très-vif pour la broderie des fleurs : aprèsavoir exercé leur talent sur les plantes de nos bois et de nos prairies, elles se lassèrentde YÈglanlinc, de la Marguerite, du Bouton d'.or, et firent, partout chercher des fleursétrangères. Or, il y avait à la pointe occidentale de la Cité, sur remplacement actuel-lement occupé par la place ï, un jardin appartenant à Jean Robin , simpliciste
du Roi. Ce Jean Robin avait fait venir à grands frais de la Hollande des Graines et desOignons de Plantes exotiques, et son catalogue s'élevait ù treize cents espèces ; il vendaitdes fleurs aux dames, mais il refusait obstinément d'en donner les graines, et détruisaitses cayeux plutôt (pie de les communiquer. Guy Patin (le célèbre adversaire de l'émé-tique), grand amateur d'horticulture, n'avait rien pu obtenir de Jean Robin : aussi l’ap-pelait-il dans ses lettres le dragon des Hespérides . On raconle môme que, désespérant del'endormir, il se présenta un matin chez lui, en grande robe, suivant l'usage des méde-cins de ce lemps-là ; il le trouve dans son grenier, occupé à ranger les semences et lesfruits de sa collection; il regarde tout, admire tout,et ne demande rien; il lui expliqueles propriétés médicinales, et, comme on disait alors, l'intérieur de toutes ces plantes.L’avare jardinier était enchanté de celle visite, et toutefois ne perdait pas de vue lesmains agiles de Guy Patin ; mais le rusé docteur, allant et venant par la chambre, ba-layait avec la longue queue de sa robe le parquet tout jonché de graines : il s'en accro-cha plus d'une à l'étoffe doctorale, comme vous pouvez croire. Cependant cette récolted’un nouveau genre ne fut pas assez abondante pour enrichir les amateurs, et la réputa-tion exclusive de Jean Robin alla toujours croissant.
Ce fut alors (pie Guy de La Brosse, médecin ordinaire du roi Louis XIII , eut l'idéede susciter au simpliciste une concurrence royale. Il stimula son collègue Hérouard,Premier médecin, et tous deux représentèrent au roi qu'il était honteux pour la cou-ronne et affligeant pour l'humanité, qu'un simple particulier fût seul possesseur enFrance des plantes exotiques les plus belles et les plus précieuses ; «pie, dans une capitalecomme Paris , où llorissait la médecine, il était indispensable d’avoir un établissementspécial pour la démonstration de Yexlérieur et de l’intérieur des Plantes, ainsi quepour la manipulation des drogues. Louis XIII accueillit les observations de ses médecins,et le Jardin royal des Riantes médicinales fut institué. L’édit créait trois professeurspour la démonstration de l'intérieur des plantes, de la chimie-pharmacie et de la Bola-