Aux feux de joie succédèrent les illumi-nations , qu’on conlidera d’abord comme unfeu de joie dont on prolongeoit la durée ;je dis succédèrent, par ce que je prends l’ori-gine de ces feux dans les tems les plus re-culés ; dans ces tems , où comme nous rap-prenons de Properce , Ovide Sc Horace, l’onallumoit un bûcher proprement arrangé Scorné de fleurs, auquel on joignoit encoredes parfums, en action de grâces de quelqueheureux évenemenr. Les Egyptiens (ont lespremiers qui y ont donné lieu. Il étoit chezeux u ne fèteappellée la Fêtedes Lampes qu’oncclébroit ainli dans toute l’Egypte Sc parti-culièrement à Saip. Les Habitans étoientobliges d’allumer des lampes fur les fenêtresde leurs maisons, en auslî grande quantitéque la faculté de chaque particulier pouvoitle permettre.
Les Egyptiens furent imités par les GrecsSc les Romains, Sc d’une façon aussi généra-le. Ils allumoient une infinité de lampes àI’honneur de Minerve , de Vulcain, Sc dePrometkée, en action de grâces de ce qu’ilsleur dévoient ; à la premiere de ces divinités,l’huile ; l’inventlon des lampes à la seconde ;fie le Feu à la troisième.
Les fêtes de Bacchus appellées Lamptericœ ,étoient aussi célébrées par des illuminationsqu’on égaïoit par du vin qui étoit distribuéaux paffans.
M. Premier , à qui je dois ces traits histo-riques , ajoute qu’il étoit une illuminationlolemnelle de cinq en cinq ans à l’honneurde Februa mere de Mars. Dans cette fête lesCitoïens étoient obligés de tenir des flam-beaux de cire allumés devant leurs portes,pour engager cette Déeíïe à obtenir de sonfils la victoire fur les ennemis du PeupleRomain.
Voilà l’origine des feux de réjouiflancefans ornemens. Mais qui est-ce qui a donnélieu aux décorations de ces feux ? On croit quec’est aux édifices que les Grecs & les Romainsélevoient pour les spectacles qu’on les doit.M.Premier n’y regarde pas de si près. Il tient cetteorigine fort vague. Tour naturellement ilpense qu’on a voulu imiter par les décora-tions la magnificence avec laquelle ces Peu-ples ornoienr leurs Cirques, leurs Hippodro-mes , leurs Théâtres Sc leurs Amphitéâtres.5apremiere preuve est qu’avantl’invention dela poudre,il y avoir des feux artificiels exposésfur des décorations de planches peintes , Scqui avoient du mouvement par le moïen desmachines, suivant la description qu’en adonné Claudien. La seconde est tirée destournois sc des carrousels qui succédèrentaux spectacles Sc aux jeu? usités chez les
FEU
.Anciens aux jours de grandes fêtes dans I’èurcirque. Comme ils élevoient là des obélis-ques, des statues & des décorations , on aimité ces usages en élevant dans les placesdestinées aux tournois Sc aux carouí'els , quirenoient lieu des cirques, des tours, deschâteaux , des temples , des arcs de triom-phe, des pavillons, des colonnes, des pyra-mides, des fontaines Sc des statues, aumiíieu6c dans les angles des Lices. Ces édificesn’aïant d’autre utilité que d’embellir teslieux, y servirent dans la fuite à l’atrange-ment des illuminations ; jusques à ce quel’invention de la poudre à canon donna lieuà de plus beaux feux de joie , ou pour mieuxdire , à de beaux Peux d'artifice , dont il esttems de fixer l’origine.
Quand on considéré que la poudre à canonfait tout le fond des Peux d'artfice , onn’hésite pas de fixer l’origine de ces feux àl’époque de l’invention de la poudre. Maisquelque bien fondée que pareille cette ori-gine, elle n’en est pas moins fauflè. Bienlong tems avant la découverte de la poudreon faisoit des Feux d'artfice composés deferpenraux, de girandoles & même des es-pecesdc fusées volantes. Philojlrate raconteque dans le tems à'Alexandre le Grand , uneVille, voisine du fleuve Hyphesis près del’Inde , paíloit pour imprenable Sc les Ha-bitans pour des pare n s des Dieux , parce
?[u’ils lançoient des foudres Sc des éclairsut leurs ennemis. Claudien , dans la des-cription qu’il fait des fêtes données au Pu-blic íous le Consulat de Theodofe, hui t censans avant l’invention de la poudre , s’expli-que plus clairement. Après avoir parlé desmachines & des décorations peintes qu’onavoir élevées dans le cirque , il dit, qu’onvoioit des feux qui couroient en serpentantpar-dessiis les planches peintes fans les brû-ler ni les endommager, Sc qui formoientpar des tours 8c des détours différentes cir-convolutions en forme de cercle ou globe defeu. La chose est si extraordinaire, que jecrois devoir pour la satisfaction du Lecteur& pour ma propre justification , rapporterici les propres termes de Claudien.
Varlos ejfingat mulcibcr orbesPer tabulas impune vagus, pìcloeque citatoLudant igné trabes , & non permijsa morariFida per innocuas errent incendia turres.
Comment a-t-on pû faire de pareils Aer/.vd'artfice fans connoître les effets du mé-lange du íalpêtre, du soufre, du charbon,ou de quelqu’autte matière équivalente ?M, Freqìer, qui a fort íouhaité de pouffer juí-qiies là ses recherches, avoue qu’U n’y com-