PREFACE. 29s
raison (si elle étoit valable) je pourraisdire : s’il est écrit dans les Archives desParques, que le poison me tuera à pré-sent , ou me fera du mal, cela arrive-ra quand je ne prendrois point ce breu-vage; & si cela n'est point écrit, il n'ar-rivera point, quand même je prendroisce même breuvage; & par conséquentje pourrai suivre impunément mon pen-chant à prendre ce qui est agréable >quelque pernicieux qu’il soit: ce quirenferme une absurdité manifeste. Cet-te objection les arrêtoit un peu, maisils revenoient toûjours à leur raisonne-ment, tourné en différentes maniérés,jusqu’à ce qu’on leur fît comprendre,en quoi consiste le défaut du Sophis-me. C’est qu’il est faux que l’évene-ment arrive quoi qu’on fasse;il arrive-ra, parcequ’on fait ce qui ymene;&sil’évenement est écrit, la cause qui lefera arriver est écrite auísi. Ainsi la li-aison des effets & des causes,bien loind’établir la doctrine d’une nécessitépréjudiciable à la pratique, sert à ladétruire.
Mais fans avoir des intentions mau-vaises & portées au libertinage , onpeut envisager autrement les étrangesfuites d’une nécessité fatale; en consi-dérant qu’elle détruirait la liberté del'arbitre, si essentielle à la moralité defaction ; puisque la justice ct l’in justi-ce,