L Discours de la Conformité'
dinaire, & que la Raison est l'enchainement desVérités , mais particulièrement (lorsqu’elle estcomparée avec la Foi) de celles où l’esprit hu-main peut atteindre naturellement, sans être aidédes lumières de la Foi. Cette définition de laRaison, (c'est-à-dire de la droite & véritable Rai-son) a surpris quelques personnes, accoutuméesá déclamer contre la Raison prise dans un sensvague. Ils m’ont répondu , qu’ils n’avoient ja-mais entendu qu'on lui eût donné cette significa-tion : c’est qu’ils n’avoient jamais conféré avecdes gens qui s’expliquoient distinctement sur cesmatières. Ils m’ont avoué cependant, qu’on nepouvoit point blâmer la Raison , prise dans lesens que je lui donnois. C’est dans le même sens,qu’on oppose quelquefois la Raison à l’Expérien-ce. La Raison consistant dans l’enchainementdes Vérités , a droit de lier encore celles quel’Expérience lui a fournies , pour en tirer desconclusions mixtes: mais la Raison pure & nue,distinguée de l’Expérience , n’a à faire qu’à desVérités indépendantes des Sens. Et l’on peutcomparer la Foi avec l’Expérience , puisque laFoi (quant aux motifs qui la vérifient) dépend del’expéríence de ceux qui ont vu les miracles,furlesquels la Révélation est fondée; & de la Tra-dition digne de croyance, qui les a fait passerjusqu’à nous, soit par les Ecritures, soit par lerapport de ceux qui les ont conservées : à peuprès comme nous nous fondons fur /’expériencede ceux qui ont vu la Chine, & fur la crédibili-té de leur rapport, lorsque nous ajoutons foiaux merveilles qu’on nous raconte de ce Pays é-loigné. Sauf à parler ailleurs du mouvement in-térieur du S. Esprit, qui s’empare des Ames, &tes persuade & les. porte au bien , c’est-à-dire à