CORONAS Y CRUCES VISIGODAS DEL TESORO DE GUARRAZAR.
37
devuelto á nuestro estudio y á nuestra admiración el cementerio de Guar-razar, para acreditar de excelentes orífices á los que tales joyas labraronpara nuestros reyes y magnates visigodos.
El buen joyero, en efecto, manifiesta que lo es no sólo en la formaque da á su obra, sino también en el exquisito sentimiento de la armoníay del contraste de los colores al elegir las piedras que en ella emplea; yesta cualidad resalta en sumo grado en nuestra preciosa cruz 1 , donde tanfeliz combinación producen el azul oscuro ó índigo del zafiro oriental, elblanco indefinible de la perla y el oro del engaste.
Se ha dudado, y no sin algún fundamento, que esta cruz haya perte-necido siempre á la corona de Receswintho, porque constando que elhábil joyero que llevó á París las alhajas de Guarrazar las adquirió en trozosde los plateros de Toledo , á quienes las vendieron mutiladas los bárbarosy afortunados descubridores, bien podia suponerse que al restaurarlas hu-biese atribuido á capricho esta cruz á aquella corona. Corroboraba encierto modo tal sospecha la circunstancia de haber existido otra cruz másgrande y fastuosa, de cuatro brazos iguales, semejante en un todo á la dela corona de Suinthila , que debió sin duda pertenecer también á una co-rona de rey, y de la cual no se conservaban más que dos brazos y el me-dallón central. Suponíase que esta cruz, hoy reducida á un mero frag-mento, hubiese pertenecido á la soberbia esterna de Receswintho. Peronosotros no abrigamos tal sospecha: primero, porque no nos parece pro-bable que siendo de distinto carácter artístico las dos coronas de Suinthila y de Receswintho, aquella más aparente y fastuosa, y ésta más severa deforma y más minuciosamente trabajada, pudieran ser enteramente igualeslas cruces pendientes de ambas; en segundo lugar, porque entre la coronade Receswintho y la cruz que hoy la acompaña hay una perfecta analogíade estilo y de carácter, que salta desde luégo á la vista con sólo considerarel trabajo de las dos orlas ó bordes de la esterna y el que se advierte enlos rosetoncillos del reverso de la cruz; y últimamente, porque las joyaspredominantes en uno y otro objeto son el zafiro índigo oriental y la perlarosácea 2 , con exclusion del zafiro cyaneo ó azul celeste, que es el únicoempleado en la esterna de Suinthila . Creemos, en suma, que miéntras nose adquieran otros datos para establecer de una manera incontrovertibleque ademas de las coronas de los dos reyes citados habia en el Tesoro deGuarrazar- coronas de otros monarcas ó de otros optimates visigodos, la-bradas según un estilo y carácter del todo semejante al que resalta en lacorona de Receswintho, está perfectamente atribuida á ésta la hermosacruz que tan detenidamente hemos procurado estudiar.
Para terminar la descripción de esta presea, réstanos solamente se-ñalar en ella un accidente de alguna importancia. Esta cruz servia de fíbula,y lo comprueba su reverso, donde se advierten el arranque de la agujapor medio de la cual se prendia á la ropa, y la señal del gancho que lasujetaba para que no se abriese. La aguja se extendía horizontalmente portoda la longitud de los dos brazos de la cruz, es decir, que se prendiaexactamente como se prenden hoy los broches en los vestidos de las mu-jeres. Ahora bien, si esta cruz servia de fíbula ó broche, ¿cómo podia sermeramente votiva la corona de que pendia? Ya hemos demostrado que sieran votivas estas esternas reales desde el momento en que quedaban ofren-dadas en los altares, esto no impedia que en determinadas solemnidadesvolviesen á coronar la frente de los reyes: en tales solemnidades, despren-dida la corona de las cuatro cadenillas de que pendia, la cruz acaso sedescolgaba también y se ponía, ya en la vestidura del rey, ya prendida alforro ó estofa de su esterna, en la parte superior del aro, como sirviendode ápice á la régia corona según el uso bizantino. Y en verdad que nodejarían de producir un bello y armónico conjunto tal cruz y tal corona.
Advertimos, al examinar estos fastuosos objetos, cuán marcada aparece
1 Decimos nuestra porque para nosotros no fue una adquisición legitima, sino un mero acto de fuerzael del Gobierno francés al comprar al diamantista Navarro estas alhajas del tesoro de nuestros reyes visigodos:alhajas espiritualizadas por ofrenda de los mismos á la Iglesia de España , y no abandonadas por ésta, sinosimplemente escondidas con ánimo de recobrarlas pasada la calamidad de la irrupción agarena.
s Hay en verdad en la corona de Receswintho zafiros blancos ó incoloros, variedad del corindo hyalino; peroéstos fueron exclusivamente empleados en los clamasterios, y no en la corona propiamente dicha, ó sea en laverdadera esterna, la cual no presenta, según hemos manifestado, mas gemas que el zafiro azul oscuro y laperla.
tière de Guarrazar n’aurait livré à nos études et à notre admiration aucunautre objet d’ofévrerie, pour que nous puissions qualifier d’excellents or-fèvres ceux qui firent de pareils bijoux pour nos rois et nos seigneursvisigoths.
L’orfèvre habile prouve en effet qu’il mérite ce nom, non seulementpar la forme qu’il donne à son œuvre, mais aussi par le sentiment exquisde l’harmonie et du contraste des couleurs, dans le choix des pierres qu’ily emploie; et c’est cette qualité qui excelle au suprême degré dans notreprécieuse croix 1 , où nous voyons la combinaison si heureuse que pro-duisent le bleu foncé ou indigo du saphir oriental, le blanc indéfinissabledes perles, et l’or de l’enchâssure.
Non sans quelque fondement a-t-on douté que cette croix ait toujoursappartenu à la couronne de Recceswinthe, car étant constaté que l’habilebijoutier qui emporta à Paris les joyaux de Guarrazar en acquit les frag-ments des orfèvres de Tolède , auxquels ils furent vendus plus ou moinsmutilés par les barbares fortunés qui les découvrirent, on pouvait biensupposer qu’en s’occupant de leur restauration il eût attribué par capriceà cette couronne la croix que nous décrivons. Vint en quelque sorte àl’appui de ce soupçon une circonstance. R y avait existé une autre croixplus grande et riche, de quatre bras égaux, pareille sous tous les rapports àcelle de la couronne de Suinthila , et qui sans doute avait appartenu à unecouronne royale, mais dont on ne conservait que deux bras et le médaillondu centre. On supposait que cette croix, réduite aujourd’hui à un simplefragment, aurait fait part du superbe stemma de Recceswinthe. Mais nousne pouvons pas accepter cette supposition: en premier lieu, parce qu’il nenous parait pas probable que deux croix tellement pareilles dussent appar-tenir à deux couronnes par leur caractère artistique aussi différentes quecelles de Suinthila et de Recceswinthe, celle-là si frappante et fas-tueuse, celle-ci si sévère dans sa forme et si minutieusement exécutée; ensecond lieu parce qu’entre la couronne de Recceswinthe et la croix qu’au-jourd’hui en dépend, il y a une analogie parfaite de style et de carac-tère qui saute aux yeux si l’on considère le travail des deux festons oubords du stemma, en même temps que celui des petites rosettes du reversde la croix; et enfin parce que les pierres dominantes dans l’un et l’autreobjet sont le saphir indigo oriental et la perle rosâtre 2 , n’y apparaissantnullement le saphir cyanique ou bleu de ciel, le seul employé dans lestemma de Suinthila . Nous croyons, en somme,—et tant que d’autresdonnées ne viennent justifier d’une manière incontestable qu’en sus descouronnes des deux rois cités, il existait dans le Trésor de Guarrazar descouronnes d’autres rois ou seigneurs visigoths, d’un style et d’un ca-ractère en tout semblable à celui qui donne son cachet à la couronne deRecceswinthe,—que nous pouvons parfaitement attribuer à celle-ci labelle croix que nous avons tâché de décrire si scrupuleusement.
Pour terminer la description de ce joyau, il ne nous reste à observerqu’un point de quelqu’importance. Cette croix servait de fibule: fait cons-taté par son revers, où l’on remarque le point d’où partait l’ardillon aumoyen duquel elle s’attachait aux vêtements, aussi bien qu’une trace ducrochet qui l’empêchait de s’ouvrir. L’ardillon s’étendait horizontale-ment sur toute la longueur des deux bras de la croix: c’est-a-dire, quecelle-ci s’attachait exactement de la même manière que les broches desfemmes de nos jours. Si donc cette croix servait de fibule ou d’agraffe,comment la couronne d’où elle pendait pourrait-elle être simplement voti-ve? Nous avons déjà démontré que si ces stemma royaux étaient votifs dèsle moment qu’ils figuraient comme offrandes sur les autels, ceci n’empê-chait point qu’ils eussent couronné la tête des rois dans des solennitésdéterminées; en pareils cas, et la couronne une fois détachée des quatrechaînettes qui la soutenaient, la croix aussi peut-être était décrochée etvenait se placer, tantôt sur la robe du roi, tantôt sur l’étoffe brodée quiformait la doublure de son stemma, en haut de celui-ci, où elle servaitcomme d’achèvement à la couronne royale selon l’usage byzantin. Et envérité une telle croix et une telle couronne devaient offrir aux regardsun ensemble des plus beaux et des plus harmonieux.
Nous avons remarqué, en examinant ces fastueux objets, combien était
1 Nous disons nôtre parce qua notre avis il n’eut point d’acquisition légitime, mais tout simplement unacte de force, de la part du Gouvernement français, lorsqu’il acheta du bijoutier Navarro ces joyaux dutrésor de nos rois visigoths: joyaux devenus ecclésiastiques par l’offrande de ces rois à l’Église d’Espagne, etnon point abandonnés par celle-ci, mais simplement cachés avec l’intention de les recouvrer l’invasion musul-mane une fois repoussée.
4 II est vrai que la couronne de Recceswinthe porte des saphirs blancs ou sans couleur, variété du corin-don hyalin; mais ceux-ci furent exclusivement employés dans les pendeloques, et point du tout dans la cou-ronne proprement dite, qui ne présente, comme nous l’avons fait observer, d’autres gemmes que le saphir bleufoncé et la perle.