4 Liure IL De L Exercices
lcr Chcuallicrs ont tousiours voulu monstrer Icurvaletir, Sc maintenir leurcminence & dignité, jusques enuiron 60. ou 8 o. ans en ça esquels la noblessemoderne s’en estant degousteé, jusques a T enfepuelir en vn total oubly,íi el-le n’cstoit aulcunement soustcnue es courts des plus gencreux Princes, ef-quelles on en voyt encor reluyr quelques estincelles, es festins nuptiaulx,Bap-tefmes ou aultres semblables íolennitez.^ Peult estrc,qtìe cela lu y adulent decc que bien rarement elle s’y trouue, pour en veoyr les essects tant louables;ou bien que quelques vns s’en font des proiects, du tout aultres qu’ils ncdeburoint: disants en. eulxmefmes par vne maniéré de mefpris: II y a grandepeine & labeur, defpens inutiles, & diligence fans profit, ioiomqu’on ne s’ya-uance fans rudes & dangereuses secousses. Et quel auantage en peult on atten-dre. Cest le ieu & passetemps des Grans Seigneurs: tu n’yas que faire. Tucourriroys longuement a la bague, ioutterois outournerois brauement, ouromperois beaucoup des lances, deuant de gaigner quelque chose pour ta cuisi-ne, Sc c.
Et quelle est pour le iourd’ huy l’occupation , je ne dis pas de tous( parlant seulement de ceulx qui sont coulpables ) mais d’vne bonne partiede la Noblesse de nostre temps auec mefpris Sc defdaing de ce noble exerci-ce? Ie le difois volontiers, mais Veritas odium parit. La vérité engendre lahaine.
Et voit on journellement les fruicts procedans de la nonchaillancc& mefpris de ceste science , en la peruerfité de ce íiede. Ouure les yeulx,regarde & examine vn peu en ton esprit les temps passez deuanz 100. ains; Scles conférant auec le présent si piteuse & malheureusement débauché , tutrouueras dequoy mener des grandes complaintes. Et si ru ne le veulx veoyrou entendre, je te 1 e dedaireray, Dieu aydant, au cinquiesme liure de ce mientraicté.
La lance pour le présent n'est guere cstimeé,mcsme entre soldats fai-sant profession de grande expérience, disans que c’est vne armure mal commo-de : Car, disent ils, elle requiert vne compagne nette; Sc est de nul vsage, enpassages ou lieux estroicts, en bois, buissons Sc aultres semblables lieux em-peschez. Mais fans aulcune raison. Et j'afferme rondement, queceluy,quiïòubs quelconque prétexte que ce soir, mesprise.ee viel, noble, & tresutil exer-cice, ou n’ entend ce qu’il dit, ou bien l'entendant, monstre qu’il n’ a le coeur dcsoldat ou cheualier. Car s'il entendoit la qualité, l'cssect, & ce qui y est requisen ceste armure , il ne parleroit en telle maniéré : Ou si l'entendant il Umesprise toutesfois, il monstre bien qu’il n’a l’esprit de Cheuallicr,ains decouardt , qui touliours crainct de labeur Sc s’imagine le danger plus grandqu’il n’est.
Mais, me dita on ; elle n'est vsiteé mesme entre les plus grans chefs desguerres de nostretemps: Etprouincesdu Pais-basdc toux deuxeostez, en Vn-grie, & aultres armées, on n’y voit non plus des lances. Voyre cc grand & mag-nanime guerrier le Tres Illustre Prince Maurice d’Orange n’en fait point grandcas. Car comme Prince trefexpert & tresprudent,qui r.’a pareil ny entre les An-tiques ne Modernes en T art & discipline militaire,?’il trouuoit quelque esti-me ou auantage en la lance, il la meuroit sans doubte en oeuurermais tant s'enfault qu’il amesme cassé, en son gouuernement tant louable, celles qu’il areçeu de son feu Pere do pieuse & heureuse memoyre, Le tres Illustre PrinceGuillielme d’Orange, combien que chez son aducrse partie elles íoyent,tou-tesfois