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Tome premier.
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59
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Mémoires Historiques. 59

Chilperic ayant fait une boucherie de sa famille légitimé & la vengeance du Ciel Omcor-lui ayant enlevé ses aunes ensons, il ne lui reftoit au tems de fa mort qu’un fils âgede quatre mois, qui n’étoit pas encore nommé, & qu’il avoit peu de tems auparavantenvoyé à Vitri, en Artois, pour y être nourri. Fredegonde consternée par l’accidentinopiné d’une telle mort, se sauva promtement avec cet enfant dans Paris & fe jettaavec lui dans l’asile de PEglife Cathédrale, appréhendant également la vangeance duPeuple & celle du Prince régnant en France ; l’Evêque la prit en fa protection ; ce-pendant Guntchram qui selon les réglés ordinaires devoit entrer en possession des Etatsde Chilperic & mandé à Paris en diligence & irrité contre Fredegonde, persuadé quePensant qu'elle présentoir n’étoit point fils de Chilperic ; toutefois ce Prince par une po-litique assez singulière imaginant que cet enfant pourroit exciter l’émulation de Childe-bert, lequel à son occasion s’empresseroit davantage de mériter fa bienveuillance & &succession, craignant d’ailleurs l'extinction de fa maiion, chose qu'il paroit avoir pré-vue, se résolut de le conserver ; mais à l’égard de la mere qu’il ne pouvoir s’empê-cher de regarder comme la plus détestable de toutes les femmes, il l’envoya fous sûregarde en un lieu près de Paris, dit Rotogalle, qui ne peut être que le Bourg de Ruel,ou Ruelle -, cette sévérité ne fut pas néanmoins de longue durée, la qualité de veuvede Roi, de mere de celui qui devoit regner & fur tout les créatures que Fredegondeavoit parmi les Grands de Neustrie, lui procurèrent fa liberté, qu’elle n’eut pas plutôtrecouvrée qu’elle recommença à faire marcher les assassins pour fe défaire de Brune-hault, de Childebert & de Guntchram lui-même, mais ils fe tinrent tous fur leursgardes.

Elle fit éclatter en même tems la conjuration du Patrice Mummole, en faveur deGundebault, prétendu fils de Clotaire, arrivé de Grece depuis deux ans ; il y a toute-fois quelque difficulté à lui imputer cette révolté, puis que les Conjurez ne fe trouvèrentpas en état de prendre les armes que par le pillage qu'ils firent des trésors qu’elle avoitdonnez à fa fille Rigunte en l’envoyant en Espagne. Dans ce fait, toute la Novem-populanie se déclara en faveur de Gondebault & la Proclamation de sa Royauté se fità Brives la gaillarde, en Limousin. Guntchram chargé de cette guerre fur le déclinde son âge & d’ailleurs peu content des Australiens, qui gouvernoient la jeunesse deChildebert, ne donna pas moins d’attention aux affaires de Neustrie. Cependant lesuccès de la guerre fut entièrement favorable. Gundebault enfermé avec Mummole &

1 Evêque sagittaire dans la ville de Lyon de Comminges, Lugdunutn Convenarutn , n’ypût tenir que quinze jours. Mommole le livra lui-même aux troupes de Goutchram,espérant sauver sa vie par cette double trahison ; mais elle lui fit. inutile, tous les troispérirent ensemble & la ville qui leur avoit donné retraite fut rasée jusques dans ses fon-de mens, en cette année 585, & ne s’est jamais relevée de ce désastre.

L’Histoire fait en cette occasion mention, pour la seconde fois, des troupes Natio-nales Gauloises-, on s’en étoit déja servi dans une guerre contreVarot, Comte de Bre-tagne, qui fe fit en la troisième année de Childebert d’Australie, c’est à dire en 578 :sept ans avant celle-ci & l’on y avoit employé les milices de Touraine, du Poitou, duMaine, d Anjou, & les habitans de Rayeux. Dans cette occasion Guntchram fit mar-cher celles de ^Caintes, de Perigueux, de Bourdeaux,- d'Agen, de Toulouse, toutefoisfous la conduite d'Officiers François ; elles lui rendirent des services qui furent causequ’on ne les épargna pas depuis ; marque évidente de la corruption de la disciplineFrançoise, quoiqu’il n’y eut pas encore quatre-vingt ans qu’elle duroit, ou marquede la grande diminution des Armées Françoises, causée par la diminution de la Mo-narchie.

La même année 583, Guntchram fit un second voyage a Paris, où Fredegonde, pourassurer l’Etat de son fils, fit certifier devant lui la reconnoissance que Chilperic en avoitLite par le témoignage de trois Evêques & le serment de 300 Nobles François ; mais