Etat de la France. ^94
son de la Trimouille en 1381 . le troisième fut Etienne Comte de Martoing, puis de Cham-Boulogne fur mer par son mariage, & enfin Roi d’Angleterre après le décès de Henri I, pagne.& enfin le quatrième fut Henri Moine à Cìuny, & ensuite Evêque de Wincester en An-gleterre. Mais pour revenir au Comte Thibaut, l’un des plus illustres Princes de sonsiècle, la principale singularité de sa vie consiste dans le nombre & les alliances de sesenfans, il avoit épousé Mahault fille d’un Comte de Carinthie, dont il eut douze enfans,
& mourut le xo. Janvier 1151. à Lagny, où il est inhumé dans l’Abbaye fous un tom-beau de porphire fans inscription. Du Tillet a remarqué à l’oecasion du surnom deGrand accordé à ce Comte de Champagne, que l’usage des François, même dansl’an-cien tems, étoit de donner cette epithete plutôt à ceux, dont la puissance étoit redoutable,qu’à ceux qui paroiíïoient la mieux mériter parles qualitez du cœur & de l’eíprit. Henrile Large ou le Libéral, fils aîné, lui succéda dans la Comté de Champagne ; Thibautdans les Comtez de Blois & de Chartres ; Jean dans la Comté de Sancerre ; Guillaumefut Cardinal & Archevêque de Rheims, Regent du Royaume de France pendant la mi-norité, & les voyages de Philippe Auguste; Foulques fut Religieux, puis Abbé de Li-teaux ; Agnès femme de Renaud Comte de Bar & de Mousson ; Marie épousa Eudes II,
Duc de l’une & de l’autre Sicile ; & Guillaume IV, Seigneur de Perche ; Goet Ma-hault épousa Geoffroy, Comte du Perche; Marguerite fut Religieuse à Fontevrault&
Alise la derniere épousa le Roi Louis le Jeune, & devint mere de Philippe Auguste;
Henri le Large Comte de Champagne & Thibault Comte de Chartres & de Blois épou-sèrent les deux sœurs filles du Roi Louis le Jeune & d’Alienor de Guienne, depuis Reined’Angleterre ; Henri, qui prit l’aînée Marie, en eut ies Comtes Henri II, & Thibault III.qui lui succédèrent, & Thibault mari d’Alise, plus malhûreusc en postérité, vit éteindreson nom dans la Maison d’Avesnes, de qui la Comté de Blois a passé à la Maison deChâtillon ; ce Comte Thibault mourut en 1181. & fut inhumé dans le chœur de l’EgliseS. Etienne de Troyes qu’il avoit fondée. Henri IL joignit à ces titres naturels celuide Roi de Jérusalem, à cause de sa seconde femme Isabeau fille d’Amauryl. & veuvede Conrad Marquis de Monferrat, il en eut trois filles, l’aînée morte fans alliance, Alisefemme de Hugues I. Roi de Chypre, & Phelypotte qui porta le titre du Royaume deJérusalem & ses droits fur la Champagne, à Erard de Brienne son mari : la premierefemme de ce Comte Henri II. étoit Hermanette de Namur, dont il n’eut point d’en-fans, il mourut à Aires en Palestine en 1197, étant tombé d'une fenestre dont l’appuifondit sous lui, la douleur de la Comtesse fa mere fut si grande qu’elle en mourut furle champ.
Mais quoique la Succession fut ouverte & parut appartenir au Comte Henri, ou dumoins à ses filles, Thibault son frere puisné ne laissa pas de s’en mettre en possession .quelques-uns prétendent que son frere l’avoit institué son heritier ; d’autres disent qu’ils’étoit emparé de ses Etats en son absence ; d’autres enfin qu’il en avoit traité par let-tres avec lui. Quoiqu’il en soit (car il mourut peu après à l’âge de 26 ans) il en futaprès fa mort déclaré possesseur légitimé par le fameux Arrêt de Melun de l’an 1216,où fur le prétexte d’une cession verbale faite par le Comte Henri à son frere, en cas qu’ilne revint pas d’Outremer, on éxclut les filles de la succession d’un fief reconnu & jugéféminin ; il est vrai que dans la fuite le Roi S. Louis termina cette grande question parcomposition d’argcnt, ayant même prêté pour appaiscr la Reine deChypres40000l.deson trésor, au moien néanmoins des furetez nécessaires pour les retirer. Ce Comte Thi-baut IV. avoit épousé Blanche fille de son oncle le sage Roi de Navarre, de laquelle ileut un fils né posthume en 1201, lequel porta le nom de Thibault V, c’estlui qui s ’ e strendu fameux par son amour pour la Reine Blanche mere de S. Louis, plus que par laCouronne de Navarre dont il hérita par le décès de son oncle maternel Sanche le Fort.
II fut d’abord dans la ligue faite contre la Regence de cette Princesse, mais fa passionl’ayant bien-tôt fait repentir de cette entreprise, il eut la foiblesse de reveler la conju-ration