e la France,
M E R C E.
L ES terres de PElection de Troyes font en labeurs, ou vignes, ou prairies; les la-beurs ne rapportent que de l’avoine ou du blé noir, ou du moins il n’y a que lahuitième partie des terres qui rapportent du froment ; le peuple y est extrêmement labo-rieux & si ménager qu’il vit toute l’année de son blé noir, fans rien acheter du marché,fe contentant d'y debiter ses denrées pour payer les impositions, les grains fe tirent à Pa-ris par Nogent & Arcy & par Vitry fur Marne. Les vignobles y produisent commu-nément d’assez bons vins, mais ils fe consomment presque tous dans le Pais, ce que l’onattribue à la difficulté de les vendre, à cause de l’inégalíté des futailles les vins fe trans-portent à Paris par la Riviere : il croît dans cette Election beaucoup de vins, de lins&de chanvres dont la plus grande partie s’y consomme en la manufacture des toiles, l’au-tre fe transporte jusqu’au Havre pour les vaisseaux du Roi. Les terres de PElection fonttrès-propres à la nourriture du bétail blanc, mais le Pais en manque, la difficulté des tems,ayant été cause que le Païfan a vendu ce qu’il en avoit, les bêtes à corne s’élevent dansles prairies, le plus grand avantage qu’elles rapportent est l’engrais des terres, qui fe faitde leur fumier d’hyver. La Ville de Troyes, autrefois la plus marchande de France, esttellement tombée qu il n’y reste pas 20000 âmes au lieu de 50 Ou 60000 qui y étoientautrefois, on y tenoit deux foires franches par an qui duroient chacune quinze jours, &le débit y étoit tel aux Marchands Lorrains, Allemands, Hollandois & Anglois que laVille étoit florissante & fa réputation très-étenduë ; on prétend que de ces foires est venule Proverbe des foires de Champagne : l’établissement des foires de Lyon, fait malgrétant d’oppositions des Etats du Royaume, a diminué celle de Troyes & les guerres ci-viles des derniers Siécles les ont entierement fait cesser, le Roi les a rétablies par lettrespatentes de l’année 1697, mais il les a réduites à quinze jours, quoique le peuple dési-rât ardemment la grâce entiere. Les manufactures de la Ville font celles des toiles &de leurs blanchissages, qui occupent une grande quantité de filles & de femmes, celle dela cire, celle des serges drappées, qui est fort diminuée à cause de la cherté des laines &de leur rareté, celle de Satin & Satinades aussi fort diminuée à cause de la cherté des foyes& le manqe de débit, celle des épingles qui fe debitent assez bien, & enfin celle descuirs & des taneries, qui est réduite à rien, n’y restant que cinq taneurs qui doivent plusde 70001. de rente, de debtes de Communautez, on peut dire que nulle Ville du Royaumen’est mieux située que celle-là, pour faciliter le commerce du Païs & celui de Paris avecles étrangers ; on efpere que le travail qui s’y fait pour rendre la Seine navigable, luifera d’une grande utilité ainsi qu’à tout le Païs.
Les trois quarts de PElection de Rheims font en terres labourables, & l’autre quartpour la meilleure partie en vignobles, il y a peu ou point de prairies ; mais quelquefoisfur la frontière de la Tierarche, & vers Rocroy la moitié de ces labeurs produit du fro-ment, & l’autre moitié des seigles & avoines qui fe consomment dans le Païs, où fe ven-dent fur les frontières de la Meuse. Quoique les vins y soient éxcellens dans les bonnesannées comme les façons en font fort cheres, & que les bonnes récoltés y fout fort rares,fl est certain qu’ils apportent peu de profit au Païs, bien qu’ils soient vendus très-cherspour Paris ou par la Flandre, où la proximité des armées Pattire Lclésait beaucoup hauf-1er de prix. II n’y a presque point de bestiaux dans le Païs, ce qui fait que la viandey est fort chere, les moutons y font éxcellens, mais il y enatrès-peu, le vin est presquele seul commerce de l a Ville de Rheims ; il n’y a point d’Officier ni de bon Bourgeoisqui n’ayent des vignes, il S ’ y fabrique quantité de ces petites étoffes de laines qu’on nomme
C H A M-PAGNE.
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