DES MATHEMATIQUES. Part. IV. Liv. IX. 5/ i9tiques donnés au vieux Saturne pour l’aider dans sa décrépitude,l’abandonnèrent brusquement. II osa à la vérité prévoir leur re-tour, et en effet ils reparurent quelques mois après; mais ils seprésentèrent les années suivantes sous tant de formes différentes,qu’ils poussèrent à bout ses conjectures et celles des astronomesqui le suivirent.
Près de quarante ans s’écoulèrent , comme dit quelque partM. Cassini , dans l’admiration de ce Protée céleste , sans quepersonne réussît à le fixer. Hévélius lui-même, avec ses grandstélescopes, ne parvint qu’à le voir un peu mieux que ses pré-décesseurs, et à fixer assez bien le retour périodique des mêmespbases (t) ; au reste il ne fut guère plus éclairé sur leur cause.Nous passerons légèrement sur les diverses conjectures qu'onproposa sur ce sujet. Les seules qui méritent quelque mention ,sont celles de MM. Roberval et Cassini. Le premier soupçon-noit que le phénomène dont nous parlons, étoit causé par unamas de vapeurs qui, s’élévant sous l’équateur de Saturne, nousréíléchissoient ainsi la lumière : idée assez heureuse , et qui ap-proche assez de la vérité pour donner lieu de croire qu’elle apu aider Huygens dans sa découverte. Quant à M. Cassini, ilayoit eu la pensée que Saturne étoit environné d’un essain desatellites fort voisins les uns des autres, qui tournant autour delui, produisoient ces bizarres apparences. Mais si-tôt qu'il con-nut l’explication de Huygens, il eut la modestie et la bonnefoi d abandonner la sienne. Les hommes de génie sont ordinai-rement les premiers, ou à découvrir la vérité, ou à l’embrasserlorsqu’elle est présentée par d’autres.
M. Huygens eut enfin l’avantage de découvrir la cause desbizarres phénomènes dont Saturne fatiguoit depuis si long-tempsles astronomes. Aidé de télescopes qui étoient son ouvrage, etqui, sans être d une longueur extrême, surpassoient de beau-coup tous ceux qu’on avoit encore faits , il vit Saturne avecbeaucoup plus de distinction que tous les astronomes qui l’avoientprécédé. Ce qui avoit paru à Galilée deux globes isolés , luiparut tenir à cette planète par une longue bande de lumière.A mesure que Saturne passa dans d’autres positions à l’égarddu soleil et de la terre , il vit ses longues anses qui n’étoientque des traits de lumière , s’élargir et prendre la forme des ex-trémités d’une ellipse fort allongée. De-là Saturne poursuivantson chemin , cette ellipse lui parut continuer à s’élargir , etprendre l’apparence qu’auroit l’intervalle entre deux cerclesconcentriques vus obliquement. Ces phénomènes lui apprirentou le confirmèrent dans l’idée qu’ils étoient produits par un
(i) De Saturni nativdsade, 1649. Ged, in-fol.