5 9 o SUPPLÉMENS,
que la ville de Cadix ne fût une colonie phénicienne, et ce
ne sut pas la seule.
Au temps de Salomon, ses flottes équipées par des Phéni-ciens partoient du port de la Mer-Rouge , appelé Asiongaber ,sortoient de cette mer par le détroit de Babel-MandeL, et alloientcommercer dans l’Océan Indien. Le pays d’Ophir où ils alloient,devoit être très-éloigné, puisqu’ils mettoient trois ans à cetteexpédition. On est fort partagé sur ce pays d’Ophir que quelques-uns placent sur la côte d’Afrique où est aujourd’hui Sofala ,d’áutres dans la Tapi-obane , ou Ceylan ; d’autres dans l’île deSumatra où il y a encore un lieu qui se nomme Ophir. Lapoudre d’or et le inorfil ou les dents d’éléphant paroissent prouverque c’étoit un lieu de l’Afrique. D’un autre côté Sofala étoitbien près pour que les flottes de Salomon missent trois ans àaller et revenir, et cette identité de la côte d’Ophir avec cellede Sofala n’est guère fondée que sur une ressemblance de nomassez éloignée. Je serois porté à penser que ces Phéniciens fe-soient déjà le tour de l’Afrique, tour auquel ils mettoient troisans, parce qu’ils hyvernoient deux fois, et que l’Ophir étoitquelque lieu sur la Côte-d’Or, ainsi appelée parce qu’en effetune grande partie de ce qu’on en rapporte consiste en poudred’or ; on y trouve aussi le morfil. Quant à l’opinion de ceuxqui placent Ophir au Brésil, cela n’a aucune probabilité ; carles fleuves de ce pays-là ne donnent pas de poudre d’or, il n’yeut jamais d’éléphans au Brésil, et conséquemment de morfil.
Les Carthaginois, colonie des Phéniciens, les imitèrent. Onsait qu’ils envoyoient dans l’Océan des vaisseaux qui naviguoientiusqu’au pays de Cornouailíes dans Pile d’Albion , aujourd’huil’Angleterre. Là, ils tiroient des entrailles de la terre, ou trai-toient avec les naturels du pays, l’étain , métal précieux dansces temps reculés; c’étoient là ces fameuses îles Cassitérides,dont la connoissance étoit si précieuse, que des vaisseaux car-thaginois , suivis d’un vaisseau romain, aimèrent mieux périren se faisant échouer, que de laisser reconnoître le but et leterme de leur voyage.
Ce même peuple fit aussi des tentatives pour reconnoître fortavant les côtes de l’Afrique occidentale. II nous reste une re-lation du voyage que fit le navigateur Hannon ; qualifié parSolin de roi des Carthaginois, tandis qu’il n’en étoit qu’undes capitaines ou des amiraux.- Dodwel a regardé le périple (1)de Hannon comme fait par un Grec , mais d’après des conjec-tures assez bien établies par Bougainville (2), on est fondé à
(j) vtpl'TKit , circumnavigatto.
(j) Mémoires de l’Académie des Inscriptions , 17 55 , tome XXVL