APOLOGIE DES PHILOS. DE L’ANTIQUITÉ 655mîtes ou Arenarius , attribue nommément à Aristarquel’opiriionque le soleil est au centre de l’univers, et la terre en mou-vement autour de lui.
L’autoiité de Plutarque , quoique écrivain célèbre, n'est passi imposante qu’on ne puisse la rejetter du moins en grandepartie. II y a déjà long temps que les critiques n'adoptent qu’avecprécaution ce qu’il raconte. On s’apperçoit d’abord en le lisantqu’il est bien plus jaloux d’étaler de vastes connoissances quede mettre du choix dans ses matériaux. II est en particulieraisé de montrer qu’il n’a pas mis beaucoup d’exactitude dansson traité L)e placitis philosophoruni. Sa méprise au sujet d’A-ristarque en íaisoit une preuve ; en vain voudroit-on regardescette méprise comme une simple faute de copiste qui auroittransformé Je nom d’Aristarque en celui de Cléante , etvice versd-, mais cela n'est guère probable par ce que la fauteest répétée. On trouve au reste une nouvelle preuve de l’inexac-titude de Plutarque dans ces matières parce qu’il dit du sen-timent d’Aristarque sur la cause des phases de la lune ; sentimentconforme à la vérité, comme nous en pouvons juger par sonlivre de Magnitudinibus solis et lunae que nous avons encore.Cependant, qui le reconnoîtra dans l’énoncé de Plutarque quilui fait dire : Luna.m circa solis orbem verti , umbram que suisìnclinationìbus inferreì N’est-on pas porté à penser qu’Aris-tarque íaisoit tourner la lune autour de l’orbe ou du corps dusoleil ; et en effet, fauteur de l’origine ancienne de la physiquemoderne se l’est tellement persuadé qu’il impute cette grossièreerreur à A ristarque. Cet ancien astronome étoit bien éloignéde donner une pareille explication des phases de la lune, puisqu’ilen tire une méthode ingénieuse de mesurer la distance du soleil.Voyez ci-devant toine 1. page 208. Que signifient ces paroles dePlutarque : Umbram suis inclinationibus inferre. Elles prouventqu il n avoit nulle idée de la manière dont les phases de la luneSont produites ; si donc dans une matière si claire on voit l’iir-telligence de Plutarque en défaut, quel jugement devons nousporter de son e xactitude à nous rendre les opinions mêlées d'obs-curités des autres philosophes. Aussi Casaubon voyant les contra-dictions de Plutarque avec Diogène Laërce suspectent lesrécits du premier; et nous dirons hardiment qu’on ne doit luidonner aucune confiance, lorsqu’il impute à des hommes quiétoient les meilleurs esprits ele leur siècle des sentiment, absurdescomme la plupart de ceux qu’il rapporte.
Les autres écrivains qui se sont en quelque sorte plû à com-piler cette ridicule histoire des opinions des philosophes commeAchillesTatins, Stobée, &c. méritent encore moins de confiance -car ces derniers n’ont guèie fait que copier Plutarque. Ainsi ils