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Tome premier.
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DISCOURS PRÉLIMINAIRE

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considéré, qu’elle les respecte même ; & cotre espece de récompense , supérieure àtoutes les autres, est fans doute le moyen le plus sûr de faire fleurir les Sciences Sc leSArts; parcequec’estle Gouvernement qui donne les places , & le Public qui distribuel'estime. L’amour des Lettres, qui est un mérite chez nos voisins , n’est encore à lavérité qu’une mode parmi nous, & ne fera peut-être jamais autre chose ; mais quel-que dangereuse que soit cette mode, qui pour un Mécene éclairé produit cent ama-teurs ignorans & orgueilleux, peut-être luisommes-nous redevables de n’être pas en-core tombés dans la barbarie où une foule de circonstances tendent à nous précipiter. ,

On peut regarder comme une des principales, cet amour du faux bel esprit, quiprotégé l’ignorance , qui s’en fait honneur , & qui la répandra universellementtôt ou tard. Elle fera le fruit & le terme du mauvais goût ; j’ajoute qu’elle en ferale remede. Car tout a des révolutions réglées, & l’obfcurité fe terminera par un,nouveau siecle de lumière. Nous ferons plus frappés du grand jour après avoir étéquelque temps dans les ténèbres. Elles seront comme une espece d’anarchie très—funeste par elle-même, mais quelquefois aitile par ses fuites. Gardons nous pour-tant de souhaiter une révolution fi redoutable ; la barbarie dure des íìecles , ilsemble que ce soit notre élément ; la raison & le bon goût ne font que paflfer.

Ce seroit peut-être ici le lieu de repousser les traits qu’un Ecrivain éloquent Scphilosophe* a lancés depuis peu contre les Sciences & les Arts, en les accusant decorrompre les mœurs. 11 nous íìéroit mal d’être de son sentiment à la tête d’un Ouvragetel que celui-ci ; & l’homme de mérite dont nous parlons semble avoir donné sonsuffrage à notre travail par le zele & le succès avec lequel il y a concouru. Nous nelui reprocherons point d’avoir confondu la culture de l’esprit avec l’abus qu’on en

peut faire ; il nous répondroit fans doute que cet abus en est inséparable : mais nousle prierons d’examiner si la plupart des maux qu’il attribue aux Sciences & aux Artsne font point dus à des causes toutes différentes, dont rémunération seroit autsi lon-gue que délicate. Les Lettres contribuent certainement à rendre la société plus aima-ble ; il seroit difficile de prouver que les hommes ensont meilleurs , Sc la vertu plus

commune : mais c'est un privilège qu’on peut disputer à la Morale même. Et pourdire encore plus, faudra-t-il proscrire des loix, parce que leur nom sert d'abri à quel-ques crimes dont les auteurs feroient punis dans une république de Sauvages? Enfinquand nous ferions ici, au désavantage des connoifl'ances humaines , un aveu doncnous sommes bien éloignés, nous le sommes encore plus de croire qu’on gagnât àles détruire : les vices nous resteroient, & nous aurions l’ignorance de plus.

Einiflfons cette Histoire des Sciences , en remarquant que les différentes formesde gouvernement qui influent tant iur les esprits & fur la culture des Lettres ,déterminent auflî les efpeceS de connoifl'ances qui doivent principalement y fleurir,& dont chacune a l’on mérite particulier. 11 doit y avoir en général dans une Ré-publique plus d’Orateurs, d’Historiens, & de Philosophes; <5c dans une Monarchie,plus de Poètes, de Théologiens, Sc de Géomètres. Cette réglé n’est pourtant passi absolue , qu’elle ne puifle être altérée Sc modifiée par une infinité de causes.

ArRts les réflexions & les vues générales que nous avons cru devoir placer

* M- Rousseau de Geneve , auteur de la partie de rF.ncyclopédie qui concerne la Musique , & dont nousespérons que te Public fera très-satisfait, a composé un Discours fort éloquent, pour prouver que le rctabliipe.ment des Sciences &. des Arts a corrompu les mœurs. Ce discours a été couronné en 17J0 par l’Académie deDijon avtc !es plus grands éloges ; il a été imprimé á Paris au commencement de cette année 1751 , & a faitbeaucoup tl’houueur à son Auteur.