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Tome premier.
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45° ACT

un labyrinthe, dont f exposition fait l’en-f trée , & le dénouement la sortie.

Les poètes habiles dans leur art com-mencent le noeud le plutôt possible , & leprolongent de même , en le serrant de plusen plus. C Voyei Intrigue. )

Avant la fin du premier acle de Plphi-génie en Aulide , la situation a changédeux fois j en devenant toujours plus tra-gique :

Non , tu ne mourras point , je ríy puisconsentir....

Et fi ma fille vient , je consens qu onl’immole.,..

Je cede , & laisse aux dieux opprimerV innocence...,

Iphigénie est arrivée, Achille demande famain, 8c Calchas demande son sang: voilàdé j a le noeud formé. C’est le modele des gra-dations que le péril, le malheur, la crainte,la pitié, f intrigue, en un mot, doit avoir.

Et en effet , qu’est-ce qu’un acle ? sonnom f exprime : un degré, un pas de fac-tion. C’est par cette division de factiontotale en degrés que doit commencer letravail du poète , soit dans la tragédie ,soit dans la comédie , lorfqifil en méditele plan.

Il s’agit, par exemple , de démasquerTartuffe , ou de le voir maître de la mai-son , diviser le fils 8c le pere , dépouillerf un , amener sature à lui donner tout ionbien 8c la main de fa fille. Que fait Molièredans son premier acle ì il met fous nos yeuxle tableau de cet intérieur domestique. L’af-Cendant que Tartuffe a surf esprit d’Orgon,la prévention aveugle de celui-ci & de sasœur en faveur d’un fourbe hypocrite , 8cla mauvaise opinion qu’ade lui tout le restede la famille, le manifestent dès la premiereieene : le combat f engage ; faction com-mence avec chaleur.

Dès le second acle , après avoir tiré dela bouche d’Orgon iuí-même , f aveu del'on aveuglement pour le fourbe qui le dé-tache de ses en fans & de fa femme , &qui, cfun homme faible 8c bon , fait unhomme dénaturé, Molière lui fait déclarerque Tartuffe est f époux qu’il destine à faíîlìe ; celle-ci n’ofe refuser j & delà l’in-

A C T

cident comique qui fait la querelle des deuxamans.

Dans le troisième acle au moment queDamis croit pouvoir confondre Tartuffe ,8c que son touche au dénouement, f adresièdu fourbe, & la simplicité d’Orgon resser-rent le nœud de l’intrigue, 8c f intérêt re-double par la résolution que vient de pren-dre Orgon, pour punir fes enfans, de don-ner son bien à Tartuffe.

Dans le quatrième acle, Tartuffe est enfindémasqué 8c confondu aux yeux d’Orgon ;mais tout-à-coup le fourbe s’arme contreson bienfaicteur des bienfaits même qu’ilen a reçus ; & par fes menaces-, fondéesfur un abus de confiance , il met f alarmedans la maison.

Dans le cinquième acle, le trouble 8cfinquiétude augmentent juíqu’au momentde la révolution , & s’il y a quelque choseà deíîrer, c’est un peu moins de négligencedans les détails des dernieres feenes, & unpeu plus de développement & de vraisem-blance dans les moyens.

Les misérables critiques , en déprimantle dénouement du Tartuffe, ne ceffent derappelles ce vers :

Remette^-vous, monsieur, d’une alarmefi chaude ;

& ils oublient qu’ils parlent avec dérisiondu chef - cf œuvre du théâtre comique,cf une piece à laquelle tous les siécles n’ontrien à comparer, & qui fera peut-être troismille ans fans rivale , comme elle a étéfans modele.

L’analyfe de cette piece , relativementaux progrès de faction , suffit pour indi-quer les degrés qu’on doit pratiquer à’acleen acle & de feene en feene. Si factionfe repose deux feenes de fuite dans lemême point , elle fe refroidit. 11 fautqu’elle chemine comme f aiguille d’unependule. Le dialogue marque les secondes,les feenes marquent les minutes, les nâesrépondent aux heures. C’est pour rfavoirpas observé ce progrès sensible & continu ,que l’on s’est si souvent trouvé à froid.On efpere remplir les vuides par des dé-tails ingénieux ; mais l’intérêt languit ; 8cl’on peut dire de f intérêt , çç qu u» poète’