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Tome troisième.
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ART

dite, s’appellent art. Si l’objet est contem- 'plé feulement fous différentes faces, la col-lection & la disposition technique des obser-vations relatives à cet objet , s’appellentscience; ainsi la métaphyfigueed une science,& la morale est un art. Il en est de même dela théologie Sc de la pyrotechnie.

Spéculation & pratique d’un art. Il est évi-dent par ce qui précede, que tout art u saspéculation Sc sa pratique ; sa spéculation ,qui n’est autre chose que la connoiísance ino-pérative des réglés de l 'art , fa pratique, quin’est que l’uíàge habituel Sc non réfléchides mêmes réglés. Il est difficile, pour nepas dire impossible , de pouffer loin la prati-que fans la spéculation , Sc réciproquementde bien pofféder la spéculation sans la prati-que. Il y a dans tout art un grand nombrede circonstances relatives à la matière, auxinstrumens & à la manœuvre , que l’usageseul apprend. C’est à la pratique à présenterles difficultés & à donner les phénomènes,Sc c’est à la spéculation à expliquer les phé-nomènes Sc à lever les difficultés : d’où il«'enfuit qu’il n’y a guere qu’un artiste sa-chant raisonner , qui puifle bien parler deson art.

Dijlribution des arts en libéraux & en mé-diatiques. En examinant les productions desarts on s’estapperçu que les unes étoientplusl’ouvrage de l’esprir que de la main, Sc qu’aucontraire d’autres étoient plus l’ouvrage dela main que de l’esprít. Telle est en partiel’origine de la prééminence que l’on a accor-dée à certains arts fur d’autres, & de ladistribution qu on a faite des arts en artslibéraux Sc en arts médiatiques. Cette dis-tinction , quoique bien fondée, a produitun mauvais effet, en avilissant des genstrès-estimables Sc très-utiles, Sc en fortifiantcn nous je ne fais quelle pareííè naturelle, quine nous portoit déja que trop à croire quedonner une application constante & suivieà des expériences Sc à des objets particuliers,sensibles &c matériels, c’étoit déroger à ladignité de l’esprit humain ; Sc que de prati-quer ou même d’étudierlesarfj médiatiques,c’etoit s’aba.ffer à des choses dont la recher-che est laborieuse , la méditation ignoble ,1 exposition difficile, le commerce déshono-rant , le nombre inépuisable, & la valeurHÚnutiellc : Minui majefiatem mentis huma-

ART 45-

na l fi in expetimentis & rébus partìculari-bus , ôcc. Bac. nov. org. Préjugé qui tendoità remplir les villes d’orgueiUeux raisonneursSc de contemplateurs inutiles, Sc les cam-pagnes de petits tyrans ignorans, oisifs Sc dé-daigneux. Ce n’est pas ainsi qu'ont penséBacon , un des premiers génies de l’Angle-terre; Colbert, un des plus grands ministresde la F r ance ; enfin les bons esprits Sc leshommes sages de tous les temps. Bacon re-

f 'ardoit l’histoire des arts médiatiques commea branche la plus importante de la vraie phi-losophie , il n'avoit donc garde d'en mépri-ser la pratique. Colbert regardoit l’induftriedes peuples Sc rétablissement des manufac-tures , comme la richesse la plus sûre d’unroyaume. Au jugement de ceux qui ont au-jourd’hui des idées faines de la valeur deschoses , celui qui peupla la France de gra-veurs , de peintres , de sculpteurs Sc d’artis-tes en tout genre ; qui surprit aux Anglois lamachine à fit ire des bas, le velours aux Gé-nois , les glaces aux Vénitiens , ne fit gueremoins pour l’état que ceux qui battirent sesennemis Sc leur enlevèrent leurs places sor-tes ; & aux yeux du philosophe il y a peut-être plus de mérite réel à avoir fait naîtreles le Bruns, les le Sueurs , & les Audrans ;peindre Sc graver les batailles d’Alexandre ,Sc exécuter en tapisserie les victoires de nosgénéraux , qu’il n’y en a à les avoir rempor-tées. Mettez dans un des côtés de la balanceles avantages réels des sciences les plus subli-mes Sc des arts les plus honorés, Sc dansl’autre côté ceux des arts médiatiques, Scvous trouverez que l’estime qu’on a faite desuns Sc celle qu’on a faite des autres, n’ontpas été distribuées dans le juste rapport deces avantages, Sc qu’on a bien plus loué leshommes occupés à faire croire que nousétions heureux , que les hommes occupés àfaire que nous le fussions en effet. Quelle bi-sarrerie dans nos jugemens ! nous exigeonsqu’on s’occupe utilement, & nous mépri-sons les hommes utiles.

But des arts en général. L’homme n’estque le ministre ou l’interprete de la nature ;il n entend & ne fait qu’autant qu’il a deconnoissance ou expérimentale ou réfléchiedes êtres qui l’environnent. Sa main nue ,quelque robuste, infatigable & souple qu’ellesoit , ne peut suffire qu’à un petit nombre