Band 
Tome troisième.
Seite
464
JPEG-Download
 

4^4 ART

proposer un but p!us digne de l 'art Sc d’eux-mêmes, ils se contentent de chatouiller pard’agréables images les appétits sensuels del'ame.

11 c fl: évident, Sc nous savon s déj a observé,que ce n est que pour servir d’appât ëc d'in-dice à ce qui est bon, que la nature emploiela beauté : ce ne doit donc être égalementque pour tourner notre attention vers lebien , Sc nous le faire chérir, que les artsdéploient le charme qui leur est propre. S’ilsn’ont pas ce but, ils n’intéreífent que bienpeu le genre humain, Sc ne peuvent mériterni l’estime du íage, ni la protection desgouverncmens , au lieu que par les foins &la vigilance d’une politique éclairée , lesbeaux-arts feront les principaux instrumensdu bonheur des mortels.

Concevons les beaux-arts parvenus à toutela perfection dont ils font lufceptibles, &universellement accueillis chez une nation :examinons les avantages multipliés qu on enretirera. Là , tout ce qu on verra , tout cequ'on entendra , portera l’empreinte dc labeauté & des grâces : le séjour des citoyens,leurs maisons, le mobilier , les vêtemens,tout ce qui environnera les hommes y fera,grâce à ^influence du bon goût & à la cul-ture des talens Sc du génie , également beau&c parfait, Sc sur-tout cet indispensable &merveilleux organe destiné à communiqueraux autres ce que son pense Sc ce que sonlent : 1 oeil ne pourra promener ses regardsd’aucuncôté, soreille ne sera frappéed’aucunson, que les sens internes ne soient en mêmetemps émus par le sentiment de sordre, dela convenance & de la perfection : tout yexcitera seíprit à s’occuper d’objets propresà le former toujours plus, Sc tout y feranaître dans le coeur une douce senlibilité ;effet naturel des sensations agréables quechaque objet fournira. Ce que la naturefait dans les climats les plus heureux , lesbeaux-arts le font partout où ils brillent deleurs ornemens naturels ( Vaye^ ci-devantArchitf.ctureJ. Toutes les forces de famése développent Sc s’épurent nécestairement deplus en plus dans un homme dont seíprit & lecœur sont à chaque instant frappés & touchéspar des perfections de tous les genres. Lastupidité , siníeníìbilité de shomme inculteëc grossier diljparoît peu à peu ; d'un animal

ART

sauvage, il se forme un homme dont seípritest rempli d’agrémens, Sc dont le caractèreinspire samitié.

Un frit peu connu, mais qui n'en est pasmoins vrai, c est que shomme doit sa prin-cipale institution à l’influencedes beaux-arts.Si d'un côté j’admire le bon sens des anciensphilosophes cyniques, Sc le courage aveclequel ils s’efforçoient de faire rentrer dansletat.primitif de la nature inculte , ceux quiétoient nés, Sc qui vivoient au milieu d'unpeuple livré au luxe, & plongé dans la mol-leíle par l’abus des beaux-arts ; d’un autrecôté , je fuis indigné de voir l'ingratitude deces philosophes célébrés , qui auroient vouluanéantir les beaux-arts auxquels ils étoientredevables de ce qu'ils avoient de plusprécieux, O Diogene, d’où te provenoitcette fine plaisanterie que tu exerçois avectant d’amertume fur les sottises de tes conci-toyens ? Où avois-tu puilé ce sentimentdélicat qui saiíîffoit avec tant de vivacité lemoindre ridicule , sùt-il même déguisé sousles dehors d’une sageste austere ? Commentpouvois-tu, au milieu d'Athènes ou deCorinthe , concevoir le deílein de retournerà fêtât de pure nature? N’étoit-il pas absurdede vouloir sintroduire dans un pays où lesbeaux-arts avoient déja fait sentir toute leurinfluence ? Il auroit fallu pouvoir auparavanteffacer dans les eaux du Lethé , toutesles impressions que les beaux-arts avoientproduites fur ton esprit & fur ton cœur.Mais alors tu n'aurois plus osé vivre parmiles Grecs : pour trouver une retraite où tupusses vivre Sc penser librement selon tesprincipes, il ne te seroit resté d'autre partique de rouler ton tonneau juíqu’à la hordedes Scythes la plus méprisable Sc la plusreculée. Et toi, meilleur Diogene , qui visparmi les Grecs modernes, illustre Roufleau!avant de former une accuíation publiquecontre les Muses, tu devois leur restituer ceque tu tenois d éliés. Mais alors ton plai-doyer auroit été bien foible ! Ton cœur, figénéreux d’ailleurs, n’a pas senti combientu devois de reconnoiflànce à celles dont tusollicitois la proícription.

Les observations précédentes ne concer-nent encore que l’effet le plus univeríel desbeaux-arts en général ; effet qui confistedans l’aífinage de ce sons moral qu on nomme

le