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de l’ame un être purement raisonnable. Leurphysiologie étoit parsemée d’images & defictions , dont le but ne pouvoit être que deréveiller le sentiment par la force de l’ima-gination : aucune secte n a eu plus de íbind’animer les oracles de la raison , par tousles charmes de l’éloquence.
L’homme de la nature n’est qu’un êtregrossièrement sensuel, qui n’a d’autre butque la vie animale : l’homme des stoïciens,tel qu’ils l’imaginoient, fans pouvoir jamaisle réaliser, eût été la raison toute pure, un êtretoujours occupé à connoître Sc n’agissant ja-mais, l’homme formé parles beaux-arts tientexactement le milieu entre ces deux extrê-mes ; il est en même temps intelligent & sen-suel ; mais fa sensualité provient d’une sen-sibilité épurée, qui en fait un être moral& actif.
Ne dissimulons cependant rien : les beaux-arts peuvent aisément devenir pernicieux àl’homme, semblables à l’arbre du jardind’Eden , ils portent les fruits du bien & dumal : ils perdront l'homme qui en fera unusage indiscret. Une sensualité rafinée a dessuites funestes , dès qu'elle n’est pas constam-ment dirigée par la raison : les extravagancesdes enthousiastes , soit qu’ils aient pourobjet la politique, l’amour ou la religion;les écarts ^imagination où donnent les sectesfanatiques, & quelquefois des nations entie-res , qu’est-ce autre chose que l'estor d’unesensualité rasmée , exaltée , & destituée dufrein de la raison ? De la même source vientencore cette molleste de Sybarite, qui faitde l’homme une créature foible , dégradéeSc méprisable. Au fond , c’est une seule &même sensibilité qui crée les héros & les fous ;les saints & les scélérats.
Quand l’énergie des beaux-arts tombeentre des mains persistes, le plus excellentdes remedes devient un poison mortel : caralors le vice reçoit l’aimable empreinte de lavertu ; Sc l’homme attiré par ces dehorstrompeurs , va dans l’étourdissement del’ivrestê íe jeter Sc se perdre dans les brasde la séductrice. Il est donc indispensablede soumettre l’emploi Sc l’usage des beaux-arts à la direction de la raison.
Vu leur extrême utilité, les arts méritentque la saine politique les encourage effica-cement, les soutienne puissamment, &les
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répande parmi les divers ordres de citoyens ;mais à cause du dangereux abus qu’on enpeut faire , cette même politique doit enrestèrrer l’emploi dans les bornes indiquéespar leur utilité même.
En premier lieu, à ne considérer que lessimples avantages du bon, Sc les mauxqu’entraîne nécessairement un goût dépravé,une législation vraiment sage ne devroit per-mettre à aucun particulier de gâter le goûtde ses concitoyens, ni par conséquent debâtir des maisons, ou de tracer des jardinsaster magnifiques au dehors & au dedanspour attirer l’attendon, si d’ailleurs il y régnéen même temps quelque défaut sensible dejugement ; si l'on y apperçoit, par exemple,des parties ridicules, baroques ou extrava-gantes.
Il devroit être défendu à tout artiste d’exer-cer son art, avant d’avoir donné outre lespreuves de son habileté , des preuves toutesparticulières de son jugement , Sc même dela droiture de sos intentions.
Le législateur doit être convaincu qu’il esttrès-important, non-feulement que les édifi-ces & les monumens publics, mais aussi quetout objet visible travaillé par les arts mêmeméchaniques , porte Remprunte du bongoût, de la même maniéré que l’on veille àce que , non seulement l’argent monnoyé ,mais encore la vaisielle ait la marque de sonvrai titre. Un magistrat sage ne se contentepas de profiter de l’influence des beaux-artspour rendre plus énergiques Sc plus avan-tageuses aux citoyens les réjoui stances, lesfêtes publiques, & les cérémonies solemnelles ;il a foin même que chaque fête domestique,chaque usage privé conduise au même but Scpar la même voie.
Mais ce qui mérite une attention plus dis-tinguée de la part de ceux aux soins de qui lebonheur des citoyens est confié, c est la lan-gue , cet instrument le plus important, & leplus universel dans nos principales opérations.Rien ne préjudicie plus à toute une nationqu’un langage barbare , dur , incapable debien rendre la délicatesse des sentimens, &la finesse des pensées. La raison Sc le goût íeforment Sc s’étendent dans la même propor-tion dans laquelle la langue se perfectionne,puisqu’au fond le langage n’est autre choseque la raison Sc le goût transformés en