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Tome troisième.
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Remarquez que les elpeces subordonnéesà leur genre, font distinguées les unes desautres par quelque propriété essentielle; ainsil’espece humaine est distinguée de l’especedes brutes par la raison Sc par la conforma-tion ; les plumes Sc les ailes distinguent lesoiseaux des autres animaux , &c.

Chaque efpece a donc un caractère pro-pre qui la distingue d’une autre efpece, com-me chaque individu a son suppôt particulierincommunicable à tout autre.

Ce caractère distincts, ce motif, cetteraison qui nous a donné lieu de nous formerces divers noms d’eípece , est ce qu on ap-pelle la différence.

On peut remonter de l’individu jusqu augenre suprême , médor , chien , animal , être ;c est la méthode par laquelle la nature nousinstruit ; car elle ne nous montre d’abordque des êtres particuliers.

Mais lorsque par f usage de la vie on a acquisune suffisante provision d’idées particuliè-res , & que ces idées nous ont donné lieud’en former d’abstraites & de générales,alors comme l'on s'entend íoi-même, onpeut se faire un ordre selon lequel on des-cend du plus général au moins général,suivant les différences que l'on observe dansles divers individus compris dans les idéesgénérales. Ainsi en commençant par l'idéegénérale de l'être ou de la substance , j’ob-• serve que je puis dire de chaque être parti-culier qu il existe : ensuite les différentes ma-niérés d'txister de ces êtres, leurs différen-tes propriétés, me donnent lieu de placerau-deffous de l’être autant de claffes ou es-paces différentes que j'obferve de propriétéscommunes seulement entre certains objets,Sc qui ne se trouvent point dans les autres :par exemple, entre les êtres j’en vois quivivent, qui ont des sensations, &c. j'enfaisune classe particulière que je place d'un côtéfous être Sc que j'appelle animaux ; Sc del’autre côté je place les êtres inanimés; enforte que ce mot être ou substance est commele chef d’un arbre généalogique dont ani-maux Sc êtres inanimés font comme les des-cendans placés au-dessous, les uns à droiteSc les autres à gauche.

Ensuite sous animaux je fais autant declaffes particulières, que j’ai observé de dif-férences entre les animaux ; les uns mar-

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cbent, les autres volent, d'autres rampent ;les uns vivent fur la terre & mourroient dansl'eau ; les autres au contraire vivent dansl’eau Sc mourraient fur la terre.

J’en fais autant à l’égard des êtres inani-més ; je fais une classe des végétaux, uneautre des minéraux ; chacune de ces clas-ses en a d’autres fous elle, on les appelle lesefpeccs inférieures , dont ensin les dernieresne comprennent plus que leurs individus,Sc n’ont point d’autres espaces fous elles.

Mais remarquez bien que tous ces noms,genre , efpece , différence , ne font que destermes métaphysiques , tels que les nomsabstraits humanité , bonté , & une infinitéd’autres qui ne- marquent que des considé-rations particulières de notre esprit, sansqu’il y ait hors de nous d’objet réel qui soitou efpece, ou genre , ou humanité, Sec.

L’usage où nous sommes tous les jours dedonner des noms aux objets des idées quinous représentent des êtres réels , nous aporté à en donner auffi par imitation auxobjets métaphysiques des idées abstraitesdont nous avons connoiffance : ainsi nous1 en parlons comme nous faisons des objetsréels ; en sorte que l’ordre métaphysique aauffi ses noms d’eípeces & sos noms d’indi-vidus : cette vérité , cette vertu , ce vice »voilà des mots pris par imitation dans uusens individuel.

Id imagination , Vidée , le vice , la vertu ,la vie , la mort , la maladie , la santé , la fiè-vre , la peur , le courage , la force , l’être ,le néant, la privation , Scc. ce sont-là enco-re des noms d’individus métaphysiques, c’est-à-dire qu’il n’y a point hors de notre espritun objet réel qui soit le vice , la mort , lamaladie , la santé , la peur , Scc. cependantnous en parlons par imitation Sc par analo-gie , comme nous parlons des individusphysiques.

; C’est le besoin de faire connoître aux au-tres les objets singuliers de nos idées, Sccertaines vues ou maniérés particulières deconsidérer ces objets, soit réels, soit abs-traits ou métaphysiques ; c’est ce besoin ,dis-je , qui, au défaut des noms proprespour chaque idée particulière , nous a donnélieu d'inventer, d’un côté les noms d’elpece& de l’autre les adjectifs prépositifs, qui en, font des applications individuelles. Les ob-