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Tome troisième.
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la société, consistoit en ce qu'il exclut laconnoiflance du bien Sc du mal moral,cette connoiflance étant postérieure à cellede Dieu. C'est pourquoi le premier ar-gument dont M. Bayle fait usage pourjustifier] l’athéisme , c'est que les athéespeuvent conserver les idées par lesquelleson découvre la différence du bien & dumal moral ; parce qu’ils comprennent,auíïi-bien que les déistes ou théistes, lespremiers principes de la morale Sc de lamétaphisique ; & que les épicuriens quinioient la providence, Sc les stratoniciensqui nioient f existence de Dieu , ont euces idées.

Pour connoître ce qu’il peut y avoir devrai ou de faux dans ces argumens, ilfaut remonter jusqu’aux premiers principesde la morale ; matière en elle-même claireSc facile à comprendre , mais que lesdisputes Sc les subtilités ont jetée dansune extrême confusion. Tout 1 édifice dela morale-pratique est fondé fur ces troisprincipes réunis, savoir , le sentiment mo-ral , la différence spécifique des actionshumaines , & la volonté de Dieu. Rap-pelle sentiment moral cette approbation dubien , cette horreur pour le mal, dontl’instinct ou la nature nous prévient anté-rieurement à toutes réflexions fur leur ca-ractère & fur leurs conséquences. C'est-làla premiere ouverture , le premier princi-pe qui nous conduit à la connoiflanceparfaite de la morale, & il est communaux athées auíïï-bíen qu’aux théistes. I/insi-tinct ayant conduit f homme jusque-là, lafaculté de raisonner qui lui est naturelle,le fait réfléchir sur les fondemens de cetteapprobation & de cette horreur. Il décou-vre que ni f une ni l’autre ne font arbi-traires , mais qu elles font fondées fur ladifférence qu’il y a essentiellement dansles actions des hommes. Tout cela réim-posant point encore une obligation aflezforte pour pratiquer le bien Sc pour évi-ter le mal, il faut nécessairement ajouterla volonté supérieure d'un législateur, quinon-seulement nous ordonne ce que noussentons & reconnoiflons pour bon, maisqui propose en même temps des récom-penses pour ceux qui s’y conforment, &ues châtimens pour ceux qui lui desobéis-

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sent. C'est le dernier principe des préce-ptes de morale ; c'est ce qui leur donnele vrai caractère de devoir : c'est doncfur ces trois principes que porte tout l’é-difice de la morale. Chacun deux estsoutenu par un motif propre & particu-lier. Lorsqu'on íe conforme au sentimentmoral, on éprouve une sensation agréa-ble : lorsqu'on agit conformément à la dif-férence eflèntielle des choses, on concourtà l’ordre Sc à l’harmonie de l’univers ; Sclorsqu'on se soumet à la volonté de Dieu,on s’aflure des récompenses, & l’on évitedes peines.

< De tout cela , il résulte évidemmentces deux conséquences : i°. qu’un athéene sauroit avoir une connoiflance exacteSc complette de la moralité des actions hu-maines proprement nommée : a°. que lesentiment moral & la connoiflance desdifférences essentielles qui spécifient lesactions humaines , deux principes donton connoît qu’un athée est capable, neconcluent néanmoins rien en saveur del’argument de M. Bayle ; parce que cesdeux choses , même unies , ne suffisentpas pour porter Xathée à la pratique dela vertu , comme il est nécessaire pour lebien de la société , ce qui est le pointdont il s'agit.

Voyons d’abord comment M. Bayle aretendu prouver la moralité des actionsumaines, suivant les principes d’un stra-tonicien. Il le fait raisonner de la manié-ré suivante : « La beauté, la symmétrie ,

- la régularité, l’ordre que l'on voit dans

> l’univers , font l’ouvrage d'une nature

- qui n'a point de connoiflance ; Sc en-j core que cette nature n'ait point suivi

- des idées , elle a néanmoins produit

> une infinité d’especes , dont chacune a

- ses attributs essentiels. Ce n’est point en

- conséquence de nos opinions que le feu

- 6c l’eau diffèrent despece, Sc qu’il y a

- une pareille différence entre l’amour Sc

> la haine , Sc entre l'affirmation Sc la

- négociation. Cette différence spécifique. est sondée dans la nature même des

> choies : mais comment la connoiflons-

- nous ? N’est-ce pas en comparant les

- propriétés essentielles de l’un de ces êtres

> avec les propriétés essentielles de l’au-

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