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heures avec une pelle de bois. Ils ran-gent ensuite dans le cuvier cent livresde coton filé qu’ils mettent en pente ,c’est-à-dire, qu’ils couchent horizontale-ment après l’avoir lié avec des ficellesqui ont bouilli dans l’eau. Après cetteopération ils travaillent le coton commes’ils vouloient le dëcruser , c’est-à-dire ,le cuire avec du savon , & ils le laistbnttremper pendant deux heures. Le cotonétant imbibé de cette eau , on le portedans une chaudière exactement couvertedans laquelle on le fait bouillir pendantquatre heures ; lorsqu’il est refroidi, onle foule dans la riviere avec les pies pen-dant une heure , on le tord Lc on l’étendfur des perches pour le faire sécher ausoleil.
Lorsqu’on veut faire lessiver le cotonavant de le filer, on le met, couvertd’une toile , dans une suffisante quantitéd’eau où il y a cinquante livres de cen-dres de bois neuf & vingt livres de cen-dres de côtes de tabac. On coule cettelessive pendant trente-six heures , & onla pastè très-chaude. Lorsque le coton estrefroidi, on le fort du cuvier , on l’étendsur le pré où il demeure au soleil pendantseize jours ; on le retourne tous les quatrejours ; on le porte ensuite à la riviere poury être lavé comme ci-desiùs, on l’étendfur des perches pour être exposé au soleilpendant dix jours , & on le retourne cha-que jour. Cela fait, on met quatre oncesd’indigo dans un mortier dans lequel onles pile bien , & où l’on jette de l’eaubouillante qu’on retire à mesure qu’ellese colore ; on continue ainfi jusqu’à cequ’il ne reste plus d’indigo au fond dumortier.
Lorsque les cent livres de coton, qu’ona mises dans le cuvier , ne font pas assezazurées , on y remet de l’indigo ; aprèsquoi on les tord , on les bat, on les re-tourne , & on les étend fur des perches ;on les pend ensuite au plancher dans unechambre où il n’y ait qu’une ouvertureou une cheminée ; après quoi on metdans un réchaud , ou dans une terrine , dela cendre chaude fur laquelle on répanddeux livres de soufre grossièrement pilé ,auquel on met le feu. La chambre étant
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restée fermée pendant douze heures, oaen tire le coton qui est d’un três-beaublanc.
Les mousselines fines font bien les ou-vrages les plus délicats & les plus beauxqui se fassent avec le coton filé , maisce ne font pas les seuls qu’on en fabrique ,on en fait des bas, des camisoles, destapisseries, des couvertures, des futaines :on travaille le coton comme le velours :il y a une infinité d'étoffes où cette ma-tière se trouve tissue avec la soie, le fil& d’autres matières.
II nous vient des Indes, par le retourdes vaisseaux de la compagnie , grandnombre d’efpeces différentes de mousseli-nes , comme les mallemoles , les betilles yles adatais , &c. II y a de ces mousse-lines qui font unies & d’autres qui fontbrodées. En Hollande , en Suisse , onbrode beaucoup de mousselines qui se ven-dent comme ouvrage des Indes ou dePerse : on y fabrique aussi des mousseli-nes qui ne sont guere inférieures à cellesdes Indes, Les estais qui ont été faits parfeu M. Longuet, curé de S. Sulpice ,par M. Jore à Rouen , & en dernier lieuen Dauphine & à Lyon , font des preu-ves convaincantes qu’il nous fera facile ,quand nous voudrons, de filer des cotonsaussi parfaitement qu’aux Indes ; & toutesles circonstances devenant favorables, onpourroit parvenir à les donner à aussi bonmarché.
Les plus beaux cotons filés font ceuxde damas, appellés cotons d’once : ceuxde Jérusalem qu’on nomme ba\acs , &les cotons des îles Antilles. La filaturede Rouen donne aussi de très-beaux co-tons filés. La nouvelle efpece de carde ,façon d’Angleterre , dont on fait usage ,n’a pas peu contribué de donner aux cotonsfilés la perfection que l’on cherche : cescotons doivent être blancs, fins, unis ,très-purs, & Je plus également filés qu’ilest possible.
Les fabriques de mousselines qui fe fontélevées aux environs de Rouen, font toutesles années de nouveaux progrès : il en fortdes mousselines de toutes fortes de desseins »à grandes & petites raies, à carreaux , àfleurs, à jour.