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Tome neuvième.
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COULANT , s. m. en terme de Bou-tonnier } est: un morceau de bois un peuarrondi fur ses extrémités, & percé entravers ; le coulant couvert sert de nœudaux cordons de canne, de montre , &autres cordons de trestès. Les coulant desgrands guides pour les chevaux , fontbeaucoup plus gros que les autres & per-cés d’un trou quarré de la forme desguides. Voye^ GUIDES ou TRESSES.

Coulant , outil d’Orfèvrerie } c’estun anneau de fer, qui sert à faire join-dre les mâchoires d’une tenaille enresserrant ses branches , qui , dès quel’anneau est lâché , s’écartent d’elies-mêmes au moyen d’un reíìòrt fixé fur Tunedes deux. La tenaille de cette efpeces’appelle tenaille à coulant , du nom deson anneau. Elle fort aux Orfèvres &aux Horlogers, siir-tout quand il s’agitde faire entrer les goupilles dans lescharnières.

COULANT , terme de Jouailler , or-nement de cou pour les femmes ; ce n’estquelquefois qu’un chaton â pierre feule,plus souvent c’est une pierre entourée enforme de rosette : il s’attache au milieudu collier, perpendiculairement à la croix.

COULANT, TE, adj. {Beaux-Arts.)On donne ce nom à un ouvrage quioccupe notre esprit d’une maniéré sou-tenue & toujours également forte , fansembarras ni empêchement. La dénomi-nation est prise d’une eau qui coule dou-cement , avec une vitesse modérée , &toujours la même. On dit d’un morceaud’éloquence , ou de Poésie , qu’il estcoulant } quand ni l’oreille , ni l’ame deJ’auditeur n’est point frappée par secous-ses ; quand toutes les parties fo suiventd’une maniéré aisée , & que l’attentionest doucement entraînée sans être ni fon -siblement interrompue , ni plus forte-ment excitée. Une piece de musique estcoulante , quand les tons s’y succèdentfans contrainte , & qu’îls n’excitent pointde surprise subite en nous. Enfin un destinest coulant f quand les contours ne sontni interrompus, ni austères, que les sinuo-sités ne font ni trop fortes ni trop brusques,jqu’ellesjfo succèdent doucement l’une àl’autre , en formant de belles parties

COU

gracieusement & légèrement liées entreelles.

Ainsi le coulant est précisément suppo-sé du raboteux & du sautillant ; il estaussi à quelques égards opposé au stylevif, animé , impétueux.

L’estet du coulant , est d’abord de plairepar 1a légèreté ; ensuite d’agir doucementsur l’esprit, de l’entraîner agréablement& insensiblement d’une idée à sautre,& de l’entretenir dans une contemplationtranquille, qui le conduit néanmoins pardes degrés imperceptibles à une émotionagréable.

II résulte de là qu’on ne doit employerle coulant que dans les ouvrages, ou dansles parties d’un ouvrage qui font destinésà faire des impressions lentes & successi-ves fur l’esprit. II seroit un défaut dansles ouvrages qui doivent nous surpren-dre , nous entraîner avec violence , enun mot produire en nous des sensationsfortes & vives. Le coulant est réservéaux productions de pur agrément , & àcelles qui font faites pour toucher dou-cement. Les passons tranquilles, quoiqueprofondément gravées dans l’ame , lesriants écarts de l’imagination , & ce quin’est destiné qu’à l’amusement de l’esprit,tous ces sujets demandent également d’étretraités d’une maniéré coulante.

Virgile dans ses descriptions de scenesagréables ; Ovide & Euripide dans lespassions douces , & les tableaux gra-cieux ; Phedre & la Fontaine dans leursfables , font toujours coulants. La plupartdes airs de Graun , sont des modelésd’une mélodie coulante.

Quelque estimable néanmoins que soitle coulant , ce seroit un indice ' bienfor d’un petit; génie ou d’un goût faux,que d’exiger que dans les ouvrages del’art tout fût coulant. Ce seroit bien sou-vent leur enlever leur plus grand ester.Le coulant hors de fa véritable place estun défaut réel. 11 seroit ridicule quedans un danger éminent, l’orateur cher-chât à être coulant dans fa harangue. Lespassons fortes & violentes n’ont pointce style.

Au reste pour parvenir à être coulant ,il ne faut pas moins que la finesse du

sentiment,