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Tome neuvième.
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<1e l’idée d’un danger ou d’un péril pro-chain , je la nomme peur. Voye\ PEUR.

Ainsi la crainte est cette agitation , cetteinquiétude de notre ame quand nous pensonsà un mal futur quelconque qui peut nousarriver ; c’est une émotion désagréable ,triste, amere , qui nous porte à croire quenous n’obtiendrons pas un bien que nousdésirons & qui nous fait redouter un acci-dent, un mal qui nous menace, & méme unmal qui ne nous menace pas, car il régné icisouvent d u délire. Un état si fâcheux affecteservilement à quelques égards plus ou moinstous les hommes & produit la cruauté dansles tyrans.

Cetre passion superstitieuse se sent de l’ins-tabilité des événemens futurs pour séduirel’esprit do,n t elle s’empare pour y jetter letrouble & l’efffoi. Prévenant en idée lesmalheurs qu’elle suppose, elle les multiplie,elle les exagere, & le mal qu’elle appréhendeluit toujours à ses yeux. » Elle nous tour->, mente, dit Charron, avec des marques de}> maux comme Ton fait des fées aux petits„ etifans ; maux qui ne font souvent maux,1 que parce que nous les jugeons tels ». Lafrayeur que nous en avons tes réalise & tirede notre bien même, des raisons pour nousen affliger. Combien de gens qui font de-venus misérables de peur de tomber dans lamisere , malades, de peur de ferre ? Sourceféconde de chagrins, elle n’y met point debornes ni d'adoucissement. Les autres mauxfe ressentent pendant qu’ils e istent, & lapeine ne dure qu’autant que dure la cause :mais la crainte s’étend íur le passé , fur leprésent, fur Pavenir qui n’est point & quipeut-être ne fera jamais. Ennemie de notrerepos , non-seulement elle ne connolt quele mal, souvent à fausses enseignes , maiselle écarte , elle anéantit pour ainsi dire lesbiens réels dont nous jouissons , & fe plaît àcorrompre toutes les douceurs de la vie.Voilà donc une passion ingénieusement ty-rannique , qui loin de prendre le miel desfleurs, n’en suce que l’amertume & court degayeté de cœur au- devant des tristes songesdont elle est travaillée.

Ce n’ost pas tout de dire qu’eîle empoi-sonne le bonheur de l’homme , il faut ajou-ter qu’elle lui est à jamais inutile. Je fais, quequelques gens la regardent comme la fille de

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la prudence , la mere de la précaution & parconséquent de la sûreté. Mais y a-t-il riende si sujet à être trompé que la prudence ?mais cette prudence ne peut-elle pas êtretranquille ? mais la précaution ne peut-ellepas avoir lieu fans mouvemens de frayeur ,par une ferme & sage conduite ? Convenonsque la crainte ne sauroit trouver d’apologie;& je dirois presque, avec mademoiselleScudery , qu’il n’y a que la crainte de l’a—mour qui soit permise & louable.

Celle que nous venons de dépeindre , ason origine dans le caractère , dans la viva-cité inquiété , la défiance, la mélancolie ,la prudence pusillanime , le manque de nerfdans l’esprit, l’éducation , l’exemple , &c.

II faut de bonne heure rectifier ces mal-heureuses sources par de fortes réflexionsfur la nature des biens & des maux ; fur l’in—certitude des évenemens qui font naîtrequelquefois notre salut des causes dont nousattendions notre ruine ; fur l’inutilité de! cette pafflon, fur les peines d’esprit qui l’ac*

' compagnent & sur les inconvéniens de s’y■ livrer. Si le peu de fondement de nos crain-tes n’empêche pas qu’elles soient attachéesaux infirmités de notre nature ; si leurs tris-tes suites prouvent combien elles font dan-gereuses , quel avantage n’ont point les hom-mes. philosophes qui les foulent aux piés ìCeux à qui l’imagination ne fait point appré-hender tout ce qui est contingent & possible,ne gagnent-ils pas beaucoup à penser si sage-ment ? Ils ne souffrent du moins que ce quiest déterminé par le présent, & ils peuventalléguer leurs souffrances par milles bonnesréflexions. Essayons donc notre courage âce qui peut nous arriver déplus fâcheux ; dé-fions, les malheurs par notre façon de penser& saisissons les armes de la fortune : enfin ,comme la plus grande crainte , la plus diffi-cile à combattre , est celle de la mort, ac-coutumons-nous à considérer que le momentde notre naissance est le premier pas qui nousmene à la destruction , & que le dernier pasc’est celui du repos. L’intervalle qui les sé-pare , n’est qu’un point , eu égard à la duréedes êtres, qui est immense. Si c’est dans cepoint que l’homme craint, s’inquiete & fetourmente fans cesse, on peut bien dire quefa raison n’en a fait qu’un fou. Article deM.le Chevalier DE JAUCOURT.

* Crainte »