Band 
Tome neuvième.
Seite
938
JPEG-Download
 

9;8 CRI

de différentes qualìte's : mais comment lamatière cuite, si elle est peu éloignée de fê-tât de santé y peut-elle irriter la vie & cau-ser une révolution subite ? commentest-elledouée de différentes qualités, prcedita va-riis conditionibus , si elle est peu éloignéede l’état de santé ?

D’ailleurs Boerhaave assure ( §. 941 )que Y évacuation critique qui arrive à unjour critique , est bonne ; que la doctrined’Hippocrate ( §. 942.. Haller, comm. ) furles jours indices , le quatre indice du sept ,le cinq du neuf , ne trompe pas lorsqu’onlivre la nature à elle-même : lice c non fal-lunt quamdiu naturce morbum committis,neque te immisces curationi ; il ajoute ( §.941. Hall. ) que la crise qui se fait en Nor-l'ege eft différente de celle qui se fait enGrece , & que celle qui se fait dans unefemme différé de celle qui fe fait dans unhomme. 11 dit ( §. 1178 ) , après avoirfait un détail des remedes , correffifs , desacrimonies , acide , alkaline , muriatique,huileuse , aromatique , bilieuse , exufte ,putride , rance , acrimonia , aromatica }exufla , &c. que celui qui entend bien ,recte intellexit, tout ce qu’il vient de dire,& qui a lu avec foin les ouvrages d’Hippo-crate & les beaux commentaires de Galien ,Galeni in illa eruditas curas , connoitracertainement , profecto , les remedes pro-pres à faire digérer y gouverner la coffion& la crise des maladies , ad excitandam ,promovendam , gubernandam , absolven-dam coctionem & crisim.

II suit de ces passages & de ceux quenous avons rapporté ci-dessis, ainsi que deplusieurs autres que je passe fous silence,que Boerhaave ne rejettoit pas la doctrinedes crises , mais qu’il n’étoit pas bien dé-cidé sur ces matières, ou du moins qu’ilest difficile de pénétrer le plan qu’il s’étoitformé à cet égard. En effet, s’i.l est vraique Pévacuation critique, qui arrive à unjour critique , est bonne , il y a donc desjours critiques : mais quels sont-ils ? C’estce que Boerhaave ne décide point astèzprécisément S’il est vrai que la doctrinedes jours indices ne trompe point, tandisqu’on livre la maladie à la nature , enquoi cette vérité est-elle utile à savoir ? &jusqu’à quel point faut—il livrer la nature

C R 1

à elle-même , & ne pas fe mêler de lacure , se ìmmiscere curationi ? Voilà unpoint d’autant plus embarrassant, que Boer-haave lui-même suppose que quelquefois( §• 94° )> le médecin, non auscultât natu-rce neque crifim expeffat ,ne se prete pasauxmouvemens de la nature , & n’attend pasla crise. II est donc des cas où il est per-mis de s’opposer à la nature, & de ne pasattendre les crises, eap effare crifim : maisquels sont-ils ? C’est ce que Boerhaave nedit point, & ce qu’il falloitdire. Outrecela, si un médecin qui entend bien , reffeintellexit ,les préceptes que Boerhaave don-ne fur les acrimonies ; si un médecin , dis—je , qui fait manier comme il faut les mé-dicamens opposés aux acrimonies dont Boer-haave fait autant de spécifiques, connoítcertainement , proseffo , la façon de faire,de diriger , & de gouverner la crise & lacoction , à quoi bon les attendre de lanature ? comment cette action permu-tante des spécifiques s’accorde-t-elle avecles jours critiques ? pourquoi s’en tenir ,comme Boerhaave le fait ( H. 12x0. Hal-ler. ), à la loi d’Hippocrate , qui vetat pur-gare in ftatu cruditatis , qui défend depurger pendant que les humeurs font crues,& qui ordonne d’attendre la coction ? pour-quoi ne pas la faire cette coction arec lesspécifiques ? & s’ils réussissent , ou si oncroit qu’ils peuvent réussir, quelle néces-sité y a-t-il de s’en tenir à des lois an-ciennes ? pourquoi ne pas fe décider con-tr’eiles comme les Chimistes ? Enfin Boer-haave a bien dit que la crise est différenteen Grece &: en Norvege ; maison ne faitpoint si cette différence regarde la naturede la crise , ou l’organe par lequel elle fefait, ou bien les jours anxquels elle arrive:& cela n’est pas mieux décidé au §. 941,dans lequel Boerhaave prétend que ía criseest différente dans les différens climats ,crifis varia efi ratione regionis ; de ma-niéré qu’il paroît avoir à peine touché àl’opinion de ceux dont nous parlons ci-def-dessixs , & qui prétendent que les crises nefe font point aux mêmes jours en Grece& dans ce pays-ci.

En un mot, il me semble qu’il est assezdifficile , quelque parti qu’on prenne , des’appuyer du sentiment de Boerhaave. II