224 FEU
petit le plus fort, ne peuvent en réparer lesflancs : ils demeurent toujours étroits deboyau, 6c très-souvent la pouffe termine leurvie. Tous ces vices ne se rencontrent pointdans le cheval qui n’a que du feu lì sonéducation est confiée à des mains habiles,fa vivacité ne le soustraira point à 1 obéissan-ce ; elle sera le garant de sa sensibilité 6c deson courage, elle ne se montrera que lorsque1 animal sera recherché , il n en répondraque plus promptement aux aides, il n’enaura que plus de finestè ; Ôc lorsqu’elle le dé-terminera à hâter, sans être sollicité , sesmeuvemens & fa marche, elle ne sera jamaistelle qu’elle lui suggéré des désordres, 6cqu’elle l’empêche de reconnoître le pouvoirde la main qui le guide. En un mot, la viva-cité ou le feu du cheval peut être tempéré ,son ardeur ne peut être amortie. Pourquoidonc a-t-on juíqu’â présent confondu cesexpressions ? Il n’est pas étonnant que l’onabuse des termes dans un art où l’on n’a pointencore médité fur les choses, (e)
Feu , (Manège. ) Accoutumer le cheval aufeu. Si ia perte de la vie, & si, dans de cer-taines circonstances, la perte de l'honneurmême du cavalier, peuvent être les suites fu-nestes de l’emportement 6c de la fougue d’unanimal qui, frappé de l’impression subite &fâcheuse de quelqu’objet, méconnoît aussi-tôt l’empire de toutes les'puistances extérieu-res qui le maîtrisent, il est d’une importanceextrême de ne négliger aucune des voies quifont propres à donner de l’aílurance à deschevaux timides & peureux.
M. de la Porterie, mestre de camp dedragons, dans ses injlitutions militaires , ou-vrage qui n’a paru minutieux qu’à des per-sonnes peut-être plus bornées que les petitsdétails qu’elles méprisent & qu’elles dédai-gnent , propose des moyens d’autant plus sersd’accoutumer l’animal au feu , que l’expé-rience a démontré l’excellence de fa mé-thode.
Il recommande d’abord d’en user avecbeaucoup de sagesse 6c de patience : le suc-cès dépend en effet de ces deux points. Il nes’agit pas ici de vaincre 6c de dominer par laforce un tempérament naturellement portéà l’effroi ; une terreur réitérée ne pourroitque donner aux fibres un nouveau degréde propension à celle qu’elles ont déja ; il
FEU
ne faut que les obliger insensiblement à cé-der 6c à se prêter au pli 6c aux détermina-tions qu’il est essentiel de leur suggérer.
La route que tient M. de la Porterie, estentièrement conforme à ces vues. Le bruitqui résulte du jeu des refforrs différens desarmes à feu , est le premier auquel il tented’habituer le cheval. I! fait mouvoir c s res-sens dès le matin à la porte 6c aux fenêtresde l’écurie, 6c ensuite dans l’écurie mêmeavant la distribution de l’avoine ou du four-rage , qui est aussi précédée de faction deflatter, de caresser l’animal, 6c de s’en appro-cher avec circonspection , de maniéré qu’ilpuiste flairer ou sentir le bassinet. Cette ma-nœuvre répétée 6c continuée chaque foisqu’on doit lui présenter la ration de grainqui lui est destinée, appaise 6c familiarisepeu à peu ceux qui semblent être les plus fa-rouches, sur-tout si l’on a encore, 6c tan-dis qu’ils mangent, le sein de laisser les pis-tolets devant eux 6c dans l’auge. Alors onbrûle des amorces, en observant les mêmesgradations ; 8c fans oublier qu’il est d’une né-cessité indispensable d’accoutumer le cheval àl’odeur de la poudre, 6c de le mettre parconséquent à portée de la recevoir. Des amor-ces on en vient aux coups à poudre; on n’em-ploie que la demi-charge, 6c les armes nesont point bourrées. Enfin M. de la Porterieconseille de frapper de grands coups de bâ-tons fur les portes, pour suppléer au déíàutde k quantité de munition dom les régimensauroient besoin à cet effet ; 6c la fréquenterépétition du mot feu , pour habituer l’ani-mal à ce commandement, qu’il redoutesouvent autant que le feu même.
Telles sont les opérations qui se pratiquentdans l’écurie : celles qu’il prescrit ensuitedans le dehors, concourent au même but,6c ne tendent qu’à confirmer le cheval, 6cà le guérir de toute appréhension. On place6c l’on asture dam un lieu convenable, deseípeces d’auges volantes, à l’effet d’y dé-poser différentes portions d’avoine. On mon-te quelques chevaux que l’on mene à ces au-ges , 8c devant lesquels .marchent des hom-mes à pié qui font jouer 8c mouvoir les res-sorts des armes dont ils sont munis ; ôc quiarrivés dans l’endroit fixé, les portent auxnaseaux de ces animaux. Tandis qu’ils com-mencent à. manger leur avoine, un ou deux