Band 
Tome XV.
Seite
368
JPEG-Download
 

z 68 F R A'

II resta long-tems parmi les hommes,des traces de cette barbarie ; car Ducangecite des exemples de chevaliers qui, poursymbole de fraternité, se firent saignerensemble, & mêlèrent leur sang. Si cettederniere pratique paroît à peu près auífifolle & aussi barbare que !a premiere, dumoins rien n’étoit plus éloigné de la bar-.barie que le sentiment qui l’inspiroit.

Le christianisme s’étant répandu dansle monde, on l’employa pour rendre lesfraternités plus solemnelles & plus respec-tables ; & en conséquence , on les con-tracta à la face des autels. C’est ainsi quequelques frétés d’armes imprimoient àleurs sermens les plus sacrés caractères dela religion : pour s’unir plus étroitement,ils baisoient ensemble la paix que l’on pré-sente aux fideles dans les cérémonies de lamesse. Nous avons méme des exemplesde la fraternité d’armes autorisée par laréception de l’hostie consacrée. Ce fut decette maniéré , au rapport de Jean Juvénaldes Ursins, que les ducs d’Orléans & deBourgogne lierent une fraternité , quipourtant ne dura pas long-tems : " Ils oui-» rent tous la meílb, reçurent le corps de)} notre Seigneur, & préalablement jure-„ rent bon amour, & fraternité par en-„ semble

Mais on obfervoit rarement des céré-monies aussi graves dans ces fortes disso-ciations ; on Tes contractait d’ordinaire ,les uns par le don réciproque de quelquesarmes, les autres par le simple attouche-ment d’une arme, comme d'une épée oud’une lance , fur laquelle on se juroit unealliance perpétuelle : & ceux qui faisoientces sermens, s’appeíloient fratres jurati.

Monstrelet nous apprend que le roid’Aragon se fit frere d’armes du duc deBourgogne par un simple traité. Les princesformoient dans l’éloignement leur contratde fraternité d’armes, par des traités au-thentiques , suivant l’usage des tems. Cefut par un acte semblable, que le duc deBretagne & le comte de Charolois devin-rent frétés d’armes l’un de l’autre. M. Du-cange , dans fa Dissertation fur Joinville ,a rapporté le traité de fraternité d’armesentre Bertrand du Guesclin & Olivier dela Marche , & celui jque Louis XI &

F R A

Charles, dernier duc de Bourgogne, firentensemble.

On vit, à la vérité, le duc de Bourgognevioler les sermens de fa fraternité d’armesavec le duc d’Orléans ; mais c’est un exem-ple très-rare, auquel on peut opposer celuidu duc de Bretagne , long-tems ennemiirréconciliable du connétable Clistòn. Lahaine de ce duc fit place aux sentimens dela fraternité , Iorsqu’il fut devenu frered’armes du connétable. Jamais amitié nefut plussincere que celle qui régna depuisentr’eux , jusqu’à la mort du duc de Bre-tagne. Cliilbn la lui continua encore aprèsfa mort dans la personne de ses enfans ; ilfut toujours leur pere.

Au reste, les fraternités militaires don-noient à des seigneurs particuliers le moyende faire des entreprises dignes des souve-rains. Lorsque la guerre ne les retenoitpas au service de leur monarque, ils s’asso-I cioient pour aller purger une province debrigands qui l’infestoient ; pour délivrerdes nations éloignées du joug des infidèles ;pour venger un prince opprimé, & dé-trôner un usurpateur. Enfin , comme lesmeilleures choses dégénèrent, il arriva queles fraternités-d armes rendirent un grandnombre de seigneurs indépendans, & quel-quefois rebelles.

II arriva pareillement de là , que les fra-ternités d’armes contractées par des sujetsou des alliés de nos rois, firent naître dessoupçons fur la fidélité de ceux qui avoientpris ces engagemens. Le roi de France, en1370 , témoigna son mécontentement dela conduite d’Ostrenant son allié , qui avoitaccepté Tordre de la Jarretière ; & l’on nefut pas moins scandalisé de voir le ducd’Orléans se lier en 1399 par une frater-nité dé armes & d’alliance avec le duc deLancastre, qui peu après détrôna Richard ,roi d’Angleterre, gendre du roi Charles VI.Le crédit que donnoient ces sortes de so-ciétés étoit en effet d’une conséquence dan-gereuse pour le repos de l’état : on faitcomment elles finirent dans ce royaume.{D. J.)

FRATRICELLES, f. m. plut. ( Hifi.ecclefiaft. ) Ce nom , qui signifie petitsfreres , se donna à quelques religieux apos-tats & vagabonds du treizième & du qua-torzième