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Yolande étoit à peine expirée , qu’ií avoirépousé dona Thérèse Bidaure ; & il quittaCelle-ci pour dona Bérengere faparente, &fille de don Alphonse de Molina , oncle duroi de Castille ; il en avoit eu un enfant,don Pedre Fernandez de Hijar : & sa passion ne faisoit que s’accroître. Il fit prier lepape de rompre son mariage avec donaThérèse , sous prétexte qu elle avoit unelepre contagieuse. Le pape informé des vé-ritables motifs de Jayine , & de ion amourincestueux , l’avertit d'abord de renoncerà fa passion Sc de se séparer de sa maîtrellé ;il le menaça ensuite de l’excommunier :cette menace fit vraisemblablement im-pression sur le roi d'A ragon ; on ignore s'il.quitta dona Bérengere , mais on fait quepour appaiser le pape, il se croisa, s’embar--qua pour la Terre-Sainte, Sc fut contraint,par une violente-tempête, de revenir danslès états. On lait aussi qu íl se trouva auconcile de Lyon, & qu'ayant prié GrégoireIXdele couronner soîemnellement, le pon-tife exigea qu'avant cette cérémonie le roid'Aragon se soumît à payer au iaint siégéle tribut auquel son pere , don Pedre, s'é-toit engagé ; condition humiliante , queJayme rejetta avec indignation. Il sortit deLyon, & alla en Catalogne éteindre, par laforce des armes , une rébellion Infestée parquelques mécontens, qu'il réduisit & qu ilpunit. Il ne fut pas aussi heureux avec lesM ahométans de Valence qui, secondés parle roi de Grenade, prirent les armes Sc íerévoltèrent ouvertement. Jayme envoyacontr’eux un détachementfous les ordres dedon Pedre Fernandez de Hijar , Sc un au-. tre corps commandé par deux de ses géné-raux ; don Pedre eut du succès , mais lesdeux généraux furent complètement battus.Le roi diAragon accoutumé à vaincre, futplus sensible à la défaite de ses deux géné-raux , que flatté de la victoire de don Pe-dre Fernandez, & ce revers lui causa tantde chagrin , qu'il en tomba malade ; ilavoit encore d'autres sujets d’inquiétude :il y avoit quelque temps qu ayant enlevéde force une femme mariée, il setQÎt atti-ré des ccníures ameres de la part du pape.Jayme irrité de supposition perpétuelle quele íouverain pontife mettoit à íes plaisirs ,svóit pris le parti de n’avqir aucun égard àTome XVIII.
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ces menaces, & de s'abandonner íâns rete-nue à ses penchans ; & il s'y étoit livré avecsi peu de ménagement, que fa conduiteetoit devenue fort odieuse à ses sujets. Laconnoistance qu’il avoit de ce mécontente-ment général, 8 c peut-être íes remords ag-gravèrent la maladie ; il changea d'air, sefit transporter a Áleira ; maïs au lieu detrouver quelque soulagement, il sentit qu'iltouchoit à ses derniers momens. Alors iltémoigna un vif regret du scandaleux exem-ple qu’il avoit donné à ses enfans Sc à sespeuples, il se fit vêtir du froc de t'ordre deLiteaux , & mourut avec toutes les mar-ques extérieures d'un homme repentant, lez y juillet 12.76, âgé de 69 ans , Sc dans lasoixante-troifieme année de son régné, lifut grand conquérant, illustre souverain ,mais injuste dans ses conquêtes, Sc sort cor-rompu dans ses mœurs.
Jayme ou Jacques II, roi d'Aragon,( Hifi. d’Espagne. ) Ce n’est pas toujoursl'obéjssance des peuples , 1 apparente tran-quillité des nations, la soumission des ci-toyens, la prompte exécution des ordres su-périeurs , qui sont l'éíoge des vertus & dela sagesse des rois ; c'est souvent par con-trainte que les peuples obéissent ; & ] ecalme qui semble régner dans un état, estsouvent aussi le signe de la consternationpublique, & non la preuve Sc l'expreííìonde la fidélité ; enchaîné par la terreur, unpeuple qui n'ose , ni se plaindre, ni re-muer , n'obéit, ni par zele, ni par amourpour íe despote qui l’opprime ; il se taitseulement, fait des vœux en secret, &attend avec impatience le moment de larévolution qui, tôt ou tard viendra briserses fers. Le maître de ce peuple fe croieaimé peut-être ; quelques lâches adulateursle lui répéteur même ; mais il so trompe& on le trompe ; on íe plaint tout au plusd’ignarer combien l'a vide ambition dequelques mauvais citoyens abuse de sonnom & de sa confiance ; mais , très-cer-tainement il » est point chéri, p eux , nl'être ; à quels signes connoît - on doncqu'un roi est véritablement aimé , à ces
expressions non équivoques de douleur , à
ce saisiílement subit & général qui s'em-pare^de la nation entiere , au plus légeracciuent qui arrive à son squverain , à çe|
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