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Tome XVIII.
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besoin pour être noble & théâtrale , toutcc qu’ii aura sait entrer dans fa tragédiefera dirigé vers cet objet principal ; toutcontribuera à rendre Phèdre plus intéres-sante , Améniide plus touchante : nuldétail , nul accident épifodique, qui neconcoure à l’eíFet principal, nul accessoirequi ne modifie, pour ainsi dire , l’ame duspectateur , dans le ton où fauteur a pré-ludé : &. voilà comment le beau Idéal \ ap-partient aussi à la tragédie. C’est aussi cequ’il faut bien sentir avant de répondre auxcritiques que les étrangers ont hazardeescontre nos poètes les plus estimés. Quicon-que ne voudra pas rapporter la plupart denos belles tragédies à quelque chose d’abf-trait & d 'idéal ,' à certaines beautés deconvention & de création , ne fera jamaisen état de réfuter tant d’objections vul-gaires fur l’imitation de la nature & fur lavérité de {'expression théâtrale. Que l’hom-me fans imagination qui ne cherchera dansles héros de l’antiquité qu’une ressemblanceexacte avec ses contemporains & ses so-ciétés habituelles , qui ne regardera pas lapoésie comme un langage particulier , quine goûtera aucun plaisir â voir un roi , unhéros n'agir , ne parler que comme unroi, comme un héros ; qui ne sentira pasenfin {'impression qu’il éprouve s’augmen-ter par h abstraction de tout sentiment vul-gaire ; que cet homme , dis-je , â qui I’ad-mirarion est interdite , n’entende jamais niSémiramis , ni Iphigénie ; qu’il aille voirdes drames , ou plutôt qu’il fréquente desacadémies de jeu , ou le combat du tau-reau. II en est de mëme pour la musique.Ceux qui veulent qu’un art tout magique ,tout idéal , soit borné à l’imitation & à{'expression, ne font pas dignes d’entendreles accens mélodieux dont les Buranello ,les Piccini, les Sachini ont rempli touter Europe , & qui vont juíqu a Archangelfondre les glaces du Nord 5 tandi;s qu onles soumet ici à une critique stérile & pe~dantesque , comme s’il étoit défendu à Fartd’avoir des richesses , & qu’il existât desplaisirs qui fussent de contrebande. Lapassion a coutume de proférer des parolesfans ordre & fans méthode j la poésie lescompte & les arrange ; la musique les pro-longe & les repete ; otez à ces deux der-

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■ mores leurs privilèges, vous n’aurcz mpoésie ni musique , il ne vous restera quede l’efprit , le meuble du monde le plusinutile , quand il est dépourvu d’imagina-tion & de sensibilité.

Mais ce n’est pas assez de faire voir quel 'idéal entre pour beaucoup dans les plusbeaux ouvrages de l’art, il faut aller plusloin , & prouver qu’il en forme la partiela plus noble Lt la plus précieuse ; or poury parvenir , il suffit de faire observer quele genre idéal réunit trois avantages parti-culiers , qui lui assurent la prééminence furle genre imitatif ; i°. il excite des sensa-tions nouvelles ; z°. il inspire à {'hommeune haute idée de ses propres forces ; 3 0 .il donne un grand essor à {'imagination.

IL excite des sensations nouvelles , puisquela nature ne nous offre rien d’égal à ce quivient frapper nos regards : tout le mondea vu des vaches pareilles â celles de Ber-ghen ; des chevaux semblables à ceux deWouvermans : mais personne n’a vu d’objetssemblables à ceux que raíîemble ce beauplafond du palais Rospigliosi , où le soleilest représenté précédé par {'aurore , & ac-compagné des heures , qui forment unedanse mystérieuse autour de son char. Quia jamais vu douze belles femmes dans untourbillon de lumière ; un char s’élancerdans les airs enflammés ; des chevaux res-pirant le feu dontils font environnés, &c. ?J’en dirai autant du plafond, non moinsagréable , & peut-être plus piquant de laville Ludovisi, où le Guercín, digne émuledu Guide , a peint l’aurore avec tous sesattributs. Là , tout est imaginé , tout estidéal ; là , différons tableaux placés dans lesangles, dans les voltes, concourent à un effeeunique ; lâ , tout ce qui caractérisé le pointdu j our, vous place fl parfaitement au milieude la scene , qu’â peine êtes-vous entré ,que vous vous sentez saisi par le froid du ma-tin. La beauté de la déesse est telle, qu’ellene peut être que celle de l’aurore : c’est dela fraîcheur sans éclat ; des grâces fans vi-vacité , je ne fais quoi de vaporeux , d’en-dormi dans toute la couleur, dans toutela composition ; on fe persuade qu’on estarraché des bras du sommeil, & Ton croiene regarder ces peintures enchanteressesqu’ayec des yeux à demi ouverts.... & cette.